Piero Portaluppi, proche du Novecento, mais ouvert au mouvement rationaliste et le groupe B.B.P.R, un groupe d’architectes proches du MIAR présentent un projet d’une maison du Samedi pour les Jeunes Mariés.
Le CIAM est représenté à la Triennale de Milan.

Piero Portaluppi et le goupe B.B.P.R. maison du samedi pour les jeunes mariés
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6ième triennale de Milan
Le programme de la VIème triennale de Milan est défini par Edoardo Persico, un des deux co-rédacteurs de la revue Casabella. L’exposition voit la consolidation du lien entre le régime fasciste et l’architecture rationnelle. Le Salon d’honneur est en partie conçu par Edoardo Persico, qui meurt avant l’inauguration.
Pagano conçoit une tour en blocs de verre qui sert de portail d’entrée à l’Exposition,
.. et également le pavillon extérieur, détruit pendant la guerre.
Il comportait un escalier hélicoïdal
La présence étrangère est importante, avec la section française organisée par Le Corbusier, une section finlandaise menée par Alvar Aalto.
Après cette exposition se déchaine une vague antimoderniste en Europe, dont l’exposition de 1937 est la preuve. La VIIème triennale en 1940 sera le triomphe de l’académisme.
Je vais maintenant présenter deux architectes, considérés comme les plus talentueux du mouvement rationaliste. Ils ont eu une existence assez brève, ce qui explique le petit nombre de leurs réalisations.
Au cours de la 1ère partie de cette conférence, je vous ai montré le Palazzo Gualino que Giuseppe Pagano réalise avec Gino Levi-Montalcini. Ils créent une œuvre austère qui remet radicalement en question la tradition ; le bâtiment béton armé se veut « anti-monumental ».

Guiseppe Pagano et Gino Levi-Montalcini Palazzio Gualino Turin 1928-1930
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Marcello Piacentini, responsable du plan général de l’université la Sapienza confie à Giuseppe Pagano le département de physique ; il peut s’exprimer librement. Le bâtiment a subi de nombreuses modifications, c’est donc sur une photo ancienne qu’on peut apprécier la clarté du plan voulu par G. Pagano, un édifice exempt de monumentalisme et de toute ornementation.

Guiseppe Pagano Département physique de l’université La Sapienza
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Giuseppe Pagano se place résolument dans la continuité du fonctionnalisme promu par W. Gropius et le Bauhaus. Sur le campus de l’université, il se différencie du monumentalisme de Piacentini dont voici le rectorat.
Continuons avec Pagano qui, avec Gian Giacomo Predaval, réalise pour l’université Bocconi de Milan, le bâtiment Sarfatti (1).

