Les sorcières, d’hier et d’aujourd’hui

Edmond Van Hove – Triptyque Alchimie, Sorcellerie, Scholastique (1888) : Une œuvre qui met en parallèle l’évolution des savoirs médiévaux et la stigmatisation des sciences occultes. Il situe ses personnages au XVIIéme siècle. La femme, a la même pause que la Vénus d’Alexandre Cabanel.


Edmond van Hove, triptyque alchimie, sorcellerie, scholastique, 1888, 140 x 55 cm Muséo Borgogna à Vercelli,Italie.
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Georges Moreau de Tours – Les Fascinés de la Charité (1890) : L’artiste, issu d’une célèbre famille de psychiatres (fils de Jacques-Joseph Moreau de Tours et frère de Paul Moreau), interroge subtilement le spectateur : qui est le plus fasciné, les malades hypnotisées ou les médecins qui les observent ?


Georges Moreau de Tours Les Fascinés de la Charité 1890 huile sur toile 125,8 × 158,7 cm Musée des Beaux-Arts de Reims
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L’Iconographie photographique de la Salpêtrière
Les attitudes des patientes sont capturées par la photographie (notamment par Paul Régnard et Albert Londe) au sein de la célèbre Iconographie photographique de la Salpêtrière (dirigée par Bourneville et Régnard). Les crises d’épilepsie hystérique y sont découpées en phases et indexées selon les expressions lues sur les visages : Dédain, Ironie…
Les dessins et clichés décrivent avec précision la chorégraphie de l’attaque : Début de crise, Le cri, attitudes passionnelles (comprenant la supplication amoureuse, l’extase, et hyperexcitabilité musculaire).

Les sorcières des contes illustrés

Quittant les cliniques pour l’imaginaire enfantin, la sorcière devient une figure incontournable de la littérature illustrée du début du XXe siècle :
Ivan Iakovlevitch Bilibine – Baba Yaga (1902) : L’illustrateur russe fixe l’image de la célèbre sorcière slave volant dans une forêt.


Ivan Iakovlevitch Bilibine Baba Yaga 1902 Encre de Chine, aquarelle et gouache sur papier 37 x 27 cm Musée de la Goznak Moscou
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Une vision magistralement réinterprétée un siècle plus tard, en 2002, par Rébecca Dautremer (dans son album Babayaga). Elle met en évidence la différence de taille entre la petite fille en bas et la sorcière.


Rebecca Dautremer, Baba Yaga, 2002
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Harry Clarke – La Sorcière des mers (1916) : Ses illustrations à l’encre pour La Petite Sirène d’Andersen déploient un univers graphique sombre, vénéneux et féerique, qui fait davantage rêver — et frissonner — que l’adaptation édulcorée de Walt Disney.


Harry Clarke La Sorcière des mers 1916 dessin à l’encre de Chine sur papier
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Arthur Rackham : Maître de l’âge d’or de l’illustration britannique, il donne corps aux sorcières dans Les Contes de ma mère l’Oye (1913)


Arthur Rackham, comptines de ma Mère l’Oye, 1913 Dessin à la plume et à l’encre noire
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et dans un terrifiant Hansel et Gretel (1909).


Arthur Rackham, Hansel et Gretel 1909
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Pierre Gripari (auteur) & Fernando Puig Rosado (illustrateur) : Ils immortalisent la célèbre Sorcière de la rue Mouffetard (publiée dans les Contes de la rue Broca), un personnage filiforme capable de se métamorphoser en une femme rondelette pour piéger la petite Nadia.


Pierre Gripari & Fernando Puig Rosado La sorcière de la rue Mouffetard
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Vladislav Erko : L’illustrateur ukrainien contemporain, livre des planches d’une minutie extraordinaire pour le conte Le Briquet d’Andersen , renouvelant l’imagerie de la vieille sorcière à la lippe pendante.


