Les animaux dans l’art moderne et contemporain (première partie)

Adel Abdessemed né en 1971 à Constantine c’est l’auteur du coup de boule de Zidane à Materazzi.


Adel Abdessemed – Qui a peur du grand méchant loup ? 2012 Taxidermies brûlées, huile de cèdre 363 x 779 cm
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Qui a peur du grand méchant loup ? en 2012, a été installée dans l’exposition Picasso.Mania du grand palais en 2016, en face de Guernica, car les deux ont exactement de mêmes dimensions. Ce grand tableau relief est un amas de corps d’animaux qui se chevauchent, des loups, des cerfs, des loutres, des renards, des lièvres, tous animaux de la forêt. Composition funèbres frappante, dérangeante, qui a utilisé 500 animaux (des taxidermies brûlées) représentées la gueule ouverte, recouverts d’huile de cèdre, pour unifier la couleur. Pourquoi ? Pour évoquer la sauvagerie des hommes comme à Guernica car seuls les hommes sont capables d’un tel massacre. Le titre c’est la chanson des trois petits cochons de Walt Disney.

Nico Vascellari italien né en 1976 présente dans la Biennale de Lyon aux usines Fagor un ensemble composé de 9 sculptures en résine de couleur terre et d’une vidéo.


Nico Vascellari – Horsepower, 2019, 9 sculptures en résine Biennale de Lyon
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Horsepower 2019. Des animaux à taille réelle ont été greffés sur des moteurs de voiture (les usines Fagor ont un passé lié à l’industrie automobile).
L’artiste fait référence au fait que la puissance des moteurs s’exprime en chevaux, mais également au fait que chaque grande marque automobile a souvent un animal totem.
A partir de ces rapprochements, Nico Vascellari imagine des centaures mécaniques. Hybridant animaux et moteurs il met en scène dans une vidéo (tournée dans les studios romains de Cinecittà) un désert post apocalyptique peuplé de ses créatures. Des sculptures en cire sont greffées sur les moteurs de neuf véhicules BMW : les voitures rouges représentant des animaux carnivores et les noires d’autres espèces herbivores. Dans un style cinématographique qui rappelle celui des western, ces véhicules zoomorphes s’affrontent et se pourchassent, chaque voiture obéissant au comportement de l’animal qui la surplombe.


Horse power Nico Vascellari
Des animaux pour parler des hommes

Alain Séchas (né en 1955) a depuis longtemps créé un personnage de chat (parce que Sé-chat) qui a des comportements et des réactions humaines.


Alain Séchas – Chat nageur 2001 Polyuréthane, acrylique H : 170 cm Collection particulière.
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Par exemple il a peur de l’eau même avec une bouée et des palmes

Le David, les pieds posés sur la tête de Goliath
L’enfant gâté est élevé dans l’idéologie néonazi
– Voir d’autres chats.


Alain Séchas – Les suspects, 2000 Fibre de polyester, peinture acrylique, vernis acrylique, 2 CD audio, projecteurs 220 x 360 x 70 cm
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En 2000 au Centre Pompidou 6 personnages : un martien, un chien, le chat, un éléphant, un homme, un oiseau, présentés debout sur une estrade face au public sont habillés d’un costume neutre et d’une cravate noire, et portent un numéro d’ordre. Un jeu de projecteurs lumineux, balaie tout à tour la face de chaque suspect.

Sous la forme rassurante de l’esthétique enfantine il aborde les grands sujets humains.


“Tableau d’un jour” avec Alain Séchas

Banksy (dont on pense qu’il est anglais originaire de Bristol) utilise souvent un rat (en pochoir) qui tague sur les murs, le A de l’anarchie, qui est un gangster, ou qui est amoureux mais parfois aussi d’autres animaux.


Banksy – Les pigeons, 2015, Calais
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Par exemple en 2015 à Calais des pigeons racistes qui refusent une hirondelle migrante ou un singe qui s’apprête à tout faire sauter et de temps en temps il abandonne le pochoir.


Banksy – Le parlement des singes, 2019, huile sur toile 250 × 420 cm
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Ainsi en 2019 dans le contexte des débats à la Chambre des communes sur le Brexit il a peint le Parlement des singes en remplaçant tous les députés par des primates. L’oeuvre s’est vendue chez Sotheby’s 11.1 millions d’euros.