Guiseppe Pagano et Gian Giacomo Predaval Université Bocconi Nat Sarfatti 1937-1941
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Son plan cruciforme reprend celui du bâtiment du Bauhaus conçu par Gropius à Dessau.
Le mobilier a été conçu avec Gino Levi-Montalcini. Il comprend entre autres les fauteuils,
Guiseppe Terragni (1904-1943)
G. Terragni réalise des immeubles en copropriété destinés à une clientèle bourgeoise. Pour ne pas effrayer les acquéreurs, Terragni fait preuve d’un modernisme raisonnable et d’un vague fonctionnalisme. L’effort rationaliste porte sur la distribution des pièces et les innovations technologiques. Novocomum est l’œuvre d’un architecte de 24 ans.
Casa del Fascio est considérée comme le manifeste du mouvement rationaliste. Terragni adopte les principes d’une architecture fonctionnaliste et reprend des éléments traditionnels de l’Italie : c’est une sorte de palazzo avec une cour fermée, des loggias. Le projet est décidé en 1932 et achevé en 1936.
Terragni veille à ce que ce cube presque parfait s’intègre dans l’environnement urbain, laissant le bâtiment en correspondance visuelle avec la Cathédrale. Les 4 façades, toutes différentes, où alternent les pleins et les vides soulignent un rapport différent avec la ville.
La cour centrale est couverte d’un toit en verre.
À l’intérieur, un cycle de décorations abstraites de Mario Radice, aujourd’hui perdu.
Le mobilier est également conçu par Terragni. La fameuse chaise Sant’Elia, en hommage à l’architecte futuriste, est rééditée par Zanotta.
1.3 – L’architecture classique simplifiée et modernisée
Confronté à la montée en puissance de l’architecture rationnelle, Marcello Piacentini, l’architecte le plus représentatif de la nébuleuse novecentiste présente son propre manifeste sur l’architecture moderne. Son anthologie se veut pluraliste, plutôt que dogmatique. Elle est publiée par Margherita Sarfatti, fondatrice du mouvement Novecento, sous le nom Architettura d’oggi. Elle paraît en 1930 et présente l’architecture européenne et nord-américaine des années 1920, traditionnelle et moderne.
Les architectes proches de Novecento italiano, appelés aussi « architectes néoclassiques de Milan » se caractérisent par leur sens de l’équilibre, une certaine sobriété, leur volonté de se rattacher à un passé méditerranéen. Par là ils se rendent proches des toiles exposées depuis 1923 à la galerie Pesaro, dirigée par Margherita Sarfatti. L’architecture Novecentiste prendre trois directions, qui coexistent parfois avec le même architecte :
Le monumentalisme néo-romain que nous venons de voir avec le rectorat de l’université La Sapienza. C’est la principale tendance de l’architecture « classique, simplifiée et modernisée ». L’autre paradigme de ce style est le palais de justice de Milan, là encore, construit et décoré sous la houlette de Marcello Piacentini.
Une simplification qui tend vers le rationalisme, sans céder sur le caractère monumental. C’est le cas du Palazzo Montecatini, créé par Gio Ponti et son étude.
Néo-classique, proche de l’Art Déco, souriante, optimiste, pour la bourgeoisie milanaise, soucieuse de se démarquer d’un style fasciste « plébéien ». C’est le cas de la villa Necchi Campiglio, par Piero Portaluppi.
Vers les dernières années du régime, la tentation est grande de proposer une architecture grandiloquente, capable de flatter la dérive impérialiste.
1.4 – La fondation de citées nouvelles
La bonification des marais pontins est encore aujourd’hui considérée comme une réussite du régime fasciste. Le but annoncé par Mussolini de « combler le vide entre Rome et Naples » doit se comprendre comme une volonté de lutter contre l’urbanisation. Le régime honore alors une Italie agraire, préindustrielle, celle de Strapaese, qui dénonce « le paroxysme urbanistique dérivant du modèle allemand ou américain ».
Littoria, la 1ère des nouvelles agglomérations des marais pontins. Il s’agit d’un cas unique dans l’urbanisme de la 1ère moitié du XXème siècle, celui de la conception d’une ville entièrement nouvelle, à la différence des « Siedlungen » de Dessau, Francfort, des cités-jardins de France ou de Grande-Bretagne. Littoria est conçue selon un plan centré, qui se veut typiquement italien. Les différents espaces s’ordonnent autour de la place centrale, tours et clochers émergent de la plaine. Elle est inaugurée en décembre 1932. L’architecture est peu originale. La conception de la gare et de la poste est confiée à l’incontournable Angiolo Mazzoni, dont on reparlera.
Tout autre est le cas de Sabaudia. La présence d’Adalberto Libera, membre de Gruppo 7, dans la commission de sélection explique le choix de la modernité. Le plan répond aux canons de l’architecture rationnelle, avec des rues se coupant à angle droit, comme le car
1.5 – Un projet inachevé EUR 42
L’exposition universelle prévue à Rome en 1942 devait célébrer les 20 ans de la marche sur Rome. Marcello Piacentini, encore lui, est à la tête du jury qui doit désigner les architectes en charge des différents monuments. Pour ce palais de la civilisation italienne, son choix se porte sur un projet néo-antique et monumental, qui rappelle la Metafisica. Du fait des sanctions économiques imposées par la SDN, le béton armé fait place au travertin, ce qui fait encore plus romain. Il est surnommé le colisée carré.

Guerrini, Lapadula et Romano Palais de la civilisation italienne (1938-1940)
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Seul le palais des congrès, confié à Adalberto Libera, un des fondateurs du MIAR échappe au monumentalisme néo-antique. Giuseppe Pagano, écarté par le jury, exprime son dégout devant de projet « grotesque » et « académique ». Il déclare que « lutter pour sauver les meilleurs projets (à comprendre comme échappant à la célébration néo-antique) ne pouvait que confiner à l’absurdité ».
Voir un résumé de l’architecture fasciste
2 – Les décorations murales
Les premiers débats sur la décoration des édifices publics ont lieu entre 1919 et 1925 à l’initiative de Margherita Sarfatti et Achille Funi ; c’est l’époque où émerge le « Novecento Italiano ». Mais peu d’édifices sortent de terre à cette époque. A l’occasion d’une réunion organisée par l’Académie d’Italie fondée en 1930, Marcello Piacentini reprend l’idée de Giuseppe Bottai de consacrer une part du budget de construction à la décoration. Un décret de 1938 impose que la décoration représente au moins 2% du budget total. Pendant 10 années, les équipements publics se couvrent de fresques ou de mosaïques. Avec les décorations murales, l’artiste se libère de la clientèle privée, pour se soumettre à un art d’état, dans un état où toutes les professions, y compris les architectes, les artistes et les artisans sont soumis au régime des corporations.
De nombreuses expositions nationales et internationales rythment le développement de la décoration murale.
Elles vont consacrer le triomphe de Mario Sironi et des peintres qui lui sont proches. Il existe des divergences dans ce groupe qui a les faveurs du tout puissant Piacentini.
Les futuristes bénéficient d’un petit domaine où ils peuvent résister tandis que l’abstraction fait une timide apparition, avant de participer pleinement à la scène artistique.
2.1 – Au rytme des expositions
L’exposition de la Révolution fasciste, inaugurée en février 1932, est l’occasion des premières commandes. Il ne s’agit pas d’une exposition artistique, mais d’une vaste opération de propagande. L’organisation est chronologique. 19 salles comportent des vitrines, d’imposants lettrages et quelques décorations murales. Tout a été détruit, et il ne reste que des esquisses pour la réalisation des salles et quelques photographies.
Mario Sironi, le peintre de décorations murales le plus prolifique est responsable de quatre des salles importantes, le salon d’honneur, la Galerie des faisceaux, et celle ci.

