Malentendus, polémiques et scandales dans l’art contemporain

Vagrich Bahkchanyan a proposé en 1975 des collages pouvant servir de couvertures au Lolita de Nabokov.


Vagrich Bahkchanyan, Lolita 1975 huile sur toile chacun 158,7 x 133,4 cm
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Alexander Kosolapov, sa mission est de faire rire le spectateur habitué depuis l’enfance à respecter les totems du pouvoir. Il a réalisé en 1980 cette photographie intitulée Saint-Sébastien, mais il est surtout connu pour ses peintures laquées dans le style Pop Art visant à désacraliser la figure de Lénine.


Alexander Kosolapov, Coca cola, it’s the real thing Lenin 1980 peinture acrylique sur toile 106,7 x 177,8 cm
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Lui aussi a quitté l’URSS pour New York où ses œuvres sont présentées à Time Square sur des panneaux, et parfois des caissons lumineux.

Boris Orlov, explore la domination du système patriarcal en jouant avec les médailles militaires. Totem national 1982 appartient aujourd’hui au Centre Pompidou.


Boris Orlov, victoire sur le soleil, 2000
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Victoire sur le soleil reprend dans une version moderne de l’Opéra de Malevitch et Maïakovski en associant les formes suprématistes à un avion. C’était après la tragédie du Boeing coréen abattu par un avion soviétique. Toute une exposition, à la galerie Apt Art consacrée à cet événement, a été arrêtée. La galerie a été fouillée, les œuvres saisies, les artistes envoyés sous contrainte dans des garnisons éloignées et la galerie Apt Art a été détruite en 1984.
Voir d’autres oeuvres de Boris Orlov.

Les années 1990 ont été particulièrement turbulentes. Les artistes restés en Russie n’hésitent plus à agir dans l’espace public, avec l’aide de tous les moyens médiatiques possible, pour rejeter l’ordre, les lois et interpeller le grand public, en prenant le risque de choquer.
Ainsi Oleg Kulik, avec sa performance “chien fou” en 1994 réagissait à la fermeture des squats artistiques à Moscou, orchestrée par les pouvoirs publics, en se comportant comme un chien, il chahute la notion de dignité humaine pour raconter sa rage.


Oleg Kulik, mad dog 1994
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En 2008 à la FIAC à Paris, des policiers en civil ont pénétré sur le stand de la galerie Moscovite XL pour saisir les photographies des actions de Kulik, au motif de trouble à l’ordre public alors que le public de la FIAC est bien loin d’être naïf.

Anatoli Osmolovski, organise en 1998, une action barricade pour barrer la rue qui donne accès au Kremlin, en hommage à mai 68. Il a aussi posé un réfrigérateur sur la place Rouge à Moscou, avec le buste de Lénine à l’intérieur.


Anatoli Osmolovski, action barricades 1998
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Voir : Les non-conformiste russes 2019-2020.

Le groupe Blue Noses a réalisé 65 œuvres, interdites de sortie du territoire russe en 2007. Ce langoureux French Kiss de deux policiers appartient à la série “l’air de la miséricorde” et il a suscité un scandale d’État.


Blue Noses, Kissing Policemen, 2005
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Alexandre Sokolov, ministre de la Culture, a qualifié l’œuvre de pornographique et considéra qu’elle était une honte pour la Russie. Elle sabotait à ses yeux la dignité de la nation. L’uniforme gris bleu de la milice, avec ses rehauts de rouge, devient une icône gay, et les drapeaux bien visibles sur les écussons des manches des policiers paraissent cautionner cet enlacement si rééprouvé par les autorités morales et politiques du pays. Le cadre n’a pas été choisi au hasard, les bouleaux sont indissociables du folklore russe. Deux autres photos du collectif Blue Nose, The Candle of our Life, 2004 et Mask show, 2007.

Voir un dossier sur le Sots Art.

