Portraits et autoportraits modernes et contemporains, (deuxième partie)

… et peut-être aujourd’hui les autoportraits de Marion Bataillard (une jeune artiste née en 1983) qui saisit son image faisant la moue, où l’air un peu ahuri.


Marion Bataillard dans son atelier

Voir d’autres portraits de Marion Bataillard

… et les portraits de Victor Man un artiste d’origine roumaine né en 1974 qui emprunte à Picasso Le Spleen de sa période bleue.

Et en sculpture les portraits psychologiques de Ron Mueck sculpteur né en 1958 à Melbourne (toujours hors d’échelle)


Ron Mueck, Mask (1997) Silicone et fibres de verre 158 x 153 x 124 cm
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Voir d’autres oeuvres de Ron Mueck.

Ceci nous donne à réfléchir, lorsque nous nous regardons dans un miroir, nous corrigeons instinctivement notre posture, pour apparaître sous notre meilleur jour. Car notre face c’est notre outil de communication, avec les autres et nous l’avons construit, en ce sens comme un langage, naturellement influencé par les normes esthétiques de notre temps. C’est par contre lorsque les artistes jouent un double jeu, empruntant des personnages, que l’on trouve beaucoup de fantaisie expressive.

4 – Jeux de rôle

Marcel Duchamp photographié par Man Ray, en son double féminin RroseSélavy (RroseSélavy = Eros c’est la vie)


Marcel Duchamp, RroseSélavy (1920) Photographie de Man Ray
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Andy Warhol et ses autoportraits en femme.


Andy Warhol, autoportrait (1962) Polaroid
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Voir d’autres portraits d’Andy Warhol.

… et surtout Cindy Sherman née en 1954, qui se met en scène métamorphosée en un personnage de l’histoire de l’art, en se déguisant tantôt en personnages figurant sur de la porcelaine de Limoges, tantôt en tableaux de Raphaël ou du Caravage.


Cindy Sherman, History portraits (1988)
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Cindy Sherman en portrait de La Fornarina de Raphaël
en actrice de série B, ou en américaine vieillissante sans phare…
En révélant les artifices, toute l’oeuvre de Cindy Sherman se réapproprie de façon critique les apparences sociales, dictées par les médias modernes. Le moi, toujours dissimulé, semble fragile face au désir de reconnaissance sociale.
Voir d’autres oeuvres de Cindy Sherman.

Olivier Blankart artiste belge né en 1959, multiplie les autoportraits en quelqu’un d’autre.


Olivier Blankart, moi en Jean-Paul Sartre (2000) photographie 18 x 13 cm
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Il a également réalisé :
moi en Marguerite Duras
moi en Renaud
moi en Courbet 2000
moi en Angela Merkel
D’après des photos de Cartier-Bresson, parodie/hommage à la fois à ces célébrités et au photographe qui les a immortalisés.
Voir un entretien avec Olivier Blankart.

Yue Minjun, (peintre chinois né en 1962) lui aussi joue un rôle, celui du chinois heureux, content de son sort, hilare même. Son portrait hilarant est présent partout, dans ses portraits de groupe, ce sont toujours des clones de lui-même.


Yue Minjun, Great Joy (1993) huile sur toile, 187 X 254 cm
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Pour Yue Minjun, le rire est un rire de défi, de résistance, qui lui permet d’exprimer des émotions douloureuses, tout en caricaturant l’hypocrisie de la société, et l’obligation, pour tout chinois, d’afficher son adhésion au système.
Voir d’autres oeuvres de Yue Minjun.

5 – La quête de la perfection et les canons de beauté imposés

Valérie Belin photographe plasticienne, née en 1964, a été très remarquée en 2000 pour sa série de photos en noir et blanc intitulée “Les mariées marocaines” des portraits de jeunes mariées, croulant sous l’ornement de leurs costumes traditionnels.


Valérie Belin, sans titre, (2000), tiré de la série Mariées marocaines, Épreuve gélatino-argentique 161 x 125 cm
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Voir d’autres oeuvres de cette série.

Puis en 2001-2003 des “modèles” et des “mannequins” si semblables qu’on les croirait presque interchangeables : un inventaire très révélateur de l’uniformité esthétique. Il s’agit de photographies de mannequins en celluloïd, mais de quels mannequins s’agit-il, de femmes ou d’objets ?


Valérie Belin, série mannequins (2003), Épreuve gélatino-argentique 161 x 125 cm
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Voir d’autres oeuvres de cette série.

Désirée Dolron née en 1963 aux Pays-Bas. En 2001, elle a croisé une jeune fille dont le teint clair, les yeux légèrement bridés et le maintien lui ont aussitôt fait penser à ce portrait de Pétrus Christus de 1450 (portrait d’une jeune femme).

Elle a amené la jeune fille voir ce portrait, à la Gemaldegalerie à Berlin, puis a pris les photos dans un manoir du 18e siècle à Utrecht.