Vladislav Erko Le Briquet d’Andersen
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Les artistes sorcières du XXe siècle : Libres, indépendantes et rebelles

Au XXe siècle, les femmes artistes se réapproprient la figure de la sorcière non plus comme une insulte, mais comme un emblème d’indépendance, de pouvoir créateur et de résistance face au patriarcat.

Leonora Carrington (1917-2011) : La sorcière au regard velouté.
Souvent réduite à tort à son rôle de compagne et muse de Max Ernst à la fin des années 1930, elle a toujours intégré le merveilleux, les démons et le pouvoir magique au cœur de son œuvre.
Dès 1932, alors qu’elle vit encore à Londres au sein d’une famille étouffante et traditionaliste, elle peint la série Les Sœurs de la Lune.


Leonora Carrington La Strega (La Sorcière) 1932 (série Les Sœurs de la Lune) Aquarelle, mine de plomb (crayon) et encre sur papier 26,4 × 17,8 cm
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Lors de son installation en France à Saint-Martin-d’Ardèche en 1937, André Breton la surnomme affectueusement « la sorcière au regard velouté ».
Traumatisée par la guerre et l’arrestation de Max Ernst, elle fuit vers l’Espagne où, victime d’un viol collectif, elle subit un terrible internement en hôpital psychiatrique à la demande de ses parents. Elle exorcise ces drames par des toiles comme La Joie du patinage (1942).


Leonora Carrington La Joie du patinage 1942
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Arthez 110 (1944) : Considérée comme un autoportrait symbolique majeur, cette œuvre marque la « renaissance » de Carrington. Peinte deux ans après son installation définitive à Mexico (où elle résidera rue Artes, au numéro 110), la toile évoque la reconstruction de son identité


Leonora Carrington Arthez 110, 1944 huile sur toile 40,6 × 60,9 cm NSU Art Museum à Fort Lauderdale (Floride)

Exilée définitivement au Mexique, elle plonge dans les savoirs ésotériques, l’alchimie et les croyances précolombiennes : en témoignent ses œuvres Scène occulte (1955),
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Leonora Carrington Scène occulte (L’échelle de Jacob) 1955, huile sur toile 100,6 × 60,1 cm

Dando de comer una mesa (1959) (où elle nourrit des tables avec une bouillie magique), et La Cuisine aromatique de grand-mère Moorhead (1975). La cuisine devient ici un espace de pouvoir féminin autonome, un sanctuaire ou un laboratoire secret où les femmes ne préparent pas un repas familial, mais exécutent des rituels et des sortilèges.


Leonora Carrington Grandmother Moorhead’s Aromatic Kitchen 1975, huile sur toile 79 × 124,5 cm Charles B. Goddard Center for Visual and Performing Arts à Ardmore (Oklahoma)
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Voir : Leonora Carrington, l’alchimiste du surréalisme.

Louise Bourgeois (1911-2010) : Surnommée la « sorcière couturière » en raison de son travail sur les textiles et les fils, elle aimait adopter des poses de vieille sorcière revêche sur ses portraits photographiques. Marquée par une histoire familiale douloureuse qui lui inspira une profonde défiance envers l’autorité masculine, elle crée l’œuvre transgressive Fillette (1966) (un grand phallus en latex qu’elle porte crânement sous le bras sur une célèbre photo de Robert Mapplethorpe).
Son motif de l’araignée géante (Maman) symbolise la mère laborieuse, tisseuse et protectrice.


Louise Bourgeois Spider (l’araignée) 2003 Sculpture anthropomorphe composée d’acier inoxydable (pour les longues pattes fines) et de tapisserie ancienne 59,7 × 71,1 × 63,5 cm The Easton Foundation à New York
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Elle répond directement à l’histoire de la psychiatrie avec sa sculpture en bronze L’Arche de l’hystérie (1993)


Louise Bourgeois Arch of Hysteria (L’Arche de l’hystérie) 1993 Bronze poli avec une patine dorée brillante 83,8 × 101,6 × 58,4 cm The Easton Foundation à New York
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et ses dessins minimalistes explorant l’accouchement et le corps féminin.


