Les arts en Italie entre modernisme et classicisme – 1932 à 1943 (deuxième volet)

Les projets pour l’exposition universelle de Rome en 1942

Deux représentants du style « expressionniste, anticlassique et anti-célébratoire » reçoivent des commandes pour décorer les édifices de l’EUR42, qui ne seront jamais réalisées :
Orfeo Tamburi a laissé des esquisses de panneaux pour le théâtre (Teatro Aulico ou Erudo);


Orfeo Tamburi Esquisse de panneaux pour le théâtre 1941 1941
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Afro Basaldella reçoit la commande d’une mosaïque pour le palais des congrès : les activités sociales et humaines.


Afro Basaldella projet de masaique pour le palais des congrès 1941 Collection particulière
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Afro Basaldella projet de mosaique pour le palais des congrès 1941 Collection particulière
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Corrado Cagli, visé par les lois raciales de 1938 et réfugié à Paris, ne reçoit plus aucune commande. Il est remplacé par Afro Basaldella.


Afro Basaldella projet de mosaique pour le palais des congrès 1941 Collection particulière
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2.2 – Le triomphe de Mario Sironi et des « novecentistes »

Milan et Rome reçoivent une très grande partie des commandes de panneaux muraux. Commençons par la capitale économique de l’Italie.
Le palais de justice de Milan, conçu par Marcello Piacentini qui fait appel à près de 60 artistes pour les 90 œuvres d’art. Les bas-reliefs réalisés par Arturo Martini la Justice fasciste entourée de figures allégoriques a pour pendant la justice biblique par Arturo Dazzi et la justice romaine par Romano Romanelli. L’inscription justice fasciste a été supprimée.


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La mosaïque de Mario Sironi, La Justice flanquée de la Loi est une œuvre imposante de grandes dimensions : 355 X 570 cm.


Mario Sironi, La Justice flanquée de la Loi
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Les symboles fascistes n’ont pas disparu.


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Parmi nombreuses fresques, celles de Carlo Carrà, Le Jugement dernier.


Carlo Carrà, Le Jugement dernier
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Ce palais de justice est un véritable musée ; mais il existe d’autres édifices qui ont reçu des décorations murales de qualité : l’université Luigi Bocconi, la Caisse d’épargne (Cassa di Risparmio) de la via Verdi.

Rome, le palais des corporations, aujourd’hui ministère des entreprises et du made in Italy, le Palazzo Piacentini
A Rome, le palais des corporations, conçu par Marcello Piacentini et Giuseppe Vaccaro, est construit entre 1930 et 1932. Il est également appelé Palazzo Piacentini.


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Les architectes font appel à Mario Sironi pour réaliser un vitrail.


Mario Sironi La carta del lavoro 1931
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.. qui décore et éclaire l’escalier principal.



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Enrico Prampolini, futuriste, est aujourd’hui présent dans le ministère avec la Madonna dell’Aria. L’œuvre a été sans doute acquise bien après la guerre, tout comme celle de Fortunato Depero. Les futuristes n’avaient pas les faveurs du tout puissant Piacentini.


Enrico Prampolini: Madonna dell’aria, 1931-32 huile sur toile 80 x 65 cm Galleria Comunale d’Arte Moderna (Palazzo Braschi) Rome
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Marcello Piacentini, encore lui, a conçu pour l’aula magna de la Sapienza un amphithéâtre de 900 m2 qui se termine par un mur incurvé décoré d’une gigantesque peinture murale, confiée là encore à Mario Sironi : « L’Italie entre les arts et les sciences ». L’œuvre a été réalisée en un peu plus de trois mois, Des figures monumentales, se détachant sur un décor minéral, sont disposées de part et d’autre de l’Italie : Botanique, Géologie, Minéralogie, Géographie, Peinture, Architecture, Sculpture, Jurisprudence et Littérature. La figure de la Victoire ailée domine l’allégorie.


