Les animaux dans l’art contemporain (deuxième partie)

Thomas Grünfeld, né en 1956 est un artiste allemand. Dans une série qui l’appelle les Misfits, (années 90) il crée des sortes d’animaux composites, en mélangeant des éléments de plusieurs taxidermies d’animaux.


Thomas Grünfeld – Animaux hybrides
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Il s’inspire des cabinets de curiosités du XVIIe siècle, qui comportaient fréquemment des squelettes d’animaux hybrides.
Voir d’autres animaux hybrides de Thomas Grünfeld.

Pascal Bernier né en 1960 à Bruxelles. Dans une série intitulée, les accidents de chasse, réalisée entre 1994 et 2000, il panse les blessures des animaux pour nous rappeler que chacun d’eux est une victime.


Pascal Bernier – Accident de chasse Renard, 2018 taxidermie, bandage, acrylique : 55 x 45 x 37 cm.
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Et dans ses Farm sets (en 1997), il dénonce les élevages industriels, dans lesquels l’animal n’est qu’un produit, en utilisant des caissons équipés de jeux de miroirs.

Voir d’autres oeuvres de Pascal Bernier

Kate Clark est une sculpteure américaine. Elle utilise les corps d’animaux naturalisés, auxquels elle ajoute des têtes humaines, qu’elle fabrique elle-même, et qu’elle recouvre de peau animale rasée.


Kate Clark – Licking the plate, 2014 peau et cornes de koudou, mousse, argile, fil, épingles, yeux en caoutchouc : 304 x 304 x 122 cm.
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Le résultat est assez saisissant : on est entre les mythes anciens de métamorphose homme/animal, et la science-fiction.

Voir d’autres oeuvres de Kate Clark.

Angela Singer, néo-zélandaise et anglaise, est née en 1966. Elle récupère de vieux animaux empaillés, dont les musées d’histoire naturelle se débarrassent, et aux endroits où ils sont très endommagés, les orne de toutes sortes de fleurs, de perles, qu’elle fabrique elle-même en céramique, créant ainsi des sortes de vanités baroques.


Kate Clark – Licking the plate, 2014
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Voir d’autres oeuvres d’Angela Singer.

Theresa Margolles est née en 1963 à Mexico. C’est l’artiste mexicaine qui avait installé à Venise le mur de Ciudad Juarez, où de nombreux enlèvements de femmes et enfants ont eu lieu (surmonté de barbelés).
Teresa Margolles a un diplôme de médecin légiste, et milite activement dans son pays pour dénoncer les violences dues aux narcotrafiquants. Elle est familière des morgues “c’est le thermomètre de notre société” et c’est ce traumatisme des morts violentes, qu’elle exprime dans sa pratique.


Theresa Margolles – Carousel lavatino corporis 1994 Sculpture bois, métal et chevaux embaumés 200 x 200 x 250 cm
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Carousel lavatino corporis 1994 est un manège de poulains momifiés qui a été exposé en 1994, à 5e Biennale d’art contemporain de Lyon, intitulée partage d’exotisme. C’est morbide, certes mais elle dit que dans son pays la mort est aussi familière pour les enfants.

Polly Morgan est une artiste anglaise née en 1980, elle a étudié l’art, mais aussi la taxidermie qu’elle pratique elle-même. Mais elle refuse de l’utiliser pour reconstituer des animaux vivants.


Polly Morgan – Nest 1982 Cendres d’oiseaux incinérés, colle, taxidermie robin, cadre en verre et chêne 41 x 53 x 4 cm
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Elle crée au contraire des mises en scène poétiques, accompagnant la mort des animaux : par exemple un dessin de nid, réalisé avec les cendres issues de la crémation d’oiseaux, et sur le cadre l’oiseau, ou cet oiseau mort qui semble soulevé par un ballon.

Claire Morgan née en 1980 à Belfast, elle aussi a appris la taxidermie et associe également la vie et la mort dans ses installations, parfois spectaculaires, où elle dit “explorer le sens de la beauté de la futilité du passage du temps, de la complexité et fragilité de toute chose”.
Plusieurs de ses installations évoquent l’extinction des espèces animales, dont l’homme est responsable.


Claire Morgan – Life support 2017 Sculpture, (taxidermie), bois, film plastique, nylon, plomb, couleur 300 x 182 x 100 cm
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Life support 2017. Deux corneilles environnées par un réseau de minuscules morceaux de plastique (des sacs de plastique rose) fixés à des fils de nylon tendus par des plombs, comme des fleurs de cerisier.


Claire Morgan – The blue II 2009 Papillons morpho bleu, polyéthylène bleu déchiré, plombs, fils de nylon, tiges acryliques
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

The Blue II 2009. De même avec un caisson de plastiques bleus déchirés sur fil de nylon … et des papillons. Voir un commentaire.