Louise Bourgeois The Birth (La Naissance) 2007 Gouache rouge sur papier 29,5 × 22,7 cm Musée national d’art moderne – Centre Pompidou Paris
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Le Mémorial de Steilneset (2008-2011) : Situé à Vardø en Norvège, ce mémorial conçu avec l’architecte Peter Zumthor rend hommage aux 91 personnes (dont de nombreux Samis) exécutées pour sorcellerie au XVIIe siècle. L’installation de Louise Bourgeois, intitulée Les Damnés, les Possédés et les Aimés, consiste en une structure de verre abritant une chaise en acier de laquelle jaillissent des flammes perpétuelles, entourée de miroirs qui réfléchissent l’incendie. Inauguré en 2011, le site a ouvert un an après sa mort.

Annette Messager (née en 1943) : La sorcière bricoleuse
Elle se revendique ouvertement comme une sorcière, pratiquant des formes d’art hétérodoxes et inclassables. Dans sa série La Femme et le Monsieur sérieux 1975, elle subvertit les genres. Elle suspend des portraits la tête en bas à la manière de chauves-souris,


Annette Messager Chimères 1984
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Elle fabrique des araignées géantes hybrides à l’aide de soutiens-gorges.


Annette Messager Soutiens-gorge 2015
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… et conçoit des chimères textiles inquiétantes.


Annette Messager Chimère 1984 photographie noir et blanc agrandie, peinture acrylique et encre 170 × 63 cm
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Sorcellerie et Féminisme des années 1970

Le collectif W.I.T.C.H. (1968) : À New York, le Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell mène des actions d’éclat. Habillées en sorcières, ses militantes lancent un « sort » à la bourse de Wall Street pour dénoncer le capitalisme patriarcal et revendiquer l’égalité des droits.
La revue Sorcières (1975-1982) : Fondée en France par Xavière Gauthier, cette première revue littéraire, artistique et féministe porte le sous-titre provocateur « Les femmes vivent ». En 24 numéros parus jusqu’en 1982, chaque opus explore un thème viscéral : La nourriture, La voix, La prostitution, Enceinte, Porter/Accoucher, Odeurs prisonnières, Écritures, Fidélité, Le sang, L’art et les femmes, L’espace des lieux, Théories, Poupées, La jasette, Mouvement, Désir, Vêtements, La mort, La saleté, La nature assassinée, Nouvelles et autres sorcelleries, Enfants, Mythes et nostalgies.


La revue Sorcières (1975-1982)
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Klonaris et Thomadaki : Le duo d’artistes grecques Maria Klonaris et Katerina Thomadaki participe à la revue en y publiant les photographies issues de leur Cycle de l’Unheimliche (« L’inquiétante étrangeté »). Une séquence saisissante montre le visage de Maria Klonaris symboliquement dévoré par les flammes, rejouant le martyre de la sorcière au bûcher.


Maria Klonaris et Katerina Thomadaki cycle de l’Unheimlich, 1977-81
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Leonor Fini : Entre 1976 et 1979, les dessins de l’artiste surréaliste rejoignent ce désir de libération. La sorcière moderne y est définie comme la forme ultime de la subversion : une riposte à l’oppression des idées inventées par les hommes, à la technicité froide et au rationnel mesquin.


Leonor Fini Sorcière bleue 1972 Lithographie originale en couleurs 70 × 54 cm
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Leonor Fini The Pretty Witch 1976 Lithographie 51 x 36 cm
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Culture populaire : Cette époque voit naître l’album séminal d’Anne Sylvestre, Une sorcière comme les autres (1975),

… tandis qu’à la télévision, la série américaine Ma sorcière bien-aimée (Bewitched) séduit les familles en montrant, sous un angle comique, une femme au foyer dotée d’un pouvoir supérieur à celui de son mari.


Ma sorcière bien aimée
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Les sorcières du XXIe siècle

Au XXIe siècle, la sorcière opère un retour en force, devenant une icône de la culture de masse et un puissant vecteur de l’écoféminisme.