Mario Sironi L’Italie entre les arts et les sciences 1935
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Après la chute du fascisme, les symboles du régime honni ont été recouverts par des feuilles de papier peint collées et clouées sur la surface picturale. En 1950, la peinture murale fut presque entièrement repeinte pour éliminer les symboles fascistes. En 2017, à l’occasion de la modernisation du grand amphithéâtre, la fresque a entièrement restaurée pour retrouver son aspect d’origine. Le respect de l’œuvre d’art l’emporte sur la convenance politique.


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Il existe de nombreux autres projets d’édifices de prestige dans la capitale qui devaient recevoir une décoration murale. La zone entourant le mausolée d’Auguste a été entièrement remodelée en 1938, à l’occasion du bimillénaire d’Auguste, entrainant la disparition d’un quartier baroque. Sur la façade du palais de l’INPS (sécurité sociale), Ferruccio Ferrazzi conçoit une mosaïque de 70 m2. Il interprète les origines de Rome. Cet artiste est proche de M. Piacentini, qui lui a confié des commandes dans le Palazzo qui porte aujourd’hui son nom


Palazzo dell’INPS
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2.3 – La « plastique murale » des futuristes

Tandis que Mario Sironi et les artistes se réclamant du « Manifesto della pittura murale » proclament la nécessité de magnifier l’Italie héritière de Rome, en privilégiant la fresque ou la mosaïque, les futuristes répliquent avec un autre manifeste mettant en avant une « Plastique murale ».
Les futuristes avaient ouvert la voie en proposant une décoration murale pour la salle d’attente de l’aéroport d’Ostie. Le gouvernement fasciste marque peu de reconnaissance au futurisme, qui s’efforce de servir le régime. Il est très peu représenté dans les grandes expositions nationales et internationales.


Gerardo Dottori Projet de fresques 1928 Collection particulière
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Il doit en effet se contenter de ses propres expositions nationales de plastique murale pour la construction fasciste (Mostra nazionale di plastica murale per l’edilizia fascista). La première se tient à Gènes en 1934, et expose des œuvres utilisant des techniques dites polymatérielles.


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La seconde à Rome en 1936.


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Peu de projets présentés dans ces expositions ont abouti. Il ne reste que quelques esquisses et un film de l’inauguration. On voir Marinetti faisant le salut fasciste, puis le ministre Francesco Ercole, qui porte une barbichette.


Le ministre de l’éducation nationale inaugure la première Mostra de plastique murale pour les édifices fascistes.

C’est bien à Gènes que Depero expose des maquettes pour des reliefs métalliques de 4 mètres de haut, un exemple de technique polymatérielle.


Fortunato Depero Paquette pour des panneaux, œuvre disparus, extraits du catalogue de l’exposition Prima Mostra nationale des plastiques murales 1934.
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La Spezia, le « Palazzo delle poste »

Les commandes qu’obtiennent les futuristes sont le fruit de la bonne entente et de la coopération entre F. T. Marinetti et l’architecte Angiolo Mazzoni, responsable des bâtiments au ministère des communications. A cette époque, les bâtiments des postes sont de véritables « Palazzi ». Malgré les liens entre l’architecte et le mouvement futuriste, le bâtiment relève de la monumentalité classicisante ou « novecentiste ». L’adhésion tardive d’Angiolo Mazzoni au futurisme reste inexpliquée.


Angiolo Mazzoni Palazzo delle poste 1933-34 La Spezia
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A l’intérieur, Angiolo Mazzoni a commandé à Enrico Prampolini et Filia, une œuvre « polymatérielle ». Son choix se porte sur quatre grands panneaux en mosaïque de céramique, sans chercher à imiter les techniques héritées de l’antiquité romaine.


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Filia réalise « les communications aériennes et maritimes », dans l’esprit de l’Aéropeinture.


Filia Les communications aériennes et maritimes 1933
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Tandis qu’Enrico Prampolini illustre « les communications télégraphiques, téléphoniques et aériennes« , proche de l’abstraction.