Les Pussy Riot est un groupe féministe punk rock, qui a voulu, en 2012, s’opposer à la nouvelle candidature de Vladimir Poutine à la présidence.

Premier coup d’éclat le 20 janvier, elles chantent sur la place Rouge « Poutine nous pisse dessus !« . Le lendemain trois d’entre elles pénètrent dans la cathédrale du Christ-Sauveur et interprètent un nouveau chant “Vierge Marie chasse Poutine”.


Les Pussy Riot en action

Cette performance fait scandale en Russie, secouée par des manifestations qui ont suivi l’élection du président accusé de fraude électorale. Une enquête a été ouverte fin février contre le groupe, accusé de hooliganisme et d’incitation à la haine. Les jeunes filles sont arrêtées en mars. En août elles sont reconnues coupables de vandalisme motivé par la haine religieuse, et de hooliganisme et elles écopent de 2 ans de colonie pénitentiaire en Sibérie. Aussitôt des protestations s’élèvent en Russie, et un mouvement de soutien a lieu partout dans le monde. La Cour européenne des droits de l’homme condamne la Russie.

En Octobre l’une d’elles est remise en liberté, et décrit ses semaines de détention, en décembre une autre est amnistiée, puis la troisième.

En Chine on pourrait multiplier les exemples, mais vous connaissez mieux sans doute les démêlés d’Ai Weiwei avec les autorités de son pays dont il ne cesse de dénoncer les mensonges depuis 1995, et sa série du doigt d’honneur. Ici face à la place Tian’anmen.


Ai Weiwei, study of perspective Tiananmen, 1995
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En Italie Maurizio Cattelan a érigé devant la Bourse de Milan en 2010, une sculpture de marbre de Carrare de 11 m de haut et de 6 tonnes représentant une main aux doigts coupés sauf l’index, qui se dresse comme un doigt d’honneur. Le titre L.O.V.E. signifie liberté, haine, vendetta, éternité. Les doigts coupés sont le châtiment que réserve les mafieux à leurs insoumis. L’artiste veut dénoncer la collusion en Italie entre les pouvoirs et la mafia. Bien sûr, la sculpture a été très rapidement démontée.


Maurizio Cattelan, L.O.V.E, 2010
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Beaucoup plus légèrement, Ko Sui Lan, une étudiante au Beaux-Arts de Paris, a accroché des bannières en ironisant le slogan de Nicolas Sarkozy de 2010: “travailler plus pour gagner plus”.


Ko Siu Lan, bannières 2010
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La question de la protection de l’enfance

L’article L 227-24 du code pénal définit comme délit : « Les messages à caractère violent ou pornographique lorsque ces messages sont susceptibles d’être vus par un mineur« .

Larry Clark photographe américain, qui dans les années 70, s’est concentré sur les comportements adolescents, en montrant que leurs jeux ne sont pas toujours innocents. Au musée d’art moderne de la Ville de Paris en octobre 2010, ses photos ont été interdites aux moins de 18 ans par la municipalité.


Larry Clark Brother and Sister, 1973 photographie en noir et blanc 35.6 x 27.9 cm
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Cette décision a été contestée par beaucoup, arguant que les films de Larry Clark sont projetés dans les salles, sans jamais avoir été classés X. Bertrand Delanoë, maire à l’époque, s’est défendu: “Il est de notre devoir d’éviter à la fois un risque d’interdiction judiciaire de l’exposition, et un risque pénal pour le conservateur du musée ainsi que pour les commissaires de l’exposition”. Il faut dire que le monde de l’art se montre prudent depuis l’affaire du CAPC de Bordeaux.

En 2000 en effet, le CAPC présente une exposition intitulée “Présumés innocents”, qui est consacrée à l’enfant dans l’art contemporain.


