Cours du 12 décembre 2014

Les “gestes végétal”
Giuseppe Penone raconte qu’il a commencé à privilégier la sculpture en négatif alors qu’il était encore étudiant à l’Académie des beaux-arts de Turin. En observant un jour un professeur modelant un buste, il n’a été sensible qu’aux empreintes des mains dans l’argile. Penone attache également une très grande importance à la connaissance des matériaux organiques, qu’il a développée au fil des années au contact de la nature.
Début des années 80, il s’est servi d’un mannequin qu’il a recouvert de terre glaise. Il a caressé le corps. Il a ensuite découpé les parties ou était passée sa main.


Giuseppe Penone – Grand geste végétal Bronze – Musée des beaux arts de Montréal(1983)
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Gesto Vegetale (1984) allient deux gestes, le geste végétal à celui du sculpteur. Gesto Vegetale associe une posture du corps humain figé en bronze à un élément vivant (un ficus) en constante mutation. «Mais l’arbre, quand il se déplace dans l’espace change de forme. Il conserve la mémoire du geste qu’il fait. On peut dire qu’il y a une similitude entre le geste du sculpteur et ce geste végétal, figé dans la matière. C’est ce qui explique le titre que j’ai donné à ces œuvres
Voir un autre geste végétal. Le geste est réinséré dans la nature.
Chemin et le corps, les sentiers.


Giuseppe Penone – Sentier de charme (1986)
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En Bretagne dans le parc de Kerguehennec. Il a réalisé un sentier de charme planté a côté d’un charme. Il reprend l’idée du Bernin dans la métamorphose de Daphné.
Personnages qui se cachent dans les forets.
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Verts de la foret.


Giuseppe Penone – Verde del bosco (Vert du bois), 1986, 264 x 583 cm, Paris 2014
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Il cherche à extraire de la matière de la forêt une représentation d’elle-même : le Vert du bois. Pour ce faire, il frotte des feuilles d’arbre sur une toile libre appliquée sur différents troncs. De ce procédé naît une image de la forêt tirée de sa propre substance, la chlorophylle. Dans cette œuvre, il mêle à la forêt l’empreinte de son corps dont la partie supérieure – le tronc – donne naissance à une ramure. Il apparaît alors arbre parmi les arbres, irrigué de la même sève, et ses branches comme des bras se tendent elles aussi vers la lumière.
Empreintes réalisées par la chlorophylle des feuilles. L’objectif est de faire dessiner la nature par la nature.

Le souffle des feuilles


Giuseppe Penone – Souffle de feuilles, pendant l’exposition L’Empreinte au centre Georges Pompidou, 1997
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Voir l’exposition L’Empreinte au centre Georges Pompidou, en 1997

Souffle de feuilles. Il a choisi des feuilles de buis qui conservent la trace de son corps. Il a projeté du plâtre liquide sur l’empreinte.

En 2000 au palais des Papes il participe à l’exposition la beauté in fabula. Il s’inspire des amours de Petrarque avec Laure. IL réalise alors dans une chapelle, respirare l’umbra. Respirer l’ombre (Respirare l’ombra, 2000), les murs sont tapissés avec des cages métalliques qui renferment des lauriers pour former une sorte de crypte naturelle. Il crée une chambre sensible dans laquelle l’odorat intervient pour la première fois. L’installation a été achetée ensuite par le centre Pompidou.
Des poumons réalisés en feuilles de laurier en bronze sont accrochés aux cages. Le prénom Laure a à voir avec le laurier.

La pythie a Delphes mâchait du laurier. A Avignon, au centre de la chapelle où était l’installation, se trouvait également une sculpture de la Grèce antique représentant Hypnos.


Giuseppe Penone – Peau de feuilles (2000)
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Avec Peau de Feuilles, Penone témoigne à nouveau de ce thème de la trace mais s’interroge également sur le rôle du spectateur qu’il invite à une contemplation lente et surtout active… Il faut en effet tourner à plusieurs reprises autour de cette belle sculpture dorée pour découvrir l’empreinte de la silhouette de l’artiste qui s’y loge.
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Voir également souffle de végétal réalisé à Rochechouart.