La Pop Culture : La saga Harry Potter de J.K. Rowling connaît un succès planétaire, transformant le personnage d’Hermione Granger en modèle d’érudition pour les enfants. La fête d’Halloween s’impose définitivement en Europe.
L’essai de Mona Chollet (2018) avec Sorcières : La puissance invaincue des femmes, la journaliste et essayiste revient sur la dimension misogyne des chasses aux sorcières orchestrées par un ordre social crispé par la religion. Elle jette un pont avec l’époque contemporaine, analysant comment la liberté des femmes (célibataires, sans enfant ou vieillissantes) reste entravée.


Mona Cholet Sorcières : La puissance invaincue des femmes 2018
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Militantisme visuel : Le 20 février 2019, le collectif The Witch Bloc Paname manifeste devant le Conseil d’État pour la légalisation de la PMA pour toutes, arborant des pancartes percutantes proclamant l’alliance de la magie et des luttes sociales.


WITCH Bloc Paname, 20 février 2019
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Les Artistes Plasticiennes Contemporaines

Sophie Lecomte (2023) : Elle réalise une série de peintures directement sur les pages de vieux dictionnaires.
Elle y associe un mot à un détail pictural classique : le mot Pythonisse appelle ainsi une reprise de la toile de Salvator Rosa (L’Ombre de Samuel apparaissant à Saül chez la Pythonisse d’Endor).


Sophie Lecomte Sorcière (à gauche) méduse (à droite) 2016
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Le mot Sorcières, voisin de Sordide, se voit quant à lui recouvert par les sorcières de Macbeth d’après Théodore Chassériau.


Sophie Lecomte Sorcière (à gauche) méduse (à droite) 2016
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Apolonia Sokol : La peintre française réalise un monumental Sabbat, mettant en scène une cavalière chevauchant avec assurance un puissant cheval noir qui piétine une foule de corps masculins mis en pièces, inversant radicalement les rapports de domination historiques.


Apolonia Sokol Sabbath, 2019 huile sur toile 200 x 400 cm
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Une cavalière chevauche avec assurance un cheval noir qui piétine une foule de formes humaines mises en pièces.


Apolonia Sokol La Guerre – Hae Na as Nemesis, 2022 peinture à l’huile sur lin 270 x 200 cm
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Dalila Dalléas Bouzar : Née à Oran en 1974, elle conçoit l’œuvre Sorcière, une somptueuse tapisserie brodée sur damas et velours, rehaussée de fils dorés, perles d’eau douce, agates jaunes et roses, turquoises, paillettes et médaillons en or.


Dalila Dalléas Bouzar, Sorcières #5, 2019 Technique mixte sur toile 114 × 146 cm
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La figure émerge ou est enveloppée par une immense langue de feu jaune et orangée qui occupe la quasi-totalité de la composition. Le feu n’est pas représenté ici comme un élément destructeur (le bûcher des sorcières historiques), mais comme une force de transmutation alchimique et d’illumination


Dalila Dalléas Bouzar, Sorcière #2, 2019 Technique mixte sur toile 146 × 114 cm
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Le personnage central de Sorcière #3 apparaît les bras croisés au-dessus de sa tête, le corps incliné ou suspendu. Cette posture évoque l’abandon, la transe chamanique ou la fusion physique complète avec les flammes.


Dalila Dalléas Bouzar, Sorcière #3, 2019 huile sur toile 41 × 35 cm cm
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Inspirée du Karakou (veste traditionnelle des mariées algériennes), elle figure trois femmes incarnant trois âges de la vie au milieu de symboles spirituels. Sa sorcière est métissée, puissante et politique.


Dalila Dalléas Bouzar, Adama, 2019 broderie traditionnelle algérienne 300 x 400 cm
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Voir un détail.

Iris van Dongen (née aux Pays-Bas en 1975) : Installée à Berlin, elle crée de grands pastels magnétiques. Dans Into the Woods (2004) ou Les Lévriers (2016), elle met en scène de jeunes femmes contemporaines évoluant dans des décors crépusculaires, empreints d’un mystère gothique et d’une douce angoisse.
Une jeune femme est dans une forêt sombre et elle tient dans sa main un bâton avec un crâne.