CAPC Bordeaux catalogue exposition Présumé innocent 2000
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De nombreux artistes sont présents comme Alain Séchas avec son David, Nan Goldin avec ses photos de poupées mises en scène en gros plan, Jacke & Dino Chapman avec leur « zygotic accélération”, Paul Mc Carthy avec son spaghetti Man et avec ses personnages de Walt Disney dans des jeux interdits. Cette exposition regroupe 200 œuvres, 80 artistes et a eu 25 000 visiteurs de juin à septembre. La Croix l’a qualifiée “d’acide, de riche et humoristique”, Sud-Ouest de “brillante, parmi les plus réfléchies et les plus riches qu’on a eu l’occasion de voir au CAPC”.

Ce n’est qu’après le décrochage de l’exposition, qui s’est déroulée sans problème avec de nombreux médiateurs capables d’interpréter les œuvres, que tombe la plainte de « la Motte », petite association de défense et de protection de l’enfance basée à Agen. La démarche vise 24 artistes et entraîne l’ouverture d’une instruction judiciaire. Le directeur du CAPC et les deux commissaires de l’exposition sont mis en examen. Émoi général, Alain Juppé espère “Qu’on ne va pas revenir au temps des procès d’Oscar Wilde et de Baudelaire”. En 2009 un non-lieu est prononcé, mais l’association se pourvoit en cassation.

Le politiquement correct est en train de noyauter le monde de l’art, et un critique du Monde s’inquiète : “Le public va appréhender les territoires de l’art dans un climat de suspicion, éduqué à se garantir des conséquences traumatiques de l’expérience de l’art qui serait non désirée, non protégée”. Finalement un non-lieu a mis un terme à l’affaire en 2011. Aujourd’hui, depuis des exactions de viol sur mineur visant Claude Lévêque la vigilance est accrue.

Balthus, Thérèse rêvant 1936


Balthus pédophile ? derrière la toile « Thérèse rêvant »

En décembre 2021, la toile, conservée au MoMA de New York est remise en cause par une pétition qui dénonce le regard voyeuriste du peintre sur la jeune fille. Malgré les nombreuses signatures recueillies par cette pétition, l’œuvre n’a pas été décrochée. Mais pour ses peintures et les Polaroids dont il s’inspirait, Balthus se retrouve souvent au cœur de virulents débats dénonçant la sexualisation de très jeunes adolescentes.
Voir également la leçon de guitare 1934 de Balthus.

Les oeuvres jugées offensantes par certains

Andres Serrano immersion 1987, c’est l’image classique de la crucifixion, mise en valeur par une luminosité quasi transcendantale.


Andres Serrano immersion (piss Christ) 1987
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Mais le titre, et les explications de l’artiste ont choqué. Il dit avoir immergé un crucifix dans un vase rempli de son urine mélangée à son sang. Sacrilège ?

La photo a reçu en 1989 un prix du National Endowment for the Arts qui a déclenché de virulentes accusations de blasphème. L’éternel conflit entre la liberté d’expression permise dans l’art, et la censure liée à tradition religieuse. L’œuvre a été vandalisée à plusieurs reprises, à la National Gallery of Victoria à Melbourne, ou en 1997 et à l’exposition “Je crois aux miracles”, de la fondation Lambert à Avignon en avril 2011.

Viktor Velikzhanin, modèle rituel 1998 galerie de Iouri Chabelnikov, après une parodie de prière, l’artiste fait manger aux participants un Lénine entièrement comestible.


Viktor Velikzhanin, modèle rituel 1998
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Bien que l’action ironique de la galerie de Iouri Chabelnikov ait eu lieu en 1998, elle a été dans l’ensemble reçue avec hostilité. Probablement, le souvenir des idoles de l’URSS était encore trop vif.

Les journaux de l’époque écrivaient que «seuls des hommes schizoïdes, avec une psyché malade, peuvent réaliser cet acte amoral et blasphématoire». Et «l’insulte cynique contre la mémoire du grand dirigeant» a même été discutée au Parlement – un député a été invité à la performance, mais il a refusé de prendre part à ce «cannibalisme».