Enrico Prampolini Les communications télégraphiques téléphoniques et aériennes 1933
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Le « Palazzo delle poste » d’Alessandria, a été construit entre 1939 et 1941, par l’architecte était Franco Petrucci , et non l’habituel Angiolo Mazzoni. Petrucci est une figure marquante de l’architecture rationnelle.


Franco Petrucci « Palazzo delle poste » d’Alessandria 1939-1941
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Sous la pression du comité assurant la maitrise d’œuvre, dans lequel figurait Marcello Piacentini, Franco Petrucci a dû se résoudre à confier un décor extérieur de mosaïque de 38 mètres de long.

… à Gino Severini, ancien futuriste du dynamisme pictural, qui revient ici à un certain modernisme.


Gino Severini décor extérieur de mosaïque
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2.4 – L’abstraction

De Mario Radice qu’on a déjà rencontré, voici une autre étude de fresque murale pour la salle du directoire à la casa del Fascio de Côme.


Mario Radice Étude de fresques murales pour la salle du directoire casa del Fascio de Côme 1936-1938
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… que voici une fois réalisée. Rien n’en subsiste.


Mario Radice Fresques murales pour la salle du directoire casa del Fascio de Côme 1936-1938
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3 – Peinture de chevalet

3.1 – Diversité artistique à Milan

Dans le triangle industriel Gênes, Turin, Milan, la bourgeoisie peut s’ouvrir à des formes artistiques proches de l’art européen contemporain et même des avant-gardes. Milan est alors le centre d’une vie culturelle intense et diverse. Cette diversité est favorisée par la présence des Italiens de Paris : Massimo Campigli, de Chirico et son frère Savinio, Filippo de Pisis. Le jeune Filipo de Pisis accueille G. de Chirico à Ferrare. Ce groupe entretient des rapports étroits avec Waldemar George, un admirateur de Mussolini.


Piero Portaluppi Villa Necchi Campiglio Milan
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Le principal prolongement du Novecento Italiano est la peinture murale avec Mario Sironi, art social et fasciste par excellence, lié aux grands programmes architecturaux. Plus modestement, Gianfilippo Usellini poursuit le réalisme magique : Les lavandières.
Mais de nombreux artistes refusent la discipline esthétique du Novecento.


Les lavandières 1934 Galerie Ricci Oddi
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Le privitirisme
Le critique d’art Edoardo Persico se veut le défenseur d’un art « primitiviste », ingénu, presque naïf, fondé sur la couleur. Il cherche aussi à faire naitre un art religieux, inspiré par le Douanier Rousseau. C’est la naissance d’un partenariat avec Renato Birolli : La nuova ecumene où le peintre représente Persico en évêque.


Renato Birolli La nuova ecumene 1934-35 Collection particulière
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Chiarismo
Le terme Chiarismo, inventé en 1935, désigne une peinture lumineuse aux couleurs claires. De nombreux peintres de ce groupe, mais non pas tous, peignent sur une toile blanchie encore humide, à la recherche d’effets proches de la fresque. On aboutit à des peintures bidimensionnelles, aux accents lyriques, à l’aspect fragile. Francesco De Rocchi (1902 1978) accumule des couleurs pales, rose, ivoire, gris : Fillette avec chien.


Francesco De Rocchi Fillette avec chien
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Lo schermidore (l’escrimeur) est le paradigme du Chiarismo. Un escrimeur à l’allure indéterminée, une sorte d’homme sans qualité, vêtu de blanc se détache à peine d’un fond rose pâle.


Angelo del Bon Lo schermidore (l’escrimeur)
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L’aeropeinture des futuristes milanais

En 1934, un groupe de « futuristes milanais », c’est ainsi qu’ils s’appellent, signe un manifeste technique de l’Aeroplastique. Parmi eux, une femme, Regina Cassolo Bracchi, attirée par l’usage de nouveaux matériaux comme l’aluminium, le fil de fer, la tôle, l’étain, réalise des sculptures bidimensionnelles : l’amante de l’aviateur.