Giuseppe Penone – Ombre de terre (2000 – 2003)
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Ombre de terre. Cône tronçonné en trois parties, réalisé avec des tuiles avant cuisson, reconstitue une empreinte digitale. Regarder c’est aussi toucher du regard. L’empreinte d’un doigt se développe dans l’espace selon les lois de l’optique, matérialisée par un moulage divisé en trois sections. Forme de cône soutenue par des branches à hauteur de l’œil humain.

Voir l’exposition Penone au Centre Pompidou en 2004.

En 2011 en Ardèche il frappe le tronc avec un maillet en enregistre les sons produits. On transpose en musique les sons et transcrit sur cuivre l’impression sonore. Chêne, aulne, sureau, génévrier. La musique des arbres.

Empreintes et moulages du corps

En 1977 avec Patate il réalise des moules d’une partie de son visage et il a pose ces moules dans un champs de pommes de terres, elles poussent alors en remplissant les vides et changent de forme.


Giuseppe Penone – Pommes de terre (1977)
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Cette oeuvre est éphémère. En effet, il s’agit de pommes de terre anthropomorphe, en fait elles sont à l’image de Penone lui-même, elles ont été modifiées pour que son visage apparaisse. Il a donné la forme souhaitée au moment où les tubercules des légumes grossissaient, (en les mettant dans des moules faits à son visage ; en poussant, elles prenaient sa forme) puis en a fait d’autres en bronze pour garder son oeuvre intacte (en plus des photographies). C’est l’image d’un homme que Penone donne à ses pommes de terre puisque c’est son propre visage qu’il a d’une certaine manière sculpté dans ce fragment de nature.

Il a fait le même opération avec des courges.

Les souffles (Soffio) 1978
Il s’agit là de vases à l’échelle humaine reprenant l’image mythique de l’homme fait d’argile et d’eau, puis animé par le souffle de la vie.
L’artiste engage ici, encore une fois, son corps dans la matière à laquelle il veut donner forme, en l’informant de son empreinte qui va de l’entre-jambe à la bouche. Le souffle est à la fois geste et objet de cette série de sculptures.


Giuseppe Penone – Souffle n°6 (Soffio) 1978 Terre cuite, 158 x 75 x 79 cm Centre Pompidou Paris
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Il utilise des copies de vases antiques. Sur des grandes amphores non encore cuites il se jette dessus avant moulage. Mythes de la genèse. La vie vient du souffre de l’haleine. En inscrivant son corps dans un bloc de terre. On a l’illusion que ces urnes sont nées du souffle.

Voir un commentaire (centre Pompidou).

À l’embouchure du vase, il a laissé un indice de son geste, le moulage de ses lèvres entrouvertes dans l’action de souffler. La sculpture semble s’animer comme les plis d’une sculpture « baroque »…Entre le sujet et le monde il existe un rapport de réciprocité.

Moulage de l’intérieur de sa bouche fixe sur l’amphore idée du souffle créateur. Idée de masculin féminin, l’empreinte masculine donne une empreinte féminine en négatif.

Les Empreintes
Il s’agit d’agrandissements de petites « parcelles » du corps humain la plus impressionnante, Paupière (Palpebra, 1989), transforme dans un immense dessin tracé au fusain le tracé de la membrane de l’œil et son réseau de capillaires sanguins en un immense filet de plancton végétal.
Avec de la colle cellulosique sur l’œil, projette ensuite le résultat sur un mur, et dessine au crayon ensuite.


Giuseppe Penone – Paupière (1989) Fusain fixé sur toile, 218 × 714 cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne
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Voir un détail.
L’idée n’est pas très éloignée de celle de Kandinsky puisque le plasticien imprime d’abord la marque de son corps dans une œuvre. Mais ici, il s’agit aussi de rendre visible l’invisible, révéler en grand format les traces organiques microscopiques du visage.

Le moindre pli, la plus petite ridule se change en traits, créant des sentiers accidentés et poétiques.
Voir un commentaire (Centre Pompidou Metz).
Une des versions de paupière, a été réalisée avec des aiguilles de pin sur un matériau non tissé et les aiguilles dessinaient la forme du corps de l’artiste.