Maurizio Cattelan la Nona Ora en 1999 a réalisé du vivant de Jean-Paul 2, cette image hyperréaliste du pape victime d’une météorite.


Maurizio Cattelan la Nona Ora 1999
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L’expression de souffrance accentue l’effet réaliste de cette scène. La Nona Ora, c’est le moment où le Christ s’écrie “pourquoi m’as-tu abandonné ?” avant de mourir sur la croix. L’œuvre a été montrée de nombreuses fois, mais c’est à Varsovie en Pologne (pays d’origine du pape) qu’elle a le plus scandalisé. Un homme politique a tenté de vandaliser la sculpture au nom de la dignité du Saint-Père, et la directrice du musée a été obligée de démissionner. Dès sa création, elle a été achetée par François Pinault 3 millions de dollars. En 2014 il l’a prêté à l’archevêché de Rennes pour l’exposition qu’il préparait en hommage au pape Jean-Paul 2, et qui s’intitulait “Libre”. Grande ouverture d’esprit de l’archevêque Monseigneur Pierre d’Ornelleas.
En 2020, un sculpteur polonais, Jerzy Kalina a réalisé une œuvre en réponse à celle de Mauricio Cattelan, avec un pape debout, posé au milieu d’une pièce d’eau teintée d’un rouge sang. Elle est installée à l’entrée du musée national de Varsovie.


Jerzy Kalina, source empoisonnée 2020
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Voir un commentaire.

Paul Mc Carthy, Tree place Vendôme 2014.


Paul Mc Carthy, Tree place Vendôme 2014
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Installée le 16 octobre, l’œuvre a été financée par des fonds privés et avait reçu toutes les autorisations, y compris celle des commerçants de la place, le comité Vendôme. C’est une sculpture gonflable, choisie pour l’espace public en écho à l’exposition de McCarthy à la Monnaie de Paris intitulée Chocolate Factory. Dans ce lieu où des pièces de monnaies étaient réalisées à la chaîne, l’artiste a produit à la chaîne une centaine de figurines en chocolat par jour, représentant une petite version du sapin, ainsi qu’un Père Noël tenant dans ses bras un autre arbre évoquant lui aussi un sex-toy (Modèle presque identique à une grande sculpture noire qu’il a installée à Rotterdam arborant un plug et une cloche).


Paul McCarthy Chocolate Factory à la Monnaie de Paris

Les ouvrières sont habillées de rouge avec des perruques blondes. C’était une version pervertie des figurines comestibles vendues en fin d’année avec Saint-Nicolas ou le Père Noël. L’idée sous-jacente était la dénonciation ironique de la société hyper consumériste, qui trouve son apogée au moment de Noël. Quant à la dimension sexuée de l’objet (à la fois un sapin stylisé et sex-toy), c’est récurrent chez McCarthy, qui a passé son enfance dans l’Utah très conservateur, dans une dans une communauté mormone.
De la société américaine, il dénonce de façon satirique et irrévérencieuse la fascination pour Hollywood, le puritanisme, l’Empire Walt Disney, Blanche-Neige, Pinocchio, Barbie, et la domination militaire.

Exemple le nain de Blanche-Neige 2011 ou train mécanique (deux George Bush chevauchant des porcs en dodelinant de la tête). La sculpture gonflable de 24 m de haut a déplu aux militants identitaires et aux catholiques traditionalistes du printemps français : “Place Vendôme défigurée !”, “Paris humilié !” Un homme, avant de s’enfuir, a giflé trois fois l’artiste, lui hurlant que n’étant pas français, son œuvre n’a rien à faire sur cette place. Puis des inconnus ont mis hors service la soufflerie qui maintenait la sculpture, et le 18 octobre, donc 2 jours après, l’artiste a refusé de réinstaller l’œuvre et de se prêter à ces violences.

Anish Kapoor dirty corner Versailles 2015 a subi un sort assez analogue.


