Les baisers des artistes

Des baisers d’inspiration cubiste

– Léopold Survage Le baiser 1913 (huile sur toile 55.5 x 46 cm).
– Tamara de Empirical, The Kiss 1922 (huile sur toile 50 x 61 cm Collection particulière).


Constantin Brâncuși, Le baiser 1923-1925 Pierre (calcaire brun) 36,5 x 24,5 x 23 cm
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Le Baiser est une série de quarante sculptures de, Constantin Brâncuși, créées à partir de 1905. Voir une autre version.
La fusion de deux corps en un seul. C’est toute la beauté qui émane de cette sculpture. Constantin Brâncuși traite ici l’Amour dans une quasi-abstraction. Ces deux corps entremêlés pour ne faire plus qu’un, sont le symbole d’une fusion totale. Un seul bloc de calcaire a suffi à faire naître cette union, où cette femme et cet homme sont si rapprochés que le résultat définitif est presque trompeur.
Un peu comme dans le Banquet de Platon, lorsque Diotine évoque l’idée, d’un seul être coupé en deux, à l’origine des âmes sœurs. Forme que Brâncuși va styliser encore plus dans la porte du baiser, à Târgu Jiu, sa ville natale en Roumanie en 1938.

Des baisers d’inspiration surréaliste

– Man Ray Lip to lip 1930 (montage photographique)
– Man Ray, Rayogramme 1922.


Magritte les amants 1928 huile sur toile 54 × 73,4 cm MoMA New York

Voir également :

– Max Ernst, Le baiser 1927 (Huile sur Toile 129 x 161,2 cm Musée Peggy Guggenheim à Venise).

– Francis Picabia, Mardi gras ou le baiser 1924-26 (huile sur toile 92 x 73 cm Collection particulière).
– Francis Picabia, Les amoureux (après la pluie) 1925 (huile sur toile 92 x 73 cm Musée d’Art moderne de Paris).
– Francis Picabia, Amoureux 1926 (huile sur toile).


Picasso, Le baiser 1925 huile sur toile – 130 x 97 cm Musée national Picasso Paris
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Voir également :
– Picasso, Le Baiser 1928
– Picasso, Figures au bord de la mer 1931 (huile sur toile Musée national Picasso Paris)
– Jean Dubuffet, Le petit baiser 1943 (huile sur toile 55 x 46 cm).
– Victor Vasarely, Les amoureux 1944 (encre pastel et crayon 24,5 x 38 cm).
– Victor Vasarely Les amoureux 1946


Victor Vasarely, Amour 1942 (gouache 32,5 x 30,25 cm)
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Le 14 août 1945 à New York, sur Time Square, on célèbre la fin de la guerre du Pacifique et la capitulation du Japon. Le photographe Alfred Eisenstaedt est là, et il immortalise un marin et une infirmière en train de s’embrasser. La photo intitulé VJ Day à Time Square paraîtra 7 jours plus tard dans Life.

Le même jour au même endroit, un autre journaliste Victor Jorgensen, est également présent, et il prend la même photo, mais sous un autre angle. Sa photo “Kissing the war goodbye” sera publié dans le New York Times. 60 ans plus tard, le sculpteur américain John Stewart Johnson s’inspire de la photo de Jorgensen et crée une série de statues “Reddition sans condition” dont l’une mesure 8 mètres de haut.


Robert Doisneau, Le baiser de l’hôtel de ville 1950 Photographie
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Robert Doisneau, Le baiser de l’hôtel de ville 1950 n’est pas un instant décisif, mais le résultat d’une méticuleuse mise en scène avec deux comédiens, pour répondre à une commande du magasine Life.


Roy Lichtenstein, Kiss II, 1962 huile sur toile 144.8 cm × 172.7 cm Collection privée
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Roy Lichtenstein, Série Kiss 1962-64 façon cadrage rapproché sur une vignette de bande dessinée, avec scénario de romans-photos à l’eau de rose. Voir également : Kiss V 1965.

Picasso entre 1960 et 1969 produit de nombreux baisers : d’abord l’homme est couvert d’un chapeau de mousquetaire, puis en 1969 ce sont de très gros plans, dans lesquels les deux visages semblent s’écraser l’un dans l’autre, mais sans la dimension carnassière, qu’ils avaient dans les années 20, l’émotion est perceptible :
– Picasso, Le Baiser 1969 (huile sur toile 130 x 96 cm Collection particulière).
– Picasso, Le Baiser 1969 (huile sur toile 97 x 130 cm Collection particulière).
– Picasso, Embrasser 1996 (huile sur toile 97.2 × 130.2 cm Collection particulière).

Des baisers contemporains

Il y a eu une première tendance, qui a consisté à examiner l’acte du baiser froidement, comme un objet d’étude neutre, sans affect. C’est le cas d’Andy Warhol qui a tourné à la Factory, en été 1963, un film intitulé Kiss, dans lequel on voit s’embrasser sur la bouche, successivement plusieurs couples.


