Les baisers des artistes


Les baisers des artistes
A l’occasion de la saint Valentin, Agnès Ghenassia, nous propose un tour des baisers des artistes.

Intervenante : Agnès Ghenassia


Un rapide survol d’oeuvres très anciennes, permet de constater que l’on s’embrasse depuis fort longtemps, en Grèce, à Pompéi, avec pudeur à l’époque médiévale de l’amour courtois et, à la même époque (au XIéme siècle), beaucoup plus goulûment en Inde.


Ippitsusai Buncho – Couple visitant l’exposition des chrysanthèmes accompagné d’un servant (1769-1770), 21,7 x 28,8 cm – Collection Georges Leskowicz
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Au Japon 19e siècle les “shunga” sont la version érotique de l’estampe.

Les baisers bibliques

Parmi les nombreuses scènes peintes par Giotto, dans la chapelle Scrovegni à Padoue, figurent des baisers biblique célèbres.

Le Baiser d’Anne et de Joachim. Les parents de Marie, Joachim et Anne, n’avaient pas d’enfant au bout de 20 ans de mariage. Un jour, Joachim se réfugie dans le désert, auprès de bergers et un ange lui annonce, qu’il va être père, et la venue de Marie. L’ange prévient aussi Anne. La scène montre les retrouvailles du couple qui découvre que Anne est miraculeusement enceinte. Giotto fait fusionner les deux profils (les yeux et les visages) ainsi que les deux auréoles de telle sorte qu’il compose presque en unique visage de face.


Giotto, Le Baiser d’Anne et de Joachim à la porte dorée (1303-1305) Fresque, Chapelle Scrovegni Padoue
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Le Baiser d’Anne et de Joachim (1303), voir un commentaire.

Le baiser de Judas. L’autre baiser célèbre de Giotto, est le baiser de Judas, qui est bien différent. Il s’agit de la scène de l’arrestation du Christ aussitôt après la prière au mont des Oliviers, raconté dans l’évangile de Matthieu. Judas survient avec une foule nombreuse armée d’épées et de bâtons. Il a convenu de désigner, en l’embrassant, l’homme que les soldats devront arrêter, Jésus. Recevant ce baiser, celui-ci lui dit : “mon ami ce que tu es venu faire fais-le“. Alors ces gens s’avancèrent mirent la main sur Jésus et le saisirent.


Giotto, Le Baiser de Judas (1303-1305) Fresque, Chapelle Scrovegni Padoue
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Le baiser de Judas, voir un commentaire (France culture).

Cette scène a été mainte fois illustrée par d’autres artistes.
– Cimabué Le baiser de Judas vers 1350 (fresque Basilique de St François d’Assise)
– Un sculpteur inconnu au musée de Cluny Le baiser de Judas 1500, (sculpture sur bois Musée de Cluny, Paris), voir un détail.
– Cornelis Engebrechtsz Le baiser de Judas vers 1530.
– Le Caravage, Le baiser de Judas 1602 (huile sur toile 134 x 170 cm Galerie nationale d’Irlande, Dublin)
– Jusqu’au 19e siècle avec Constantin Meunier Le baiser de Judas, 1860 (huile sur toile Collection Royale Bruxelles).

Des baisers mythologiques

Ils sont nombreux pour deux raisons simples :
– Les mythes sont riches en histoires d’amour peu banales.
– Les peintres classiques étaient tenus de réaliser des peintures d’Histoire, genre considéré comme noble pendant longtemps.

Léda et le cygne. Le thème de Léda et le cygne a beaucoup inspiré les artistes. Léda était la fille de Thestios, roi d’Étolie et épouse de Tyndare (roi de Sparte). Zeus la convoitait et l’approcha sous forme d’un cygne, lui laissant croire qu’il était poursuivi par un aigle. Elle le prit contre elle pour le protéger, et il la viola. Léda après cette union, pondit deux œufs d’où sont nés, quatre enfants Clytemnestre, et Hélène, puis Castor et Pollux..


Véronèse, Léda et le cygne huile vers 1585 huile sur toile 121 x 100 cm Musée Fesch Ajaccio
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Voir un commentaire de Véronèse Léda et le cygne.
– Bartolomeo Ammannati, Léda et le cygne 1555 (Marbre, Musée du Bargello Florence).
– Le Corrège, Léda et le cygne 1531–1532 (huile sur toile 152 x 191 cm Berlin Gemäldegalerie, Staatliche Museen).


Rubens, Léda et le cygne 1598-1600 (huile sur bois 64 x 80 cm Musée des beaux-arts de Houston)
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– Géricault, Léda et le cygne 1818 (huile sur carton).

Tous ont ramené cette histoire à une scène tendre, un bec à bouche.
– Voir d’autres versions de Léa et le cygne

Hercule et Omphale. Le thème de Hercule et Omphale a ceci de particulier qu’il est presque féministe. Omphale est une reine de Lydie qui libéra Hercule de l’esclavage, auquel il avait été condamné en expiation d’un crime, elle l’acheta et l’épousa. C’est le mythe de la soumission d’un héros particulièrement viril, aux caprices d’une femme. Mais c’est François Boucher au 18e siècle qui l’exprime le mieux.