Iris van Dongen Into the Woods (After Bilibin) 2004 crayon gras, l’aquarelle et le fusain 210 × 150 cm
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Iris van Dongen, Les Lévriers 2016 crayon gras, l’aquarelle et le fusain 192 × 150,5 cm
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Giulia Andreani (née à Venise en 1985) : Travaillant à partir de photographies d’archives, l’artiste italienne place la condition féminine et les structures de pouvoir au centre de ses toiles peintes dans un camaïeu caractéristique de gris de Payne. Ses peintures visent à lutter contre l’invisibilisation historique des femmes et à réécrire l’histoire à travers un prisme féministe.
Les Sept Sorcières (2020) : Un portrait de femmes du début du XXe siècle travesties en sorcières, dénonçant la menace qu’incarnent celles qui refusent de se conformer aux normes patriarcales


Giulia Andreani Les Sept Sorcières 2020 acrylique et aquarelle 150 x 200 cm
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La jeune et la vieille sorcière : Une confrontation intergénérationnelle explorant la dualité et la transmission des savoirs occultes.


Giulia Andreani La jeune et la vieille sorcière 2020 tapisserie
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Streghe ’83 : Le tableau s’inspire d’une photographie d’archive documentant les manifestations féministes des années 1970 et 1980 en Italie.


Giulia Andreani Streghe ’83 acrylique et à l’aquarelle sur papier 55,5 x 75,6 cm
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Ombres, métamorphoses et réenchantements

Anaïs Ysebaert (née en 1988) : Artiste belge qui développe un univers pictural sombre, peuplé d’ambiances inquiétantes, de visages floutés, de serpents anthropomorphes et de corps marqués par le feu évoquant des figures de brûlés.


Anaïs Ysebaert Mélancolie du dresseur de serpents 2021, encre de Chine, l’aquarelle et les crayons de couleur sur papier 24 x 19 cm
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Anaïs Ysebaert Les Horizons Pâles I 2015 encre de Chine, le fusain et la mine de plomb sur papier 30 x 50 cm
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Odonchimeg Davaadorj (née en 1990) : Née à Darkhan en Mongolie et installée en France, elle mêle dessin, acrylique et broderie de fil rouge sur papier. Son œuvre Bésame mucho (2020) lie les corps à une nature organique et chamanique, rappelant la puissance animiste de la sorcière.


Odonchimeg Davaadorj Enraciné 2, 2018 encre, aquarelle et broderie (fil de couture) sur papier ou sur tissu 65 x 50 cm
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Odonchimeg Davaadorj Egalus, 2025 huile sur toile 41,5 x 33 cm
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Odonchimeg Davaadorj After midnight love is free 1, 2025 huile sur toile 46 x 38 cm
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Jade Boissin (née en 1992) : Elle déploie un style hyperréaliste pour désacraliser le mythe avec ironie. Sa série Une sorcière comme les autres (2024) (titre emprunté à Anne Sylvestre). Elle montre avec ironie des sorcières d’aujourd’hui dans la banalité de leur quotidien domestique, flirtant volontairement avec les codes du kitsch et du mauvais goût.


Jade Boissin La Buveuse, 2023 graphite sur papier 60 x 50 cm
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La toile Tupperwitch, fait basculer les réunions Tupperware dans le domaine du sabbat de salon.


Jade Boissin Tupperwitch, 2024 huile sur toile, 140 x 170 cm
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Jade Boissin L’Aconit, 2023 huile sur toile 105 x 130 cm
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Le feu sacré de Géraldine Tobé : Exorciser le traumatisme