Ophélia 2009 un canard gisant sur une montagne de fragments de sacs de plastique gris.


Claire Morgan – Ici gît la fin de toute chose, 2011 Eglise de La conciergerie Paris
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Ici gît la fin de toute chose” 2011 le titre est un vers de l’Enéide de Virgile (Didon abandonnée par Enée supplie les dieux).
Exposé à la Conciergerie à Paris, (dans le cadre de l’exposition Bêtes Off) une chouette effrayée prisonnière de graines de pissenlits et de mouches disposés en 4 cubes.
Voir d’autres images.

Voir également :
Garden 2010
Foreign Baby, 2010
– Un commentaire sur l’oeuvre de Claire Morgan


Claire Morgan: Stop Me Feeling

Voir d’autres oeuvres de Claire Morgan

Sophie Calle, née en 1953, photographiée ici avec son chat Souris, à qui elle a dédié plusieurs travaux, a été invitée en 2017, pour une carte blanche, au Musée de la Chasse et de la nature. Le titre beau doublé Monsieur le Marquis. L’artiste possède une centaine d’animaux chez elle (des taxidermies) et à l’aide d’une amie artiste Serena Carone elles ont conçu un tombeau en céramique dans lequel elle est représentée (sous la forme d’un moulage) endeuillée, entourée d’animaux qui incarnent ses chers disparus.


Sophie Calle – Beau doublé, monsieur le marquis ! 2017 Musée de la Chasse et de la nature Paris
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Son père est un tigre, c’est lui qui est décédé deux ans avant l’exposition, Bob Calle cancérologue et collectionneur. Sa mère une girafe, un singe c’est Hervé Guibert.

Au premier étage du musée dans des cadres animaliers ultra kitsch, elle raconte selon son habitude, des petites histoires, souvenirs personnels, toujours oscillant entre biographie et fiction et au deuxième étage, une collection de petites annonces matrimoniales du Chasseur français.


Sophie Calle et son invitée Serena Carone au Musée de la Chasse et de la Nature

Katia Bourdarel est née en 1970 à Marseille et travaille à Paris. Elle habille des animaux de costumes de théâtre qui les métamorphosent en personnages de contes … avec ce que cela suppose de séduisant et d’inquiétant en même temps.


Je suis une louve, Katia Bourdarel – Bêtes de scène 2019

A la fondation Datris, elle avait d’exposé “Je suis une louve”. Ce ne sont pas des taxidermies, mais des animaux qu’elle sculpte en résine acrylique.

Elle peint aussi, et ses peintures tournent autour du thème de la Peau d’âne.

Marc Dion est un artiste américain, né en 1961. Très militant pour la cause animale, il met en scène des animaux sauvages naturalisés, dans ce qu’il appelle “des unités mobiles de sauvagerie”.


Marc Dion – Mobile Wilderness Wolf Unit, 2006
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Un loup empaillé dans un fac-similé de paysage, sur une remorque à deux roues, (qui peut être tirée sur une autoroute), évidemment dérisoire (toujours la mainmise de l’homme sur l’animal).

Depuis le début des années 2000 l’artiste collabore avec le musée Gassendi de Digne. En 2012, dans le cadre du VIAPAC, un parcours transfrontalier de 235 km, qui relie qui relie Digne et la ville italienne de Caraglio en passant par le col de Larche, 12 oeuvres contemporaines in situ, ponctuent de parcours.
Dans ce parcours, à Seyne-les-Alpes, il y a un fort Vauban. Et là, les visiteurs découvrent l’ours qui dort, une cellule où un ours enchaîné, dort paisiblement.


Marc Dion – Le donjon de l’ours qui dort, 2011 Fort Vauban de Seynes les Alpes
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Sa fausse fourrure se soulève régulièrement. C’est drôle, c’est attendrissant, et légèrement inquiétant, c’est d’ailleurs pour cette ambivalence de l’ours dans notre imaginaire, que Marc Dion l’a choisi.

Sculptures hybrides

D’abord les historiques

Germaine Richier (1902-1959)

Ce sont à la fois des femmes et des insectes. Féministe avant l’heure, Germaine Richier ne voulait pas sculpter des femmes conformes à la tradition, voluptueuses. Elle voulait exprimer autre chose, donner à la sculpture de l’énergie, en jouant avec les textures et le vide.


Germaine Richier – L’Araignée I, 1946, bronze patiné, socle en corne, 30 x 46 x 23 cm, Musée Fabre de Montpellier
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Voir d’autres oeuvres de Germaine Richier.

