Sculpture moderne 1 : Auguste Rodin et Camille Claudel la question du socle et le réemploi des fragments


Auguste Rodin Psyché printemps ou Nymphe surprise 1885
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Psyché printemps ou Nymphe surprise” 1885,


Auguste Rodin Amour et psyché ou l’étreinte 1886
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Voir un commentaire (musée Rodin).


Auguste Rodin l’ange déchu 1886
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Faune et nymphe 1886


Auguste Rodin le Minotaure 1885
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Auguste Rodin Faunesse agenouillée 1886
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Voir “un commentaire (musée Rodin).


Auguste Rodin Andromède 1887
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Voir un commentaire (musée Rodin)..

Pour beaucoup de ces sculptures, Camille a posé pour Rodin. Il a été, très vite, séduit par le tempérament fougueux de Camille : “Cette superbe jeune fille dans l’éclat triomphal de la beauté et du génie” qui de collaboratrice et de muse est devenue modèle, puis ensuite sa maîtresse, en lui offrant “le royal festin de sa jeunesse”. Dans sa rage amoureuse, Rodin est happé par cette passion, alors même que Camille peu à peu le tyrannise, alternant bouderies et coquetteries.


Auguste Rodin L’homme et sa pensée 1888
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L’homme et sa pensée” 1888 matérialise bien cette relation qu’il décrit à la fin d’une lettre passionnée : “à deux genoux devant ton beau corps que j’étreins”.
C’est un assemblage issu de deux figures de la partie supérieure du tympan de la porte de l’enfer. Le corps à peine dessiné de la jeune fille émerge du bloc de marbre, et offre sa beauté à un homme agenouillé qui la vénère. Ici le non-finito qu’il a emprunté à Michel-Ange est à son comble, mais Rodin l’utilise comme un parti pris esthétique, qui offre le contraste du brut et du lisse, alors que les esclaves inachevés de Michel-Ange correspondaient à l’abandon du projet faute de financement.


Auguste Rodin l’éternelle idole 1889
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Avec “l’éternelle idole« , le sujet est le même, avec un traitement plus classique des volumes.


Auguste Rodin le péché 1885
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Il réalise aussi des accouplements étranges comme “le péché” où l’on voit une faunesse grimper littéralement à l’assaut d’un homme et …


Auguste Rodin la Danaïde 1889
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… la même année “la Danaïde”, très célèbre nu féminin (Camille) dont les cheveux dénoués se mêlent à la pierre.


Auguste Rodin Pygmalion et Galatée 1889
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Pygmalion et Galatée” 1889 qui confronte le corps d’un homme mûr à celui d’une jeune femme. Voir un commentaire (Ciné club de Caen).

En 1888 Rodin a loué pour Camille un atelier boulevard d’Italie : ainsi, tout en travaillant aux grandes commandes de Rodin, elle poursuivait sa création personnelle, qui a peu à peu gagné en originalité.


Camille Claudel l’homme penché 1889
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Exemple “l’homme penché” qui associe le fini et le non-finito, de même que “Galatée”.

En 1888, elle commence son premier grand projet, avec deux figures plus grandes que nature, qui célèbrent la passion Sakountala.


Camille Claudel Sakountala 1888
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Il s’agit d’une légende indienne dans laquelle l’héroïne Sakuntala, retrouve après une douloureuse séparation, son époux cruellement ensorcelé au point d’avoir oublié son amour pour elle. On y retrouve dans la position des personnages l’influence de Rodin. Dans sa version plâtre patiné, cette œuvre obtient une mention honorable au Salon des artistes français. Sur une photo d’atelier, on voit Camille travaillant à cette sculpture aux côtés de son amie anglaise Jessie Lipscomb.

Plus tard, en 1905, en changeant les attitudes des personnages et sans l’amputation des bras, la version marbre sera rebaptisée “Vertumne et Pomone”.


Camille Claudel Vertumne et Pomone marbre 1905
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Voir un commentaire (musée Rodin).

Un jour, une femme âgée s’est présentée comme modèle dans l’atelier de Rodin. Camille en fit son portrait, très expressif, et Rodin modela sa silhouette décharnée, puis l’intégra dans un linteau de la porte de l’enfer et à laquelle il donna son autonomie sous le titre : “Celle qui fut la belle Heaulmière”, Titre inspiré d’un poème de François Villon “les regrets de la belle Heaulmière”.


Auguste Rodin, la belle Heaulmière 1890
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L’œuvre a été acquise par l’État en 1891 pour le musée du Luxembourg. C’est elle aussi, dupliquée en deux exemplaires qui lui a inspiré “les sources taries”. Voir un commentaire (musée Rodin).

Au sommet de leur relation, Rodin et Camille ont séjourné secrètement en Touraine, au château de l’Islette, non loin d’Azay-le-Rideau. En 1890 et 1891 ils s’y rendirent au printemps et à l’automne à plusieurs reprises, lorsque Rose Beuret se reposait chez des amis. Là ils s’isolaient de la vie publique, plusieurs pièces à l’étage leurs étaient réservées, qu’ils louaient en tant qu’au hôte payant. Camille a réalisé “la petite châtelaine” alors âgée de 6 ans.


