Cours du 13 avril 2015


Simon Hantaï – Série des Meuns (1968) 255 x 255 cm
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Anne Baldassari dit ceci : « La série des Meuns procède d’un nœud plutôt que d’un pliage. Ce nœud, fait en saisissant l’ensemble de la pièce de tissu, a pour effet de laisser les bords, puis le milieu. Entre 1967 et 68, on assiste à ce percement du centre de la toile. Une raie blanche aveugle l’oeil du pli. Avec le dépli, le blanc se met à circuler, reconstituant l’unité du blanc intérieur et extérieur. Les Meuns rappellent en positif ou en négatif, les papiers découpés de Matisse« .


Simon Hantaï – Etude, dédiée au poète Pierre Reverdy (1969) 275 x 238 cm National Gallery of Art Washington
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1969 – Les études, dédiées au poète Pierre Reverdy mort en 1960. La toile froissée régulièrement plissée reçoit une seule couleur. Après dépliage, le blanc des zones en réserve, laissé intact, agit à égalité avec la couleur.


Simon Hantaï – Etude, dédiée au poète Pierre Reverdy (1969)
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« De la toile peinte par l’artiste, à la peinture que regarde l’amateur, de la perception de l’artiste, à celle de l’amateur, non seulement l’œuvre en porte traces mais encore elle se constitue de ces traces, comme autant d’envols, d’éclats blancs et lumineux qui n’éclairent pas moins qu’ils aveuglent« . Marcelin Pleynet dans « Identité de la lumière dans Hantaï » (1983).
Voir d’autres oeuvres.

1973 La série des blancs.
Cette fois, c’est la surface non peinte qui domine. Ce sont les éclats colorés (vifs et contrastés) qui tiennent le rôle dévolu habituellement aux parties non peintes.


Simon Hantaï – Série des blancs (1974)
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1973 – 76 Les Tabulas (du latin planche ou table). Les nœuds placés à intervalles réguliers produisent après peinture monochrome et une fois la toile dépliée un effet de quadrillage, rigueur contrebalancée par la pénétration du blanc dans la couleur aux zones de croisement.


Simon Hantaï – Série des Tabulas (1974)
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Yves Michaud : « Avec les tabulas, une géométrie tremblée et incertaine réapparaît« .

Parmi les « tabulas » peintes à cette époque, quelques unes ont une couleur terre, terre verte, rouge Pozzoli, terre brêlée et ce caput mortuum. Pliée en rectangle, les croisements fixés par des nœuds à l’envers. La face capitonnée mise par terre est peinte. « La couleur Caput mortuum rentrée dans la toile instantanément, ne bave pas, souligne les coupes, les échardes et l’étoilement, secs et sans séduction. Les nœuds enlevés et dépliés, le capiton s’ouvre en fente partout. » A la madonna del Parto. (notes de Hantaï).

1980 – 82 Les tabulas lilas 7 pièces peintes en blanc sur blanc 290 x 470 cm.


Simon Hantaï – Série des Tabulas (1980) 285,6 × 454,5 cm Centre Pompidou
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En 1982, il représente la France à la 40 ème biennale de Venise.

Exposition Simon Hantaï au centre Pompidou en 2013.

Simon Hantaï en explorant le pliage comme méthode a donné une place centrale au processus de fabrication de la peinture, de façon artisanale : mais il est évident que sa vision, sa motivation, tout son univers tendait vers l’expression de la spiritualité et d’un certain mysticisme.
Les artistes de support-surface eux aussi vont s’écarter du pinceau traditionnel au profit d’explorations quasi artisanales. Mais leurs œuvres ne véhiculent aucun symbolisme, aucun message, elles ne renvoient qu’à elles mêmes.

Le groupe support surface (1969 – 1974)

Comme BMTP, il répond à la crise de la peinture. Mais BMPT le faisait avec une attitude nihiliste, alors que les artistes de support – surface choisissent d’en expérimenter les possibles dans une démarche analytique de ses composants.
Un tableau c’est une toile, ou un autre support tendue ou pas sur un châssis, et c’est une matière colorée appliquée sur cette surface. Toutes ces composantes sont revisitées.
Le contexte intellectuel c’est le structuralisme, la sémiologie c’est une période d’effervescence intellectuelle en France à laquelle participe la revue « Tel quel » ; c’était le règne d’Althuser, de Lacan, de Philippe Sollers, de Jacques Derrida et de Roland Barthes … et de Marcelin Pleynet. C’est par son intermédiaire (en tant que critique d’art) que les méthodes issues de la sémiotique ont été utilisées pour questionner la peinture.
Résultat : La toile on la peindra des deux côtés. On supprimera le châssis ou on lui donnera son autonomie, les pigments et les teintures, on les produira avec des moyens artisanaux. On évitera la virtuosité, on visera, au contraire à démystifier l’œuvre d’art en confectionnant des objets pauvres avec des techniques ancestrales.

La plupart des artistes fondateurs du groupe sont originaires du sud de la France. Dès 1966 – 67, ils ont commencé à se manifester autour de Nice. En 1969, dans les rues du village de Coaraze en particulier et au Havre le groupe la peinture en question.
Pendant l’été 1970, des Alpes maritimes au Roussillon, une douzaine d’expositions en plein air sont dénombrées, sur une plage de Nice, dans une carrière près de Palavas …
Et à l’automne 1970, ils sont invités à exposer au musée de l’art moderne à Paris, c’est là qu’ils prennent le nom de mouvement support- surface.