Regina Cassolo Bracchi L’amante dell’aviatore (L’amante de l’aviateur), 1935 sclpture en aluminium 60 x 48,8 x 9,5 cm Museo Regina Mede Italie
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L’abstraction
L’Italie n’a pas connu de peintre vraiment abstrait avant les années 30. A partir de 1930, la Galleria del Millione, un temps dirigée par Edoardo Persico, invite des peintres étrangers. En 1934, c’est le tour de Kandinsky. En novembre de cette même année 1934, elle expose des artistes abstraits italiens, dont Mauro Reggiani, Composizione R 3.
Les artistes abstraits italiens connaissent la revue Abstraction-Création (1) , (Parmi les fondateurs : Auguste Herbin, Jean Hélion, Figini, Pollini) dont le premier numéro parait à Paris en 1932.
Ils dialoguent avec des architectes de Grupo 7 (Figini, Pollini) et G. Terragni, qui préconisent des constructions sans décoration extérieure, à parois lisses. La revue Quadrante est ouverte à ce dialogue.

Autour du journal Corrente, se réunissent à Milan, entre 1938 et 1940 (La revue est interdite à cette date) des artistes, poètes, écrivains et critiques. Ils refusent la discipline esthétique que tente d’imposer le régime, sans pour autant afficher aussitôt une opposition politique. La revue ne défend pas des formes artistiques précises. Dès le début se forment deux tendances :


Mauro Reggiani Composizione R3, 1934 huile sur toile 83 x 100 cm MAGA (Museo d’Arte Gallarate), Gallarate, Italie
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L’une recherche plutôt une forme d’expressionnisme lyrique. C’est le cas de Renato Birolli, qui peint Caos II, par touches longues et vibrantes.


Renato Birolli, Caos II,1936 huile sur toile 110 x 90 cm Collection Giuseppe Iannaccone (Milan)
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L’autre tendance que Renato Guttoso, qualifie lui-même de « poétique réaliste ». Renato Guttoso a vu Guernica à Paris en 1937, ce qui transparait dans Crucifixion. Guttoso s’oriente progressivement vers un engagement politique et social qui le conduit à adhérer au PCI clandestin en 1941. En 1942, Crucifixion est récompensée par le prix Bergamo, décerné par le ministre fasciste Giuseppe Bottai, ce qui illustre la complexité de la vie artistique dans ces années.


Renato Guttoso La « Crocifissione » (Crucifixion) 1941 huile sur toile 200 x 200 cm Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea (GNAM), Rome.
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3.2 – L’école romaine

Il existe aussi une école romaine autour de la revue Quadrante et de Massimo Bontempelli, qui a abandonné Novecento et le réalisme magique. J’ai cité l’article-manifeste de Corrado Cagli « Muri ai pittori », publié dans le numéro de mai 1933. Ce même numéro publie 14 dessins de ce peintre, consacrant ainsi la reconnaissance d’une école romaine. Elle tend à exalter un homme nouveau fasciste, des héros antiques, des paysans.


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Encore à Rome la Scuola di via Cavour, parfois englobée dans l’école romaine, est un groupe hétérogène d’artistes de tendance expressionniste actifs entre 1928 et 1945. Ils ne sont pas liés par un manifeste, mais par amitié ; ils se regroupent autour de Mario Mafai et de son épouse Antonietta Raphaël, en robe rose sur le tableau. Les peintres se placent eux aussi en opposition aux références formelles néoclassiques et aux théories antisémites promues par l’aile radicale du fascisme.


Mario Mafai « La lezione di piano » (La leçon de piano) 1934 huile sur carton 73,5 x 60 cm Collection particulière
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3.3 – Prix Cremona, prix Bergamo

Deux prix antagonistes récompensent les artistes. Le prix Cremona de Farinacci, secrétaire du PNF en 1925-26 reflète l’image d’un fascisme brutal et intolérant, et le prix Bergamo, de Giuseppe Bottai, l’image d’un fascisme plus conciliant avec l’art moderne.
Roberto Farinacci se déclare pour un art contemporain au service de l’idéologie fasciste, contre les importations d’art dégénéré, le futurisme et les autres avant-gardes qui appartiennent à « l’art judaïsant ». Le prix Cremona récompense une peinture de propagande hyperréaliste et populiste. Il joue également un rôle diplomatique avec l’Allemagne nazie. Une délégation du IIIème Reich se rend à Crémone. En 1940, le Prix Cremona a pour thème imposé : la bataille du grain. Il est décerné en 1940 à Pietro Gaudenzi pour il Grano. Par le format et le style, c’est une référence directe à l’art italien du Trecento.