L’œuvre de Géraldine Tobé (née en 1992 à Kinshasa, en République démocratique du Congo) incarne la sorcellerie comme une réalité vécue et subie, avant d’être transcendée par l’art.
Enfant, elle et son frère (souffrant d’un handicap mental) sont injustement accusés de sorcellerie par des pasteurs évangélistes. Ils subissent un rituel d’exorcisme d’une violence extrême, séquestrés plusieurs jours au centre d’un cercle de bougies, privés d’eau et de nourriture, au milieu d’une fumée suffocante. Seule fille de sa promotion à l’Institut des Beaux-Arts de Kinshasa, Géraldine Tobé choisit de rompre avec la peinture classique à l’huile ou à l’acrylique.
Pour se réapproprier son histoire et renouer avec la dimension sacrée des croyances ancestrales, elle invente une technique unique : elle peint ses toiles en utilisant directement la fumée d’une lampe à huile et le feu, fixant la suie pour faire émerger des figures spectrales et universelles. Parallèlement à sa carrière internationale — qui l’amène à représenter la RDC à la Biennale de Venise en 2026 —, elle a fondé la structure Losa pour pratiquer l’art-thérapie auprès des malades psychiatriques de Kinshasa.


Géraldine Tobé Vanité de vanité, 2022 fumée suie de lampes à pétrole 130 x 170 cm
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Royaume des Damnés explore les traumatismes liés au colonialisme, la puissance de la sorcellerie, l’aliénation par l’Église et la quête d’exorcisme personnel.


Géraldine Tobé Royaume des Damnés, 2021 fumée suie de lampes à pétrole 200 x 130 cm
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Leader Spirituel explore avec force la dualité spirituelle et les tiraillements de l’histoire congolaise. Elle met en scène la confrontation, voire l’hybridation, entre la religion catholique occidentale (représentée par la silhouette spectrale du dignitaire religieux en arrière-plan portant une mitre ornée d’une croix) et les croyances rituelles et animistes traditionnelles


Géraldine Tobé Leader Spirituel, 2019 fumée et de suie de lampes à pétrole sur toile, et collage 160 x 120 cm
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Les sorcières dans l’art : du XVIIIe au XXe siècle

Conclusion : Le symbole féministe et la révolte numérique
Dans les structures patriarcales traditionnelles, où la femme fut longtemps maintenue dans un statut de mineure juridique (à l’instar du Code civil de Napoléon de 1804), la sorcière personnifie la femme insoumise, savante et forte qui met en péril l’ordre établi. Réactivée par les mouvements féministes, cette figure s’hybride aujourd’hui avec les luttes contemporaines pour la réappropriation du corps et de l’espace politique.

La photographe québécoise Arianne Clément dédie son art à la beauté des femmes âgées. Dans sa série Amazones, elle collabore avec des survivantes du cancer du sein. Ces femmes posent nues, fières et parées d’attributs traditionnellement associés aux sorcières (bâtons, crânes, fausses dents), transformant les stigmates de la maladie et de la vieillesse en symboles de puissance, de résilience et de rébellion plastique.


Arianne Clément Les amazones
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Les sorcières du web : Du militantisme à TikTok
L’archétype quitte enfin les galeries pour investir les réseaux sociaux et la scène politique mondiale : Les sorcières anti-Trump (depuis 2017)
Dès le début du mandat de Donald Trump, des communautés de néo-sorcières militantes (notamment sous le hashtag #MagicResistance) se coordonnent en ligne pour jeter des « sorts de blocage » collectifs contre le président américain et dénoncer ses positions anti-patriarcales. En écho, lors de la campagne présidentielle de 2016, Donald Trump avait publiquement attaqué Hillary Clinton en la qualifiant de sorcière.
Le phénomène « WitchTok » et Elon Musk : En novembre 2024, à la suite de la nomination d’Elon Musk au sein du gouvernement américain, la tendance s’intensifie. Sur l’application TikTok, une jeune internaute a publié une vidéo affirmant avoir payé une sorcière 7,99 $ en ligne pour « transformer la vie d’Elon Musk en un enfer sur Terre ». Surfant sur l’ironie et l’exaspération politique, la séquence cumule plus de 9 millions de vues, illustrant comment la sorcellerie demeure, au XXIe siècle, le canal privilégié d’une riposte populaire et satirique face aux nouveaux visages du pouvoir.

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