César (1921-1998) a abordé la sculpture de multiples façons : compressions, expansions, ect. mais à ses débuts, il assemble par soudures, des pièces métalliques de récupération, pour réaliser des sculptures figuratives. C’est cette procédure qu’il a repris en 1983, lorsqu’il a reçu la commande publique d’hommage à Picasso.
Il a réalisé le centaure, qui est installé à Paris place Michel Debré.


César – Le centaure (1983-85), Bronze 500 × 1004 cm< Place Michel Debré Paris
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

La tête du Centaure est celle de César, et le masque orientable, est celui de Picasso. Mi-homme mi-bête, le centaure symbole de la force, conquérant, se compose d’un assemblage d’objets quotidiens et de modelages, qui ont été coulés dans le bronze. Seules les jambes sont traitées de façon classique. À l’intérieur de son corps, une petite statue de la Liberté, et dans sa main gauche, une colombe de la paix.

Louise Bourgeois (1911-2010). A la fin des années 80, elle a réalisé une série de sculptures biomorphiques, qu”elle intitule Nature study.


Louise Bourgeois – Nature study 1986 Porcelaine 71.1 x 40.6 x 30.4 cm
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Celle-ci est l’une des plus connues, on dirait un lapin muni de trois paires de seins (l’idée de fertilité est traditionnellement attaché aux lapins, et Louise, qui faisait partie d’une fratrie de trois enfants a eu trois fils).


Louise Bourgeois – Maman (1999) Bronze, acier inoxydable et marbre h = 927 cm
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

En 1999, à 88 ans, elle conçoit la grande araignée qu’elle appelle maman. Elle mesure 9,27 m de haut, elle est en bronze, acier inoxydable et marbre (car elle porte des œufs de marbre). Louise avait commencé à travailler le thème de l’araignée de 1994. La mère de l’artiste, décédé en 1932, (quand Louise avait 21 ans), était restauratrice de tapisseries anciennes, et Louise lui associe la figure de l’araignée, qui comme sa mère, tisse des fils. Mais surtout sa mère était protectrice, industrieuse, patiente, fragile en même temps…

Dans l’œuvre de Louise Bourgeois, l’araignée viens parfois coiffer une cellule contenant des fragments de tapisserie d’Aubusson. Elle peut aussi avoir un corps de femme entièrement tapissé, et ses pattes sont des aiguilles. Où elle peut-être assise dans un fauteuil.

Patricia Piccinini australienne née en 1965, elle a suscité une vive émotion en 2003, dans le pavillon australien à la Biennale de Venise avec sa young family, hybride de femmes, enfants, bébés et de porcs et autres animaux.


Patricia Picinini – The young Family, 2003
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

L’artiste s’intéresse aux biotechnologies. Et là bien sûr c’est de l’angoisse des manipulations génétiques dont il est question. Il s’agit de sculptures en silicone et polyuréthane recouverts de cuir peint, dans lequel est implanté, de vrais poils et de vrais cheveux. Voir un commentaire sur Patricia Picinini, Art, monstres et mutants.

Retour à Marc Dion, mais pour d’autres aspects de son travail. Depuis quelques années, il s’intéresse aux cabinets de curiosité, qui furent très en vogue au 16e et 17e siècle. C’était, présenté dans des vitrines, toutes sortes d’objets étonnants, en provenance de la nature (des roches, des roses des sables, des squelettes d’animaux…) mais aussi des artefacts, en particulier des squelettes recomposés pour créer des chimères.
Marc Dion recrée des ensembles composites de ce type, mais avec d’autres matériaux, et les expose au sein même des musées d’histoire naturelle.


Marc Dion – The Unruly Collection, (2015), 43 sculptures de papier mâché et plâtre, peinture luminescente
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Par exemple, celui qui était exposé la Fondation villa Datris pouvait, la nuit, à la lumière noire, apparaître phosphorescent.

Le musée de Poitiers possède une chimère du 17e siècle la grande Goule, qui est une sculpture composée de fragments de différents animaux.

Plusieurs autres artistes imaginent des squelettes composites.

Sabrina Gruss, née en 1958, elle fabrique avec toutes sortes de matériaux (allant de l’os à la dentelle), des saynètes qui mêlent des animaux imaginaires et des personnages. Ce sont des sortes de vanité.


Sabrina Gruss – La dame blanche
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Voir d’autres sculptures de Sabrina Gruss

Caitlin Mc Cormack elle aussi est très des “squelettes imaginaires”, mais en fil, et au crochet (elle les rigidifie avec de la colle), elle les présente sous cloche, comme des reliques anciennes.


Caitlin Mc Cormack – Squelette, 2015
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Voir d’autres oeuvres de Caitlin Mc Cormack