Anish Kapoor dirty corner Versailles 2015
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Installée à l’extérieur, devant le château, cette immense corne d’abondance en acier rouillé longue de 60 mètres, avait une connotation sexuelle évidente et les médias l’ont baptisée « le vagin de la reine« , ce que l’artiste assumait parfaitement. Mais très vite il a subi des dégradations volontaires, d’abord des jets d’urine, puis de nombreux graffitis antisémites. Amish Kapoor a d’abord pris le parti de ne pas faire nettoyer ces inscriptions, afin d’offrir au public un témoignage d’intolérance. Mais la justice française estimant que c’était faire le jeu des extrémistes, en a décidé autrement, et l’artiste a choisi de recouvrir de feuilles d’or les parties vandalisées. Dans la presse il s’exprime ainsi : “Je suis irakien et juif par ma mère, hindou par mon père, britannique par ma culture, ma vie et ma pratique. Et soudain on me ramène à une catégorie. C’est l’enterrement de la Culture”.

Pourquoi ce vagin de la reine ? Parce que dans la pratique de ce sculpteur il y avait depuis longtemps de convexe et concave, explorés d’abord de façon minimaliste, abstraite. Puis en 2011, au grand palais, avec son énorme installation Léviathan, ces mêmes jeux de convexe et concave ont pris une dimension organique, tout le monde a évoqué un immense utérus. Dirty corner se situe dans ce même parcours.

Olafur Eliasson artiste Dano-islandais. Ice Watch place du Panthéon 2015, où 400 scientifiques évoquaient les dérèglements climatiques pendant la COP21. Il a installé en cercle, devant le Panthéon, un volume total de 100 tonnes de glace en provenance des glaciers du Groenland.


Olafur Eliasson, Ice Watch , place du Panthéon 2015

12 énormes blocs qui forment les chiffres d’une horloge, comme un cadran polaire. 100 tonnes, cela correspond au volume de glace qui fond chaque centième de seconde au Pôle Nord. L’œuvre symbolisait donc l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique. Les passants ont adoré. Mais les critiques ont afflué : 30 tonnes de CO2, des camions réfrigérés, des bateaux, des containers réfrigérés, l’empreinte écologique de ce transport a posé question.

Plus récemment, deux scandales ont ému l’opinion pour des raisons assez similaires.

Banksy fillette au ballon auto-détruite 2018. Cette fillette au ballon a d’abord été un pochoir en 2002 à l’est de Londres détaché du mur, ce pochoir a été mis aux enchères et s’est vendu 50 000 livres. Une version ultérieure de cette œuvre, dans un cadre a été créée par l’artiste.


Banksy vente aux enchères du 5 octobre 2018

Elle a été vendue aux enchères le 5 octobre 2018 à une collectionneuse anonyme plus d’un million d’euros chez Sotheby’s à Londres. Immédiatement après le coup de marteau final, l’œuvre s’est auto-détruite sous les yeux stupéfaits des acheteurs et des spectateurs.
Banksy affirme que c’est lui-même qui avait, dès l’origine, dissimulé une déchiqueteuse dans le cadre, pour le cas où le détenteur de l’œuvre tenterait de la revendre aux enchères. Les admirateurs du street artiste ont bien compris sa démarche, qui dénonce la spéculation sur son travail, en contradiction avec toutes ses valeurs.
Or l’œuvre détruite a été à nouveau proposée aux enchères le 14 octobre à Londres. Rebaptisée, “l’amour est dans la poubelle”, elle a été vendue 21,8 millions d’euros. Son prix, a été multiplié par 18 depuis sa vente initiale en 2018.

Maurizio Cattelan the comedian 2019 l’humoriste.


