La biennale de Venise 2022

Léonor Fini (1907 Argentine – 1996 France) de parents italiens, elle s’était enfuie avec sa mère à Trieste pour échapper à son père oppresseur, qui a cherché à la ramener en Argentine, en l’obligeant à se déguiser en garçon. Puis dans les années trente, Giorgio de Chirico l’a initié au surréalisme.


Léonor Fini, l’alcove (Autoportrait avec Nico Papatakis) 1941 huile sur toile 73 × 97,8 cm
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Alcove (1941) échange des rôles : elle contemple un corps nu masculin, qui se prélasse dans un boudoir.
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Femme assise sur un homme nu (1942) vêtue de velours, elle est assise sur un homme endormi.
Idée d’une prise de pouvoir féminin.
Voir d’autres oeuvres de Leonor Fini (musée Guggenheim de Venise).

Jane Graverol (1905 Belgique – 1984 France) qui a travaillé autour de Magritte, elle a produit une œuvre à la fois onirique et conceptuelle, peuplée de figures féminines fières et déterminées, mêlées à des éléments bestiaux.


Jane Graverol, École de la vanité (1967) huile sur toile 73 × 97,8 cm
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École de la vanité (1967), visage séduisant, mais ses entrailles sont un enchevêtrement de machines et l’ensemble compose une sorte de sphinge.
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Valentine Penrose (1898 France – 1978 Angleterre) elle avait épousé Roland Penrose, qu’elle a quitté pour vivre dans un ashram en Inde avec une femme Alice Rahon en 1936-37.
Ses collages combinent images scientifiques, images de mode, animaux, monstres. Ils sont beaucoup moins connus, mais tout aussi intessants que ceux de Max Ernst ou de Roland Penrose.


Valentine Penrose, Ariane (1934) collage
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Ariane (1984) deux personnages dans un paysage, mais un insecte doré avec deux pattes humaine perturbe la composition.
Voir également :

La stratégie militaire (1934) collage sur papier, une statue-buffet occupe la partie supérieure dans le ciel de ce paysage.
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Alice Rahon (1904 France – 1987 Mexique) Alice et son mari, le peintre Wolfgang Paalen, ont fui la France en 1939, rejoignant au Mexique André Breton, Léonora Carrington, Frida Kahlo, et Diego Riviera.
En 1946, un an après le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, elle a créé un ballet inspiré des anciens Maya, avec 5 personnages de marionnette en 3D, qui s’interrogeaient sur la vie après la destruction de la planète.


Alice Rahon, Androgyne, 1946 Sculpture, Wire marionette 66 x 27,9 x 2,5 cm
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Carole Rama (1918 Turin – 2015) elle a utilisé l’aquarelle pour traiter des traumatismes de sa vie : suicide de son père après une crise économique, fascisme, internement de sa mère en hôpital psychiatrique…


Carole Rama, Apparisonata (1941) Aquarelle sur papier, 33 × 23 cm. Collection privée
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Apparisonata (1941) évoque le corps entravé des malades mentaux, dont les désirs sexuels sont pourtant intacts. Petit corps sur le lit, avec le sexe bien exposé les chaussures rouges, et l’idée de l’enfermement, que l’on >retrouve également ici.

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Augusta Savage (1892 – 1962 États-Unis) est une activiste du mouvement Renaissance de Harlem. En 1937, elle a reçu la commande d’une sculpture pour l’exposition Internationale de New York en 1939. Elle s’est inspirée d’un hymne pour les droits civiques et en a fait une sculpture monumentale de 5 mètres de haut.
The harp : la table d’harmonie est un bras et un groupe chante en robes plissées. L’œuvre en plâtre a été détruite après l’exposition mais reste un modèle préparatoire en bronze.


Augusta Savage, Soulevez chaque voix et chantez (La harpe), 1939. Bronze, 27,3 × 24,1 × 10,2 cm
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Dorothea Tanning (1910 – 2012 États-Unis) deuxième compagne de Max Ernst elle explore l’inconscient dans des peintures qui mêlent le familier et l’étrange.