François Boucher, Hercule et Omphale (1735) huile sur toile 90 x 74 cm Musée Pouchkine Moscou
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Psyché et Amour. L’histoire de Psyché et Amour a connu un grand succès artistique. Psyché dont la beauté a excité la jalousie de Vénus, est aimée par le fils de la déesse, Cupidon ou l’amour. Vénus exige de Psyché qu’elle apporte des enfers un flacon, en lui interdisant rigoureusement de l’ouvrir. Mais la curieuse désobéit, et tombe aussitôt dans un profond sommeil proche de la mort. Amour (Cupidon) accourt à tire-d’aile, et l’enlace tendrement. Thème du baiser qui redonne la vie (comme dans La belle au bois dormant).
Antonio Canova, Psyché ranimée par le baiser de l’Amour 1787-1793, (Marbre, Paris, Musée du Louvre).

Les dieux tiennent conseil pour lui accorder la main de Psyché, qui devient immortelle, la déesse de l’âme. En grec le papillon se dit aussi psyché.
François Gérard en 1798, ancien d’élève de David, néoclassique sensuel reprend le même thème.


François Gérard, Psyché et Amour (1798) huile sur toile 90 x 74 cm Musée du Louvre
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Le côté un peu nunuche de ce baiser n’a pas échappé à Martial Raysse en 1962 qui, dans sa série pop intitulée made in Japan, leur a ajouté non seulement des couleurs artificielles, mais aussi un petit cœur en néon et un tapis de fleurettes en plastique.

William Bouguereau, Psyché et Amour en 1890 (huile sur toile 120 x 71 cm) fait d’eux des enfants.

En 2012 l’artiste Katia Bourdarel a consacré à ce thème une série de dessins et de peintures.


Katia Bourdarel, Psyché et Amour (2012) Huile sur toile, 195 × 130 cm
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Pygmalion et Galatée. L’autre mythe qui évoque le souffle du baiser capable de donner la vie, c’est celui de Pygmalion et Galatée : Pygmalion roi de Chypre était resté célibataire et se consacrait entièrement à sa culture. Aphrodite le rendit amoureux de l’une de ces statues d’ivoire, Galatée. À force de prières, il obtient de la déesse qu’elle donne vie à son œuvre.


Jean-Léon Gérôme, Pygmalion et Galatée (1890) huile sur toile 89 x 67 cm Metropolitan Museum of Art de New York
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Voir une autre version de Jean-Léon Gérôme, Pygmalion et Galatée (1890) huile sur toile. Quelques détails changent, en dehors , bien sûr, de la perspective même si l’on voit toujours ici la scène du baiser entre le sculpteur et la sculpture: plus de tableaux, de sculptures de meubles sont présents, Cupidon a tout simplement disparu, Galatée est ici rousse et Pygmalion est pieds nus. Ici, Galatée prend à peine vie, nous noterons le marbre quasi omniprésent sur son corps, cette blancheur qui attire directement le regard et nous fait oublier le cadre. Le centre ultime d’attention demeurant le baiser.

Jean-François Millet, Pygmalion et Galatée 1863 (Huile sur toile Musée National Magnin Dijon).


Paul Devaux, Pygmalion et Galatée (1939) huile sur toile 117 x 148 cm Musées royaux des beaux-arts de Belgique.
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Paul Devaux le surréaliste belge a interverti les rôles : c’est une femme qui donne la vie à un homme sculpté, en 1939.

Hero et Léandre est un mythe tragique, qui a inspiré les romantiques. Hero était une prêtresse d’Aphrodite (qui avait fait vœu de chasteté), mais Léandre, son amant, traversait toutes les nuits un détroit à la nage, pour la rejoindre, guidé par une lampe que Héro allumait du haut de la tour où elle vivait. Mais lors d’un orage, la lampe s’éteint et Léandre sans repères se noie. Héro se suicide en se jetant dans du haut de sa tour.


Marie-Louis Baader, Hero et Léandre, (1866), huile sur toile, 106 × 180 cm musée de Grenoble
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François-Léon Bénouville, Hero et Léandre, 1848 (Pastel 38,2 x 26,2 cm).

À Bandol Paul Gasq leur a dédié un Monument en 1894.
… ainsi que Pierre-Antoine Laurent à La Rochelle en 1903.

Flora et Zéphir. Dans l’Antiquité, on faisait de Flora, (la nymphe Chloris) la divinité des fleurs (Flore chez les Romains) Zéphir était son amant.


Jacopo Amigoni, Flora et Zéphir (1730) huile sur toile 213.4 x 147.3 cm MET New York
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Voir également :
– William Bouguereau Flora et Zéphir 1875 (huile sur toile 185 x 185 cm Musée des beaux arts de Mulhouse).

Sakountala est le titre d’un très beau couple sculpté par Camille Claudel en 1898.