Andy Warhol Kiss 1963

Warhol disait : “Ce qu’il y a de bien dans mes films c’est qu’on peut s’absenter, aller aux toilettes, manger et revenir les voir. La plupart du temps, on n’a pas raté grand-chose.”.

Kiss est une serie de 13 court metrages de Andy Warhol. Pas un texte pour une fois, juste une superbe longue video de 58 minutes de baisers. Il s’agissait entre autres, d’une réaction contre la censure cinématographique, qui visait les scènes d’amour aux Etats-Unis. Quelques images ont été commercialisées à partir de 1966, voir Seven objects in the box (sérigraphie sur plexiglas 317 x 203 x 133 mm).

Wim Delevoye réalise des baisers radiographiés ramenés à leur réalité anatomique. L’imagerie médicale est utilisée en tant qu’outil, et moyen pour accéder à la transparence, peut-être même à l’intériorité humaine.

Abramovic et Ulay en 1977 avaient réalisé une performance d’endurance : Breathing in, breathing out consistant à respirer chacun dans la bouche de l’autre, sans interruption, jusqu’à ce que l’un d’eux s’évanouisse.


“Breathing In / Breathing Out (Death Itself)” – Marina Abramovic & Ulay Extrait

Jacques Monory, 36 baisers 2001 (à partir d’un inventaire de baisers de films et de séries).


Jacques Monory, 36 baisers, 2001 (huile sur toile chaque baiser 55 x 55 cm)
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Voir des détails (pour chacun d’eux, il a ajouté des éléments qui font barrage à l’émotion) :
un baiser, (huile sur toile 55 x 55 cm)
un autre, (huile sur toile 55 x 55 cm)
un autre, (huile sur toile 55 x 55 cm).

Ozias : Baiser code-barre 2013.

Une autre tendance, ce sont les baisers-manifestes

Orlan en 1977, à la FIAC à Paris.


Orlan, Le baiser de l’artiste, 1977 FIAC Performance

Le baiser de l’artiste est à la fois un manifeste féministe, (la femme dans l’histoire de l’art est soit une sainte soit une prostituée) et c’est en même temps, un manifeste contre le principe d’une FIAC où tout est à vendre, comme dans une banale foire commerciale. Voir l’article “scandale à la FIAC“.

Pierre et Gilles, Les amoureux, Johan et Léo 1998 (photographie peinte 100 x 78.7 cm), mise en scène kitsch sur fond de jardin.

Banksy kissing coppers 2004, pochoir vendu 575 000 dollars. Deux policemen britanniques échangent un baiser.


Banksy, Kissing coppers, 2004 (Pochoir)
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A situer dans le contexte de toutes les images ironiques qu’il a réalisé, à l’égard des uniformes du pouvoir.

The Blue Noses Group, Kissing policeman 2005, est un groupe russe (du mouvement sots art) qui travaille sur l’état de la société russe, souvent sous forme de performances absurdes ou burlesques.


The Blue Noses Group, The controversial “Era of Mercy” 2004 Photographie 75 x 100 cm
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Cette photos couleur fait partie des 65 œuvres de collection du groupe, interdites de sortie du territoire Russe en 2007. Elle suscitera un véritable scandale d’État, et Alexandre Sokolov ministre de la Culture, n’hésitera pas à la qualifier cette image de pornographique, considérant qu’elle était une honte pour la Russie, et qu’elle sabotait la dignité de la nation. La superposition des symboles nationaux, (l’uniforme, le drapeau) et d’une sensualité jugée marginale, le tout avec une esthétique glamour pop.

Dimitri Vrubel, street artiste russe, qui avait sur le mur de Berlin en 1990, immortalisé en plan serré “l’amour mortel” de Brejnev et de Honecker le dirigeant de RDA.


Dmitri Vrubel, l’amour mortel, 1990, mur de Berlin (peinture murale 365 x 480 cm)
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Mon Dieu aidez-moi à survivre et à cet amour mortel“.

La peinture est toujours visible dans la East Side Gallery. Il s’était inspiré d’une photo prise par le français Régis Bossu, le 7 octobre 1979, lors de la célébration du 30e anniversaire de la création de la RDA. Il s’agissait d’un baiser fraternel socialiste. Voir un commentaire.

Autres tendances, le baiser comme enquête sociale

Par exemple : le baiser de connivence

Analysé de façon caustique, par une série de photographies, prises par Martin Parr en 1995 dans Christmas party. Il a photographié des gens invités à une soirée de Noel, qui se sentent à un moment obligés de s’embrasser.
Voir :
Christmas party 1
Christmas party 2
Christmas party 3
L’artifice dans toute sa splendeur.

… ou cette démarche artistique de Mélanie Manchot qui demanda aux gens dans la rue, de l’embrasser, en filmant leurs réactions avec une caméra cachée.

Christelle Familiari, crée des cagoules pour amoureux en 1998, qu’elle vend, accompagnées d’un protocole artistique.