Dorothea Tanning, Avatar (1947) huile sur toile 35,6 x 27,9 cm Collection privée, Chicago
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Avatar (1947) une jeune fille, les yeux fermés, se balance sur un trapèze de cirque, laissant derrière elle une robe façonnée par l’absence du corps comme une peau. La perspective de la pièce d’en bas dit l’idée de l’enfermement.

Deirdre (1940) huile sur toile 41 x 51 cm, une femme avec des cheveux-plantes, hybridation humain-végétal.

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Toyen (1902 Prague – 1980 Paris) pseudo de Marie Čermínová, forgé à partir du mot citoyen en évitant les connotations de genre. Elle prônait la liberté sexuelle et alternait vêtements féminins et masculins. Elle s’était installée à Paris en 1947. Ses peintures, souvent érotiques, sont exposées en ce moment au musée d’art moderne de la ville de Paris. Ici, les dessins du portfolio the shooting gallery réalisés en 1939-1944 à Prague, alors qu’elle se cachait et protégeait un ami poète juif. Deux de ses peintures sont visibles au MAM.


Toyen, le génie surréaliste au féminin. Exposition au Musée d’art moderne de Paris

Remedios Varo (1908 Espagne – 1963 Mexique) s’est installée à Paris en 1937 avec son second mari, le poète Benjamin Péret. Elle a fui pendant l’occupation à Mexico. Ses peintures reflètent son intérêt pour la sorcellerie et l’occultisme.


Remedios Varo, Sampatia (la rabia del Gato) 1955 huile sur masonite 95,9 x 85,1 cm
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Sampatia (la rabia del Gato) 1955 l’homme et l’animal sont comme des projections célestes attachées à une constellation dans un intérieur vide.

Harmonia (autoretractado surgente) 1955 une femme place des cristaux sur une portée musicale, en compagnie de figures anthropomorphes qui émergent des murs/nef. Voir un détail, elle installe des cristaux sur une portée.

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Deuxième capsule temporelle
Corpo Orbita (corps en orbite)

On retrouve des artistes qui ont choisi de prendre leur autonomie par rapport aux hommes.

Djuna Barnes (1892-1982 États-Unis) écrivaine et journaliste, elle a publié en 1928 un ladies almanack mêlant prose, poésie, et dessins : une véritable déclaration de guerre aux hommes par une armée de femmes aventurières, montant des chevaux blancs.


Djuna Barnes, almanak (1928)
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Minnie Evans (1892-1987 États-Unis) née dans une cabane en Caroline du Nord, descendante d’une esclave de Trinidad, elle a été, dans les années 40, gardienne dans un jardin public : là elle a peint des compositions symétriques avec des arrangements végétaux autour d’une figure centrale féminine.


Minnie Evans, sans titre , 1967. Huile, encre, papier sur carton, 36,83 × 49,53 cm
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C’est naïf, coloré et plein d’inventivité.
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Voir d’autres oeuvres de Minnie Evans

Mina Loy (1882 Angleterre – 1966 États-Unis) la maison de chasse (house hunting) 1950 est un assemblage de matériaux qui forment l’image d’une femme entourée de bâtiments. Elle porte une coiffe contenant une théière, une pelote de laine, des vivres et du linge sur une corde, bref, tous les stéréotypes des activités féminines.


Mina Loy, la maison de chasse, v. 1950. Assemblage technique mixte, 90 × 105,5 cm Collection Caroline Burke
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Gisèle Prassinos (1920 Turquie – 2015 France) poétesse surréaliste, dans les années 60, elle a réalisé une série de panneaux de tissus aux couleurs vives, intitulés “portrait de famille”. C’était l’histoire d’une famille bizarre racontée par Brelin, le fils d’un scientifique sévère. 12 panneaux de tissus cousus à la machine et finis à la main dans lesquels, Brelin défie le régime patriarcal. Voir également Brelin le fou.


Gisèle Prassinos, Brelin le fou ou le portrait de famille, 1975 panneaux de tissu, cousus à la machine et finis à la main
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Une salle entière est consacrée à un (une) artiste danois(e).