Sakountala, un plâtre de Camille Claudel à Châteauroux

Il s’agit d’un drame hindous représentant les retrouvailles de Sakountala et de son mari le prince Dushanta, qui avaient connu une longue séparation due à un enchantement. Le couple va se réunir au nirvana dans la mort. Ce qui frappe ici, c’est l’attitude d’abandon des deux personnages, par ailleurs assez ambigus sexuellement.


Camille Claudel, Vertume et Pomone (1905) version en marbre 91 x 80,6 x 41,8 cm Musée Rodin Paris
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Lorsqu’une version de marbre a été réalisée, les personnages ont retrouvé leurs bras et le titre a changé il est devenu Vertumne et Pomone. Vertumne était un roi d’Étrurie, demi-dieu devenu le dieu des jardins et des vergers, et il était aimé de Pomone la nymphe. Ce couple avait la chance de vieillir et de rajeunir sans cesse.
Il est vrai qu’entre les deux versions, le plâtre, et le marbre, le tragique a disparu.

Auguste Rodin à répondu à cette oeuvre de Camille Claudel avec l’éternel idole. On retrouve la position agenouillée de l’homme, mais la femme est curieusement indifférente.

Des baisers littéraires

Paolo et Francesca sont deux personnages de la Divine Comédie de Dante. Plus précisément le couple a existé en Italie à la fin du XIIIe siècle, et il est devenu un symbole des amours tragiques, lorsque Dante s’est emparé de leur histoire pour écrire un passage de la Divine Comédie. Francesca pour des raisons politiques est mariée à Gianciotto qui est laid et boiteux. Mais elle s’éprend de son frère Paolo. Après le mariage, Paolo éprouve aussi de l’amour pour sa belle-sœur. Le mari les ayant surpris au cours d’un entretien clandestin, les tue tous les deux, et les condamne à une errance perpétuelle dans les enfers.


Ary Scheffer, les ombres de Paolo et Francesca apparaissent à Dante et Virgile, (1835) huile sur toile 171 x 239 cm Musée du Louvre Paris
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Ary Scheffer, Paolo et Francesca voir un commentaire.

Voir également :
– Gaetano Previati, Paolo e Francesca, 1887 (huile sur toile 98 x 227 cm Accademia de Carrare).
– Willam Dyce, Paolo et Francesca, 1837 (huile sur toile 142 x 176 cm Galerie nationale d’Écosse Édimbourg).
– Dante Gabriel Rosseti, Paolo and Francesca da Rimini,1855 (triptyque aquarelle 25.4 cm × 44.9 cm Tate Londres).

Voir un commentaire Francesca da Rimini.


Marie-Philippe Coupin de la Couperie, Les amours funestes de Rimini (Paolo & Francesca) 1812, (huile sur toile 102 x 82 cm Palais des Beaux-Arts, Lille)
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– Marie-Philippe Coupin de la Couperie, Les amours funestes de Rimini (Paolo & Francesca) 1812, Voir un commentaire.

Le célèbre baiser de Rodin s’intitulait, à l’origine, Paolo et Francesca et devait figurer parmi les personnages de sa porte de l’enfer, en bonne place au bas du vantail gauche, face à Ugolin, jusqu’en 1886, date à laquelle le sculpteur prit conscience que cette représentation du bonheur et de la sensualité était en contradiction avec le thème de son grand projet.

Il en fit alors une œuvre autonome et l’exposa dès 1887. Le modelé souple et lisse, la composition très dynamique et le thème charmant valurent à ce groupe un succès immédiat.

Rodin a d’abord, selon son habitude, réalisé la sculpture en terre cuite dans un format moyen. Puis, une version grand format en plâtre, qui est celle que les marbriers vont utiliser pour les versions en marbre. Il existe aussi des versions en bronze. Au total, Rodin à supervisé quatre sculptures de grande taille en marbre du baiser. Voir un commentaire sur les baisers de Rodin.


Auguste Rodin, Le baiser (1882) Marbre de Carrare 181,5 x 112,5 x 117 cm Musée Rodin Paris
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– La première avait été commandée par le gouvernement français, pour l’Exposition universelle de 1889. C’est celle qui est au musée Rodin, et a été sculptée par Jean Turcan (on l’a récupéré en Allemagne après la deuxième guerre mondiale !). Voir un commentaire sur le baiser.

– La seconde, (1901-4) commandée par Edward Perry Warren, est dans la collection de la Tate galerie à Londres (Marbre 182,2 × 121,9 × 153 cm). Le marbre a été sculpté par Pierre-Gaston Rigaud.


Auguste Rodin, Le baiser (1882) Marbre 181,5 x 112,5 x 117 cm Ny Carlsberg Glyptotek Copenhague
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– La troisième a été commandée par le collectionneur danois Karl Jacobsen et se trouve à Copenhague. Sculpté par Emmanuel Dolivet.

– La quatrième version (1929) se trouve à Philadelphie, elle a été sculptée après la mort de Rodin et ne mesure que 90 cm de haut.