Camille Claudel la petite châtelaine plâtre 1892-1893
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C’est la petite fille de la propriétaire, on voit l’expression attentive et le regard interrogatif de la fillette qui a posé pendant près de 72 heures ! Voir un commentaire (musée Camille Claudel).
En 1895 et 1896, Camille Claudel en fit une version pour la réalisation de 4 marbres, dont l’un appartenait à Claude Debussy.

De son côté, Rodin infligea de longues séances de pose à un cocher voiturier dans lequel il avait vu le sosie de Balzac, Estager dont il avait besoin pour sa nouvelle commande. Il avait prospecté en Touraine, patrie de l’écrivain, à la recherche du même type d’homme puissant et pittoresque.

Camille réalisa “la valse”, où l’enlacement des deux amants dont l’inclinaison des corps évoque l’abandon, est traitée avec une grande virtuosité.


Camille Claudel la valse Grès flammé 1889
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La critique a salué avec enthousiasme “l’ambitieux et savant déséquilibre” de l’œuvre qui connaît un grand succès commercial. Voir un commentaire (musée Camille Claudel).

Un événement va bouleverser le cours de cette liaison amoureuse. En 1890-1891, Camille a avorté. Rodin, qui n’avait jamais voulu choisir entre sa compagne dévouée et sa jeune maîtresse, choisit Rose. La séparation fut douloureuse pour lui, tragique pour elle.

Camille continue à sculpter un “buste de Rodin”, puis en 1892 un groupe “Percé et la Gorgone” et la célèbre “Clotho” 1893.


Camille Claudel Clotho 1893
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… où le corps décharné de la belle Heaulmière semble empêtré dans un écheveau indéfinissable, qui donne à l’ensemble une grande intensité tragique. (Clotho est l’une des Parques dans la mythologie grecque). Voir un commentaire (musée Rodin).

En 1893, “l’âge mûr”, dans une première version en plâtre met en scène la passion de l’artiste : les trois personnages sont liés, l’homme mûr figure Rodin, la vieille femme sur laquelle il s’appuie c’est Rose, et sa jeune maîtresse cherche à le retenir agenouillée.


Camille Claudel l’âge mûr 1893
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Voir un commentaire (musée d’Orsay).

Dans la seconde version 1895-1899 pour la fonte du bronze la rupture est consommée : les poses sont théâtrales, jeux de lignes obliques, draperies tourmentées qui entourent la vieille femme, sol mouvant.


Camille Claudel l’âge mûr 1895
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La facture de cette œuvre est remarquable, mais devant son caractère autobiographique l’Etat renonce à lui passer commande. Voir un commentaire (musée Rodin).

Camille se tourne alors vers des scènes quotidiennes observées, qu’elle met en scène de façon très originale. Par exemple, “Les causeuses” 1897 est partie d’une scène observée dans le compartiment d’un train.


Camille Claudel les causeuses 1897 onyx et bronze
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Trois femmes en écoutent une autre qui leur fait des confidences. L’artiste les a placées devant un paravent. Plusieurs versions existent, mais la plus connue est celle en onyx et bronze que la critique a saluée pour son originalité. Voir un commentaire (musée Rodin).

De même, en 1897-1902 la vague, très inspirée par la mode du japonisme la vague de Hokusai.


Camille Claudel la vague 1897-1902 onyx et bronze
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Trois petites figures féminines forment une ronde et penchent la tête sous la menace d’une vague géante au-dessus d’elles. Là encore l’emploi de l’onyx vert, avec son aspect translucide et ses veines apparentes, contribue à l’originalité de l’œuvre. Voir un commentaire (musée Rodin).

Camille a continué à travailler jusqu’en 1905, cumulant les difficultés matérielles et financières, malgré l’aide anonyme de Rodin et de quelques amis collectionneurs. Mais elle est rongée par son délire de persécution et son comportement imprévisible choque par ses excentricités en public.


Camille Claudel Niobide blessée plâtre 1905
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Dernière œuvre de Calille.

En 1913, une semaine après la mort de son père, elle est internée à la demande de sa famille, pour psychose paranoïaque. Elle s’éteint en 1943 à l’asile de mont-des-vergues près de Villeneuve-lès-Avignon dans une solitude terrible à l’âge de 79 ans.


Claudel, à corps et âme

Après la rupture, Rodin a continué à être hanté par Camille, en témoigne les nombreuses versions de son portrait : “Camille au bonnet”, dont la plus émouvante est celle en pâte de verre réalisée en 1911 ainsi que “la pensée” (1895)


Auguste Rodin la pensée 1895 marbre
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… pour laquelle Rodin a demandé au tailleur de marbre d’arrêter son travail afin que seule la tête émerge du bloc, et cet assemblage, qu’il a réalisé du masque de Camille et de la main gauche de Pierre de Wissant (un personnage des bourgeois de calais), qui disproportionnée, vient comme une main protectrice accompagner le portrait.

L’aurore” (1895) c’est encore Camille,

de même que “l’adieu” (1905).


Auguste Rodin l’adieu 1905 marbre
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