Ovartaci (1894-1985) né Louis Marcussen. Il a fait un apprentissage de peintre naturaliste puis a passé six ans en Argentine, dans les années 1920. A son retour, très fragile, il a été interné en hôpital psychiatrique, où il a vécu 56 ans. L’hôpital a fini par comprendre et accepter sa demande de changement de sexe. Ses peintures et dessins sont peuplés de créatures animales aux traits allongés, que l’on retrouve en volume sous forme de grandes poupées costumées et de vêtements en tissu.


Ovartaci, Sans titre, gouache et crayon de couleur sur toile 163 x 91 cm
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Figures mi-femmes mi-animales.

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Nous retrouvons les contemporains avec :

Sheree Hovsepian (née en 1974 en Iran) vit aux États-Unis. Une série de photographies associant des fragments de corps humain avec des objets, reliés par des structures géométriques. Avec des grands formats en bas et une frise de petits formats au dessus.


Sheree Hovsepian, Privileged Prey, 2021 Épreuves gélatino-argentiques, céramique, ficelle, clous, cadre d’artiste 80 x 54.6 x 8.9 cm
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Voir d’autres oeuvres de Sheree Hovsepian.

Amy Sillman (née en 1955 aux États-Unis) une peinture physique, dynamique qui occupe les murs d’une salle encombrée par une installation au milieu, dont on en fait le tour, comme pour comprendre un récit fragmenté, plutôt abstrait, mais incorporant des éléments humains et animaux.


Amy Sillman, Frieze for Venice 2022
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Voir d’autres oeuvres d’Amy Sillman.


Visite de l’atelier de d’Amy Sillman

Voir d’autres oeuvres de Amy Sillman (Galerie Gladstone).
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Au centre de la salle, l’installation de

Bronwyn Katz (née en 1993 en Afrique du Sud) qui a réalisé Göegöe, 2021. Cette sculpture de six mètres de long à même le sol est faite essentiellement de sommiers récupérés et de tampons à récurer en laine d’acier. L’œuvre porte le nom d’un serpent d’eau mythique en Afrique du Sud.


Bronwyn Katz, Göegöe, 2021
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Plus loin, encore des hybridations de :

Shuvinai Ashoona (née en 1963) artiste Inuit qui raconte la vie contemporaine des Inuits, en mêlant le réel et le fantastique avec de grands dessins au crayon de couleur.


Shuvinai Ashoona, Composition (L’attaque des monstres tentacules), 2015 crayon de couleur, encre sur papier Collection de Paul et Mary Dailey, 2021
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Une salle est consacrée à :

Jana Euler (née en 1982 en Allemagne). Après avoir peint en 2019-2021 la série “Grande Terre Blanche” (des requins dressés sur de très grands formats), elle a placé sur un socle 111 sculptures de petits requins en céramique,


Jana Euler, Great White Fear, Venise 2022
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… et au mur des mouches géantes, peintes de façon hyper-réalistes.
L’une, flight Eternity (2021) est un spécimen vieux de 5 000 ans conservé dans de l’ambre.
L’autre fly moment, mouche vivante, capturée en macro photographie.
En face, une image de la peur avec un jeu de symétrie. Animaux marins/volants morts/vivants, grands/petits, un jeu de contraste.

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Ambiance très différente dans une autre salle consacrée à

Paula Rego (née en 1935 au Portugal vivant à Londres et décédée le 8 juin 2022) nous l’avons découvert en France il y a 3 ans, par une exposition à l’Orangerie intitulée “les contes cruels de Paula Rego” et ce titre lui convient parfaitement.
L’artiste traite de scènes domestiques psychologiquement chargées. Dans sa jeunesse elle a été affectée par la dictature de Salazar, et par la tyrannie des hommes, du père, du mari. Elle mêle à son travail des éléments autobiographiques, des références aux contes de fées, aux princesses de Disney, et s’inspire de l’esprit satirique de Goya et Daumier. Parallèlement, elle crée des personnages en papier mâché et tissu, qui lui servent aussi de modèle. Cet été elle est exposée au musée Picasso de Malaga. Paula Rego, qui a cotoyé à Londres F. Bacon, et L. Freud est la seule femme du groupe de ces grands peintres britannique.