Vik Muniz artiste brésilien né en 1961, The Kiss (from picture of junk) 2010. peintures avec des déchets, réalisées au sol


Vik Muniz, the Kiss (from Pictures of Junk), 2010 110,5 x 137,2 cm
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Voir également :
The kiss, 2010 (110.5 x 137.2 cm)
Kissing in the Tropics from Pictures of Chocolate (chocolat 149,9 × 120,7 cm)

Wang Du (1956 – ) Artiste chinois réfugié en France depuis 1990, il crée des sculptures inspirées de l’actualité politique. One Two 2005 le baiser Centre Pompidou résine polyester bois et peinture acrylique blanche. Par-dessus l’épaule, de celui qui la tient dans ses bras, la femme est en train d’embrasser un autre homme. Entre romantisme et réalisme, il dit s’être inspiré d’une image du film les locataires de 2005 réalisé par le sud-coréen Kim Ki-Duk.

Jeff Koons et la Cicciolina au moment de leur union très médiatique en 1991, leur mariage dura trois ans.


Jeff Koons et la Cicciolina, à Paris en 1991
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Voir également :
Bourgeois Bust – Jeff and Ilona (marbre 11,9 × 74,5 × 58 cm Tate gallery Londres).

En 2007 Sam Rindy, une artiste cambodgienne, visite l’exposition Cy Twombly à la fondation Lambert à Avignon. Devant le triptyque consacré à Phèdre, elle entend (a-t-elle dit), la toile blanche du milieu lui dire “Embrasse-moi !“, et elle se précipita pour embrasser la toile y déposant une trace de rouge à lèvres. Elle écopa de 18 840 € d’amende et 100 heures de travail d’intérêt général à l’issue d’un procès très médiatique.

Francesco Vezzoli met en scène des bustes antique en leur donnant une vie sentimentale par un léger maquillage, et des larmes.


Francesco Vezzoli, the eternal Kiss, 2015(Marbre de Carrare, aquarelle, socle en marbre noir africain 49 × 35 × 49 cm
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Voir d’autres vues.

En peinture une série récente de Claire Tabouret :
– Claire Tabouret The kiss (blue and red), 2018 (Acrylique sur toile 99.5 x 79.5 x 3.5 cm)
– Claire Tabouret Burning hands, 2019 (Acrylique sur tissu 130.2 x 160.3 x 4.4 cm)
– Claire Tabouret Fall, 2019 (Acrylique sur tissu 182.9 x 121.9 x 3.5 cm)

… et de Marlène Dumas


Marlène Dumas,The Passion, 1994 (Gouache et encre sur papier 61 x 49 cm
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Voir également : Myths and Mortals 2018 (peintures, lavis, gouaches)

Enfin la carte blanche du Guggenheim de New York accordé à Tino Shegal en 2010 pour The Kiss And The progress.


Tino Shegal, The kiss and the progress 2010 Musée Guggenheim de New York
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L’artiste, né en 1976 à Londres, est d’origine indienne, et il vit à Berlin. Il a une formation de danseur (par Jérôme Bel et Xavier Le Roy). Il refuse que l’art se résume à des objets d’art, pour lui l’art doit être un partage d’émotions.
The kiss and the progress était une étrange expérience, sans rien aux murs, sans catalogue, sans produits dérivés dans la boutique. Au rez-de-chaussée, au centre de la spirale de Frank Lloyd Wright, un couple s’embrasse allongé sur le sol. C’est la partie de l’oeuvre qui s’appelle the Kiss. C’est une chorégraphie, une sculpture humaine en mouvement, chaque couple réalise une performance de 3 heures et est relayé par un autre, sans interruption. Avec des gestes très lents, sont reproduites des étreintes inspirées de Courbet, Rodin, Brancusi, Jeff Koons. Dérangeant vu de près, fascinant vu à distance, lorsqu’on monte dans la rotonde.
Récit de Fabrice Bousteau (directeur de Beaux Arts magasine) : C’est une œuvre invisible, vécue par une minorité de visiteurs. Une petite fille d’une dizaine d’années, lui a tendu la main, en lui disant : “Bonjour je suis Juliana veux-tu bien venir avec moi ?, j’ai dit oui “Est-ce que je peux te poser une question qu’est-ce que le progrès ? et en continuant à monter, elle me demande de lui donner des exemples concrets de ce que je pense être le progrès. Puis, à l’étage suivant, je rencontre un ado au look très rock. Juliana lui résume notre conversation et part en courant. J’ai échangé avec l’ado, puis à l’étage suivant Tom, un étudiant black sportif, m’a dit qu’avec son prof de l’université de Columbia il a eu un débat sur la différence entre penser quelque chose et croire quelque chose. La discussion devient passionnante, c’est une balade philosophique. Arrivé presque en haut, un sexagénaire me raconte une histoire très personnelle avec sa femme, et m’interroge sur ma vie. J’ai alors pris conscience qu’il s’agissait d’un parcours initiatique à travers les âges de l’homme, dont le baiser est le point de départ. Voir un commentaire.
Voir Tino Shegal au collège de France

Voir également : l’art du baiser (Xavier Besson).

Voir le baiser amoureux dans l’art.