Il dessine sur la projection de l’image. Promenade imaginaire dans notre corps.


Giuseppe Penone – Peau de graphite, (2004)
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Giuseppe Penone reporte un fragment d’empreinte de sa propre peau. Le changement d’échelle nous amène à parcourir ce fragment comme s’il s’agissait d’un paysage


Giuseppe Penone – Bouche (2007)
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Voir un commentaire (musée de Grenoble).


Giuseppe Penone – Spoglia d’oro su spine d’acacia (bocca) : “Dépouille d’or sur épines d’acacia (bouche)” 300 x 1200 cm Collection Galleria Nazionale d’Arte Moderna, Rome
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Sur un support très fin (soie), avec des aiguilles d’acacia, il dessine la silhouette d’un corps.
Le blanc de la soie contraste avec la couleur sombre des épines qui se hérissent en suggérant le dessin d’une bouche qui vire au paysage, dans un curieux entrelacs de formes et de sensations tactiles opposées. La bouche est donc ici paradoxalement formée et délimitée d’épines, mais sa forme n’est pas stable. Elle est le lieu d’une métamorphose entre forêt et lèvres, qui se dilatent jusqu’à épouser le lieu même où l’œuvre se donne à voir, immense. Les lèvres hérissées d’épines deviennent manteau, dépouille enveloppant l’espace et le spectateur.
L’or contraste avec la dureté des épines. La parole est d’or. Au Moyen Age la parole des saints était représentée en or. Les épines renvoient a la couronne d’épines du Christ, les masques mortuaires étaient réalisés en or.
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Voir également la Fondation Cartier branche morte (branche morte et fontaine). Se termine par une empreinte de main avec de l’eau qui s’écoule. Allusion aux chercheurs d’or (?)

En 1996 l’art des vertèbres.

Ces oeuvres de verre thermoformé réalisées en collaboration avec le Cirva (Centre international de recherches sur le verre et les arts plastiques), replacent l’homme dans la perspective de la Genèse et intègrent la lumière comme matériau de l’oeuvre.


Giuseppe Penone – Ongle et marbre Tokyo
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Ongle et marbre 4 m de long. C’est une ode a la fragilité humaine.

Comme pour le bois, Il a taillé dans le marbre pour en dégager les veines. Lien entre humain et éléments naturels. Analogies très fortes.


Giuseppe Penone – Foglie del Cervello – 1990 – empreintes au carbone et bandes adhésives sous verre
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Foglie feuilles de cervelle. Il reconstitue une forme qui ressemble a une feuille.
Dans Nature de feuilles, 1990, il travaille à partir d’une boite crânienne à l’intérieur de laquelle la matière molle du cerveau a marqué sa surface. En saupoudrant de poudre de carbone l’intérieur de la boite crânienne, il relève grâce à des bandes adhésives la structure, et les traces laissées par la compression du cerveau, les veines, etc. et reconstruit à plat l’empreinte relevée en la collant sur une plaque de verre… Les deux images fusionnent et dialoguent. Jeux de correspondances, mutations, glissements… L’homme rejoint le végétal et vice-versa…

Etre fleuve 1981


Giuseppe Penone – Etre fleuve (1981)
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Il sculpte une pierre en reproduisant l’érosion du fleuve. Il pensait a Héraclite, on se baigne pas deux fois dans le même fleuve. Platon stigmatisait l’inutilité des artistes.
Il identifie le geste du sculpteur à celui du fleuve qui, avec le temps, transforme la pierre originaire en galet travaillé par les mouvements et les chocs qu’il lui fait subir. Ainsi, un bloc de pierre est taillé selon le modèle d’un grand galet transporté par un torrent, jusqu’au moment où l’original et la copie ne font qu’un. Ce qui compte, ce n’est pas forcément la ressemblance mimétique, mais l’identification au travail du temps. Le sculpteur devient fleuve pour en habiter de l’intérieur l’acte d’érosion. L’objet de la sculpture devient l’être, l’acte de se mettre à la place, d’épouser l’action du fleuve et la genèse de l’œuvre.