Qui sont-ils ? Que font-ils ?

Daniel Dezeuze (né en 1942 à Alès). Il a fait des études de lettre et les beaux arts à Montpellier. Il vit et travaille à Sète. Il présente des châssis privés de leur toile et développe l’idée des châssis sous la forme d’échelles de lattes de bois souples.


Daniel Dezeuze – Sans titre (1975) 590 x 135 cm
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Sans titre 1975 échelle de bois souple teintée 590 x 135 cm

Voir autre échelle.

Voir d’autres oeuvres (le site de Daniel Dezeuze).

Claude Viallat né en 1936 à Nîmes où il vit et travaille aujourd’hui. Il a étudié aux beaux arts de Montpellier, puis aux beaux arts de Paris. De 1964 à 67, il enseigne à l’école des arts décoratifs de Nice.
C’est en 1966 qu’il réalise ses premières toiles sans châssis, qu’il peint au sol. C’est là qu’apparaît sa forme (que les gens qualifient de haricot aplati ou d’osselet), mais qui est l’empreinte d’une éponge, toujours du même format sur laquelle il n’a cessé de travailler depuis 50 ans, en expérimentateur insatiable.
Viallat récupère des toiles, des draps et montre le processus matériel de la peinture, selon le geste qui permet son application et sa diffusion de la couleur sur le support, qui n’a pas été enduit, préparé ni tendu. Les plis restent apparents. Il distribue ses formes par pochoir selon une totale régularité (du moins au début).


Claude Viallat – Sans titre (1966) 590 x 135 cm
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Claude Viallat – Sans titre (1970)
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Sans titre éosine et bleu de méthylène exposés à la pluie 1970

Sans titre colorant sur toile et empreinte de mains (1966).


Claude Viallat – Empreintes de filets sur toile (1972) 200 x 170 cm
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Empreintes de filets

En 1972, pendant un séjour aux États-Unis, il découvre l’art des indiens qui va ajouter à son travail une dimension « primitiviste » : exp. Parallèlement à son travail, de peinture, il réalise des objets à base de ficelle, de bois frottés, de nœuds, de corde.

En 1988, il représente la France à la 43° Biennale de Venise.

Voir d’autres oeuvres de Claude Viallat (galerie Hélène Trintignan Montpellier).

Patrick Saytour né en 1935 à Nice. Il vit et travaille à Aubois. Il a reçu une formation en théâtre et aux arts déco de Nice. Il travaille avec un vocabulaire pauvre.


Patrick Saytour – Brûlages sur tissus (1967)
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1967 Brûlages sur tissus, Voir également un autre brûlage.

Puis au début des années 70 des étendages et des pliages sur lesquels il imprime des quadrillages (trempage, solarisation, etc.)


Patrick Saytour – Pliages (1970)
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Pliage, aniline et pigment sur toile
Autre pliage.

Ce qui permettait à Viallat de résumer ainsi les choses : « Dezeuze peignait le châssis sans toile, moi je peignais des toiles sans châssis et Saytour l’image du châssis sur la toile« .

Louis Cane né en 1943 à Beaulieu sur mer
Arts déco à Nice puis à Paris.
En 1967, il couvrait des draps de tampons encreurs «Louis Cane, artiste peintre».

Au début des années 70, il réalise des toiles découpées pour une série qu’il intitule sol/mur.


Louis Cane – Sol / mur (1974)
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Sol/mur 1974

La toile est teinte artisanalement et laisse voir des plis (vaporisée de peinture et agrafée directement sur le mur). Certaines sont noires et saturées de peinture par vaporisation.
Voir également toile sol/mur « les jumelles » (1974) Mur 290 x 242 cm Sol 218 x 194 cm

Voir le site de Louis Cane.

Vincent Bioulès né en 1938 à Montpellier.
Études de lettres, puis beaux arts à Montpellier. Il est né dans une famille de musiciens et il a dit qu’il est entré en peinture pour échapper à la musique.
Depuis 1982, il a été professeur à l’école des beaux arts de Nîmes, puis de Montpellier et en 1991 à Paris.
Dans les années support/surface, il peint de grandes toiles abstraites (sans titre) associant des couleurs en aplats.


Vincent Bioulès – N°5, (1971) Acrylique sur toile, 100 x 100 cm
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Voir un entretien avec Vincent Bioulès.

Noël Dolla né en 1945 à Nice, vit et travaille à Nice.
Dès 1962 à l’école d’art de Nice, il a reçu l’enseignement de Viallat. Il travaille sur des matériaux pauvres de tous les jours, serpillières, torchon, étendoir, draps, qu’il présente sur des étendoirs.
En 1969, en plein air, il peint des rochers (crime d’Anthion), il a également coloré la neige.


Noël Dolla – Étendoir, (1998) Draps teints, structure métallique (325 x 270 cm)
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A partir de 1974 – 75, sur la tarlatanne pour jouer avec des transparences et les superpositions.

Voir d’autres oeuvres de Noël Dolla.

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