William Wegman américain né en 1943, entretient depuis des années une relation très particulière avec ses chiens. À l’origine en 1970, il avait un braque de Weimar qui le suivait partout dans l’atelier, et qui visiblement, montrait son désir de prendre part aux travaux de l’artiste. Il est devenu le seul et unique modèle de Wegman, qui depuis “Man Ray” (c’était son nom) n’a repris que la même race de chien. Il a continué avec l’aide d’un assistant a leur faire incarner toute sorte de postures humaines.


William Wegman – Décontracté, 2002 Photo
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Voir le chien pâtissier, chiens jardiniers.

Voir d’autres chiens.

Voir le site de Willam Wegman

Devenir animal, abolir la frontière

Francis Bacon a souvent formulé son empathie pour la viande, pour les carcasses d’animaux visibles chez les bouchers.


Francis Bacon – Le Pape 1954, 129.9 x 121.9 cm
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Il l’a exprimé de multiples façons, en peignant le Pape Innocent X devant l’une de ses carcasses en 1954 en se faisant lui-même photographier ainsi (couverture du magazine Vogue en 1962).


Francis Bacon – Peinture 1946 (1946) 197,8 x 132,1 cm MoMA New York
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1946 peinture (1946). Le titre nous interdit de chercher a comprendre il ne veut pas que l’on se raconte d’histoire.
On voit un empilement de différentes choses : carcasse de bœuf (qui fait penser à Rembrandt, ou à Soutine) qui domine un personnage, dont on ne voit que sa bouche et ses dents, dissimulé sous un parapluie. En bas on voit une cage et les bras sont des pièces de boucherie. Humour grinçant.

Et même lorsque la viande n’est pas aussi clairement représentée, elle est omniprésente lorsque Bacon exprime la chair souffrante, la chair martyrisée,


Francis Bacon – Trois études pour une crucifixion (1962) 94 x 73 cm Musée Solomon R. Guggenheim, New York
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1962 trois études pour une crucifixion. Il est question d’un corps sur un lit, il n’y a plus de passants, mais des figurants (que Bacon appel des attendants) sur le panneau gauche, comme des témoins de ce qui se passe dans la panneau central. Les ombres ont une qualité de présence étonnante (ombre blanche). Les panneaux sont encadrés et sous verre.
C’est le mode de représentation des triptyques du moyen âge.
Comme au Moyen Age, il a l’idée de faire figurer dans les panneaux latéraux des personnages qui sont en dehors de la scène centrale. Les attendants à gauche. Au centre un corps qui souffre sur un lit. Il associe le corps humain à la viande, il est passé de la souffrance de la crucifixion à la souffrance humaine en général, cette souffrance le renvoie également a l’abattage des animaux.
A droite la carcasse de viande, est pendue a l’envers. Il s’inspire d’un crucifix de Cimabue le corps qui se tord. La tête n’est pas représentée, mais on voit une bouche.
Gilles Deleuze, a écrit un ouvrage sur Bacon Logique de la sensation. L’homme qui souffre, est de la viande, la viande qui souffre est un homme.

Herman Nitsch est l’un de ces actionnistes viennois qui ont commencé à s’exprimer dans des actions extrêmement violentes cinq ans après le fameux “contrat d’État” déclarant l’Autriche victime de guerre (alors que chacun sait en Autriche et ailleurs que l’Etat et l’Eglise avaient clairement participé aux crimes nazis.)
Toutes les actions de ces artistes visent à nier l’homme, et sa soi-disant l’humanité en remettant en question, toutes les valeurs morales et religieuse.
Ainsi Nitsch, dans son théâtre des mystères organiques organise avec des performeurs des rituels évoquant les sacrifices païens, entre orgies dionysiaques et rites chrétiens, on utilise des carcasses d’animaux éventrés, mais aussi des œufs, et des autres matières : bestialité pour dire la perte d’humanité. Il s’agissait d’une profonde contestation de la société autrichienne jugée hypocrite, et dans laquelle l’État et la police avaient organisé le refoulement aussitôt après le silence.