Paula Rego Sleeper (1994) pastel sur toile
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Sleeper (1994) une femme est allongée au sol sur un blazer d’homme, avec une assiette à côté d’elle. Punie ? Cette peinture date de l’année où elle a peint des femmes se comportant comme des chiens “dog women”.


Paula Rego Oratorio (2008-2009)
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Oratorio (2008-2009) un dispositif en bois mêlant peintures et personnages en volume.

Voir également :
Gepetto et Pinocchio (le modèle c’est Ron Mueck le sculpteur qui est son gendre).

Blanche-Neige et sa belle-mère.

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Christina Quarles (née en 1985 à Los Angeles), elle se présente comme une artiste métisse afro-américaine, caucasienne et queer. Elle peint en grand format des corps nus fragmentés, en pleine métamorphose : elle mêle des motifs géométriques et des éléments de nature morte, elle multiplie les espaces (éléments en perspective et éléments frontaux).


Christina Quarles Hangin’ There, Baby (2021)
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Voir également :
Gone on Too Long (2021)
Just a Lil’ Longer (2021)
Réflexion sur la fluidité des corps et leur métamorphose permanente.


Venise 2022 Chrsitina Quarles

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Hannah Levy (née en 1991 aux États-Unis) est sculptrice. Pour la Biennale elle présente trois objets :
L’un est une poche en silicone affaissée en équilibre sur 4 pieds en métal brillant comme une espèce animale.


Hannah Levy sans titre sculpture (2022)
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Un autre est une fine membrane de silicone tendue sur un cadre en acier entre la tente et les ailes de chauve-souris.

et le dernier, un fac-similé en marbre surdimensionné d’un noyau de pêche.

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Kaari Upson (1970-2021 États-Unis) était connue en Californie pour ses travaux associant peinture et moulage de silicone.
Ici c’est une série récente intitulée “portraits d’Upson” (2020-2021) réalisée alors qu’elle luttait contre un cancer du sein. Ce sont des visages oscillant entre macabre et abstraction, peut-être une méditation sur la maladie, et la dégradation du corps.


Kaari Upson Portraits d’Upson 2021
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Voir également
Portraits d’Upson 2021
Série de visages qui oscillent entre l’abstraction et le macabre, avec une méditation sur la dégradation du corps.
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Plus loin,

Charline Von Heyl (née en 1960 en Allemagne vit aux États-Unis), elle a collaboré ici avec un groupe de musiciens. Elle réinterprète dans ses peintures le mythe grec de Zéphyr, dieu du vent et de la nymphe Chloris, histoire utilisée par Botticelli dans le printemps (1480). Ici Primavera 2020, on retrouve les personnages de Botticelli (en gris), auxquels s’ajoutent des points rouges graphiques, des lapins et oiseaux bondissant, des rayures, des frottis au fusain… En scannant le QR code à côté de l’œuvre, on entend une musique de la Renaissance.


Charline Von Heyl The primavera project, 2020
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Dans “le complexe d’août” (2020) elle établit un lien entre Flora (le nom que prend Cloris après sa transformation) et la flore et la faune détruites par un incendie dévastateur de 2020 au nord de la Californie. On voit les lapins qui fuient et en bas les flammes de l’incendie, alors qu’en haut les arbres brûlent.

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Elaine Cameron-Weir (née en 1985 au Canada vit à New York). Elle occupe une salle avec la seule installation à caractère politique de ce pavillon central.
« Icône de bas-relief » (2021) est constituée de cercueils métalliques utilisés par l’armée américaine pour le transport des restes corporels ; chacun est éclairé par des lumières scintillantes, (des veilleuses) et repose sur un sol métallique conçu pour cacher les câbles électriques. Sur les éléments verticaux, des disques d’étain portent l’image de crucifix. L’idée, dit l’artiste, « du sacrifice individuel exigé par un Etat qui traite la vie comme jetable« . A droite “main droite main gauche, broie la poussière” 2021 est un portail lumineux destiné dit-elle « à attirer les militaires vers une fausse promesse de salut« .


Elaine Cameron-Weir Icône de bas relief (Figure 1) et Icône de bas relief (Figure 2)(2021)
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Voir d’autres oeuvres de Elaine Cameron-Weir.

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