Maurizio Cattelan, the comedian 2019 l’humoriste
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Sur le stand de la galerie Perrotin à l’Art Basel de Miami du 5 au 9 décembre 2019, Mauricio Cattelan a fixé au mur une banane à l’aide d’un morceau de scotch gris. Cette sculpture-installation existe en trois exemplaires, dont deux se sont déjà vendus à 12 000 dollars pièce. On le sait, l’artiste, depuis ses débuts, fait des pieds de nez au marché de l’art. Ce geste a déchainé les passions: « imposture scandaleuse ? ou geste dadaïste ? » Les réseaux sociaux ont publié des pastiches.

Le dernier jour de la foire, l’artiste David Datuna s’est brusquement emparé de la banane pour la peler et la manger ce qui n’a fait qu’accroître la notoriété de l’œuvre. On pourra pointer du doigt la bêtise des collectionneurs.

Pascal Convert, mémento Marengo 2021. Pascal Convert est un artiste français dont toute l’œuvre, l’une des plus subtiles de l’art contemporain, porte sur la mémoire et l’histoire. En réponse à une commande du musée de l’Armée, à l’occasion des célébrations de Napoléon, il a installé au-dessus du tombeau de l’empereur aux Invalides, la copie du squelette du cheval préféré de Napoléon, Marengo, comme un mémento mori, un ex-voto car dit-il, « c’était un rituel funéraire antique qui voulait que les combattants soient enterrés avec leur monture« .


Pascal Convert, mémento Marengo 2021
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Capturé par les troupes de Wellington à Waterloo le 18 juin 1815, le cheval avait été emmené en Angleterre, telle une relique sacrée. Après sa mort, réduit à l’état de squelette, il est exposé au musée national de l’armée. Là on a autorisé l’artiste à en faire une copie en 3D, à condition qu’elle ne soit exposée que pendant les cérémonies du bicentenaire. Par ailleurs, Pascal Convert a fait flotter le squelette au-dessus du tombeau, évoquant le destin de Pégase, que Bellérophon avait chevauché pour tenter d’atteindre l’Olympe (voir la fresque de Tiepolo) ce qui avait précipité leur chute à tous les deux. La métaphore de l’Ascension conquérante de Napoléon et de sa chute…
Tempête sur les réseaux sociaux ! Scandale dans les cercles napoléoniens ! Deux pétitions ont demandé que l’œuvre soit censurée et ont recueilli 800 signatures.

On a parlé de vulgaire cheval en plastique, or c’est un matériau semblable à celui que l’on utilise dans l’aérospatiale. L’artiste dit “Je crois aux vertus de l’étude, de la nuance, de la contextualisation, nécessaires histoire« . Certains reprochent même aux Invalides d’avoir intégré dans ses locaux un musée de l’Armée qui accueille des artistes contemporains comme, Pavel Pepperstein, Damien Deroubaix, Marina Abramovic, Yan Pei Ming.

Enfin l’Arc de Triomphe empaqueté de Christo, a peine dévoilé, provoque de l’enthousiasme mais aussi les contestations habituelles.


L’Arc de Triomphe, Wrapped, Paris, 1961-2021

– « 25 000 carré de tissu, même recyclable, c’est du gâchis environnemental !« , « On aurait pu se contenter de projeter des hologrammes sur le Monument ! »
– L’ASAF (Association de Soutien à l’Armée Française) a lancé une pétition contre l’empaquetage, estimant que le projet défigure et insulte ce lieu sacré, patrimoine commun de tous les Français
– et les “On dirait une poubelle !” de ceux qui ne savent pas regarder. Florian Philippot: “Si Napoléon voyait ça !”.

L’art on le réaffirme est entièrement commandé par la liberté, et il est fréquent que cette liberté se heurte à des publics non préparés à la comprendre, ou à des régimes qui la jugent insupportable. Mais depuis quelques années on observe un nouvel ordre moral, qui se concentre sur l’individu et non sur l’œuvre, autour des questions de race, de genre… C’est une énième régression qui génère une autocensure des lieux d’art. Espérons qu’avec le rattrapage historique nécessaire, cela pourra s’équilibrer dans quelques années …

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