Hermann Nitsch – Ritual architecture, 1998
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Dans un autre contexte politique Oleg Kulik russe né en 1961, naturalisé en Ukraine depuis 1992, qui vit et travaille à Moscou, est l’un des principaux acteurs de l’actionnisme politisé, dans son pays où l’art est toujours sous contrôle.
L’animalité est au centre de son travail.
Mad Dog 1994 Centre Pompidou. C’est une de ses performances fondatrices, dont témoigne un ensemble de photos en noir et blanc. On y voit l’artiste nu, retenu par une chaîne, métamorphosé en chien agressif, qui s’en prend à la foule des spectateurs.


Oleg Kulik – Mad dog, 1994 Performance
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Il incarne, avec cette métaphore canine, la difficile condition de l’artiste, entravée dans la société post-soviétique. En 1996 à Stockholm il a rejoué cette performance à l’occasion d’une exposition visant à réunir l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est et il a mordu un spectateur.

Cette célèbre performance a inspiré une scène du film The Square, dans laquelle un performeur se mêle aux client d’un restaurant de musée, et s’en prend à une jeune femme, sans qu’aucun homme alentour n’ose intervenir (tout le film ironise sur la dichotomie entre les idéaux artistiques le monde réel).


Oleg Kulik – I bite America and America bite me, 1997 Performance
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I bite America and America bite me 1997 (le titre reprend de façon parodique celui de la performance de Beuys). Pendant 2 semaines, dans une galerie de New York, Kulik a vécu dans une boîte spécialement construite, où il a joué le rôle d’un chien en cage. Toujours, buvant de l’eau dans un bol et grognant lieu de parler. Les visiteurs pouvaient le regarder par les fenêtres de la boîte, ou entrer, un à la fois, vêtu d’une combinaison de protection et après avoir signé une décharge.

Lorsqu’il a réalisé sa première performance à Moscou en 1994, il a dit que c’était une métaphore pour protester contre la condition des artistes entravé dans la société post-communiste (l’artiste en laisse).
Lorsqu’il a réalisé sa performance à New York il a dit qu’ici il “jouait au russe”. (Pour les Occidentaux l’Europe de l’Est est considérée comme mauvaise et dangereuse et il incarnait cette dangerosité).

Il essaye également d’attirer l’attention sur la cause des animaux.

En 1994 il réalise une performance intitulée le nouveau sermon.


Oleg Kulik, le nouveau sermon

Il a traversé le marché aux viandes de Moscou avec des sabots à la place des mains, coiffé d’une couronne d’épines, et tenant dans ses bras un porcelet. Il hurle à la place des victimes.

En 1998 il a rédigé ce qu’il a appelé les 10 commandements pour la zoophrénie. (contraction entre zoophilie et schizophrénie). Le troisième commandement dit : “C’est l’homme qui doit faire le premier pas vers la morale poste humaniste, car il a une dette envers toutes les espèces, la sienne incluse. Une société anthropocentrique, qui se montre indifférente à l’égard d’autres espèces biologique que l’homme, ne mérite pas le nom de démocratie“.

Dans un autre contexte politique Abraham Poincheval, né en 1972, se nourrit de mythologie et de littérature pour créer ses performances, dans lesquelles il fait presque toujours l’expérience de l’isolement total.


Abraham Poincheval – Dans la peau de l’ours, 2014, Performance, musée de la chasse et de la nature
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Au musée de la Chasse et de la nature en 2014 il s’était installé dans un ours L’aménagement intérieur de l’ours a été entièrement conçu par lui-même, au musée Gassendi de Digne, ainsi que tous les dispositifs qu’il utilise pour chacune de ses performances.

En 2017 au Palais de Tokyo, il a couvé des œufs.

2 thoughts on “Les animaux dans l’art moderne et contemporain (première partie)

  1. A titre informatif en lien avec cette problématique: plasticienne, j’ai réalisé une série de dessins aux crayons de couleur évoquant, par une suite d’abeilles mortes, la pollution par les substances chimiques et les pesticides utilisés dans l’agriculture. A découvrir : https://1011-art.blogspot.com/p/vous-etes-ici.html

    En ce moment, une exposition à Fresnes sur l’animalité où j’expose une série intitulée “Pouvoir d’achat” : https://1011-art.blogspot.com/p/dessein.html
    Quand l’animal est réduit au pire …

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