Désirée Dolron, Xterior (2004)
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Ce fut le départ d’une série (jusqu’en 2005) intitulée “Xterior”… des jeunes filles présentant toutes, cette même forme de beauté.
Voir d’autres oeuvres de cette série.

John Currin peintre américain né en 1962, il dresse depuis les années 90 un curieux portrait de la société américaine d’aujourd’hui. C’est caustique, à la limite du monstrueux, maniériste aussi. Il n’hésite pas à peindre des anomalies anatomiques, et ces dernières années, ses portraits deviennent même saugrenus…La constante esthétique c’est l’obsession de la minceur.


John Currin, Buffet (1999) huile sur toile 55.9 x 45.7 cm
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Voir d’autres oeuvres de John Currin.

6 – L’apport du numérique dans l’art du portrait

Djamel Tatah peintre franco algérien né en 1959. Il photographie ses modèles, puis en efface numériquement les caractéristiques individuelles. De nombreux artistes se sont emparés des logiciels de morphing, (retouche de photo) non comme les publicitaires, pour effacer les imperfections, mais au contraire, pour questionner la notion universelle de beauté.


Djamel Tatah, sans titre (2005) collection Lambert Avignon
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Le résultat à l’échelle 1 ce sont des portraits archétypaux sans lieu ni temps, qui traduisent un sentiment de silence, et de solitude, lui parle de “portraits métaphysiques“.
Voir d’autres oeuvres de Djamel Tatah.

C’est Orlan, sans doute la pionnière (et la plus connue), avec ses self-hybridations précolombiennes (1998) dans lesquelles son visage est “mixé” avec des sculptures précolombiennes.


Orlan, self hybridation précolombienne (1998-2000) photographie 150 x 100 cm
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Les grands tirages (150 par 100 cm) et la très grande qualité des photos permettent de saisir les textures et d’apprécier l’étrange beauté de ces visages incroyables qu’Orlan qualifie précisément de beauté possible. Il y a eu aussi en noir et blanc des hybridations africaines et amérindiennes.
– Voir d’autres selfs hybridations pré-colombiennes.

De façon très différente et avec de tout autres objectifs Vibeke Tandberg (norvégienne née en 1967) a réalisé la même année, en 1998, une série intitulée “Faces”. Dans cette série, elle a “hybridé” son visage avec celui de ses proches : 12 autoportraits mêlés à 12 hommes et femmes de son choix photographiés lors d’un séjour à Berlin.


Vibeke Tandberg, Faces (1998)
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Ressemblance dissemblance … et le rôle des autres, des rencontres dans la constitution du “moi”.

De manière inattendue et subtile, la photographie numérique permet de mettre en scène autrement, la désintégration de soi. Dans la série de photos «Visages», l’artiste produit des mélanges hybrides de son propre visage en incorporant les traits d’amis et de connaissances, et transforme la vérité de son autoportrait en une série d’identités multiples.

Lawick et Müller, sont deux artistes allemands nés en 1958. Ils ont pris comme modèle des couples créateurs, qui comme eux, travaillent ensemble : l’un à gauche l’autre en bas à droite.


Lawick et Müller, La Folie à deux (1992-96), 16 photographies numériques contre-collées sur PVC, 150 x 110 cm.
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Et entre les deux 14 portraits hybrides dans lesquels les deux visages, le masculin et le féminin, fusionnent.
Voir également La Folie à deux (1992-96)
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Aziz + Cucher, sont deux artistes américains nés en 1958, ils sont connus pour des portraits dans lesquels tous les orifices sont occultés par de la peau.


Aziz + Cucher, Dystopia (1994-1995) photographie
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Donc des portraits d’individus privés de la vue, de l’odorat, de l’ouïe, du goût et de la parole, de toutes les fenêtres qui nous permettent d’entrer en communication avec les autres et le monde. Voir un commentaire.

Catherine Ikam et Louis Fléri, nés en 1945, sont des précurseurs dans la création d’images électroniques virtuelles, et leur objectif artistique est d’humaniser le numérique.

1999 “Elle” est le double numérique d’une jeune femme. La présence d’un spectateur est détecté par un laser, et le visage alors se rapproche, lui sourit, puis se détourne, se disperse dans l’espace de l’écran. “Oscar” créé en 2003 est un visage artificiel qui devient pour le spectateur un interlocuteur tour à tour souriant, rêveur, et ironique.


Catherine Ikam et Louis Fléri, Visages en nuages de points

On l’a vu, le portrait continue à susciter l’intérêt des artistes car sa force d’attraction est très grande. Il est capable de rappeler les morts et les absents, de magnifier quelqu’un ou de le masquer, et même de représenter quelqu’un qui n’existe pas. Et ni la concurrence de la photographie ni l’invasion des portraits sur les réseaux sociaux n’empêchera les artistes de réinventer et d’interroger ce genre ancestral.