Pietro Gaudenzi il Grano
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De son côté, Giuseppe Bottai se rend à Munich le 22 septembre 1941 et en rend compte au Duce : un art bourgeois [comme] le réalisme nazi donne les mêmes fruits que le réalisme farinaccien et soviétique [ ] qui répètent les idéaux véristes du XIXème siècle ». Le prix Bergamo est attribué à Mario Mafai pour « Modèles en atelier ». Or la femme de Mario Mafai est visée par les lois raciales de 1938 ; elle vit discrètement avec son mari à Gênes.


Mario Mafai pour « Modèles en atelier » 1940 huile sur toile 100 x 120 cm GNAM, Rome
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Conclusion

La société se sent bridée par un régime totalitaire, qui vers 1938 impose une architecture grandiloquente, capable de célébrer un empire aux pieds d’argile. Cette société ressent le besoin de varier la forme des objets utilitaires. Edouardo Persico, dans un texte posthume paru en 1936, appelle dans « ces années difficiles [ ] à dépasser l’architecture ». Les arts appliqués, bien que restant dans la sphère privée, sont traversés par les mêmes oppositions esthétiques que l’architecture ou les arts figuratifs : conservatisme contre modernisme, rationalisme contre monumentalité, historicisme national contre avant-garde européenne. Ils résument les tensions qui traversent l’Italie du Ventennio et annoncent le design d’après-guerre.

Franco Albini que j’avais déjà présentés dans la 1ère partie, avait conçu des meubles élitistes en 1930 pour une clientèle proche du Novecento.


Franco Albini Mobilier de noyer, teintée et incrustation 1930
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… part dans les années 1938-1940 à la recherche de la modernité avec cette bibliothèque Velerio en bois de frêne, acier, laiton et verre, rééditée par Cassina.


bibliothèque Velerio en bois de frêne, acier, laiton et verre, rééditée par Cassina
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Vers le design industriel

Cette scénographie réalisée à l’occasion de l’exposition « Dolce Vita ? du liberty au design italien » regroupe de nombreux objets préfigurant le design italien.


« Dolce Vita ? du liberty au design italien » Centre Pompidou 2015
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Tel un fleuve, il prend sa source dans le mouvement rationaliste, dont les architectes G. Terragni et G. Pagano restent les figures emblématiques.


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Ce fleuve a également reçu de nombreux affluents, comme le Novecento avec Franco Albini.


Franco Albini Fauteuil dit « télésiège » pour la « salle de séjour d’une villa », en métal émaillé et garniture, 1940
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… mais aussi le peintre Mario Sironi, la figure centrale de la peinture novecentiste,


Mario Sironi Fondation Casa Boschi di Stefano
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… et Gio Ponti, le créateur de la lampe Bilia.


Gio Ponti, lampe Bilia 1931 rédéditée par Fontana
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La reconstruction futuriste de l’univers, avec Giacomo Balla et Fortunato Depero est un autre affluent.


« Dolce Vita ? du liberty au design italien » Centre Pompidou 2015
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Les arts appliqués avec lesquels je conclus cette conférence sont le reflet des confrontations esthétiques. Dès 1921, l’idéologie fasciste a évolué de manière dialectique ; les arts n’ont pas échappé à cette règle. Ces tensions permanentes, surmontées dans le domaine des arts par l’habilité de Giuseppe Bottai ont désamorcé toute contestation. Mais elles ont ménagé après 1945 une voie italienne de l’art contemporain.

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