Mario Sironi Salle d’exposition de la révolution fasciste, Rome 1932-1934
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Pour la salle consacrée à l’année 1919, le futuriste Prampolini reçoit la commande «Les arditi le 15 avril 1919» ou «la bataille de la via Mercanti à Milan ». Prampolini réalise des compositions « plurimatérielles », inspirées du Bauhaus et fruits des expérimentations qu’il avait réalisées avec Fillia. Cet agrégat de matériaux divers a pour but d’abolir les anciennes techniques de peinture murale.
Gerardo Dottori reçoit la commande pour la salle des réalisations dans le domaine des transports.

Gerardo Dottori Salle des réalisations dans le domaine des transports
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Marinetti semble triompher. L’exposition dans sa forme est une œuvre d’art total futuriste, avec ses lettrages, ses parois obliques, ses photomontages. Une année plus tard, Angiolo Mazzoni, l’architecte des gares et des postes, fait de cette fusion de l’architecture, de la peinture et de la sculpture l’exemple de « l’architecture mussolinienne ». Mais après 1932, Mario Sironi et les artistes classicisants reçoivent la majorité des commandes publiques de grandes peintures murales. Marinetti cherche à réagir, mais les futuristes, accusés d’une proximité avec le purisme français (Cette accusation est erronée. L’influence de Le Corbusier et du purisme est bien plus présence dans la revue Quadrante), devront se contenter des bureaux de poste conçus par l’architecte Angiolo Mazzoni.
Voir quelques photographies des expositions fascistes
La triennale de Milan ouverte en 1933
La Vème Triennale (les 4 premières étaient des biennales, qui se sont tenues à Monza) ouvre ses portes en mai 1933.
En cette même année 1933, Mario Sironi rédige le Manifeste de la peinture murale. Il préconise la valeur sociale d’un art accessible au plus grand nombre. Elle permet d’en finir avec l’individualisme bourgeois du XIXème siècle, par conséquent d’être authentiquement fasciste. Sironi souligne cependant qu’il ne s’agit pas d’un art de propagande.
Le salon de cérémonie expose les œuvres de Giorgio de Chirico, Mario Sironi, Gino Severini, Massimo Campigli, Achille Funi. A l’occasion de cette exposition, l’architecte rationaliste Giuseppe Pagano laisse paraitre dans sa revue Casabella, l’expression « assalto ai muri » (prendre les murs d’assaut). L’exposition de Milan assure le triomphe du décor mural. Une alliance des rationalistes et des Novecentistes se dessine.
Dans le salon de cérémonie, Mario Sironi peint sa première peinture murale les travaux et les jours. La critique remarque les figures archaïques et monumentales dans un décor théâtral, où des éléments naturels se mélangent avec un aqueduc romain. C’est une allégorie de la construction d’une société fasciste fondée sur le travail. Farinacci, le rédacteur de Regime fascista, une aile particulièrement radicale du fascisme, s’attaque à la déformation des corps humains. Mario Sironi lui répond avec un article « Assez ! ». Il dénonce le « classicisme rance de Regime Fascista » et affirme que Novecento « remonte la pente ». Un bel exemple d’empoignade artistique.
On voit au fond du salon d’honneur « la culture italienne », fresque de G. de Chirico et au centre, « les arts », mosaïque de Gino Severini.

G. de Chirico, La culture italizeenne. Au centre les arts, mosaique de Gino Severini Milan 1933
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Exposition universelle de Paris 1937.
La revue « Quadrante » publie en mai 1933 un article-manifeste du peintre Corrado Cagli « Muri ai pittori (Les murs aux peintres) ». L’article oppose le « néo-formalisme classicisant et archaïque » des novecentistes milanais à une mouvance contemporaine et européenne.
Le pavillon italien de l’exposition universelle de Paris 1937 reflète cette opposition avec deux œuvres importantes :
La mosaïque « Le travail fasciste ou l’Italie corporatiste », telle qu’elle était à Paris en 1937,

Mario Sironi Le travail fasciste ou l’Italie corporatiste Paris 1937
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… a été transférée au Palazzo dell’Informazione, où elle se trouve encore aujourd’hui. Le bâtiment était le siège du journal il Popolo d’Italia , organe du Parti national fasciste.

Mario Sironi Le travail fasciste ou l’Italie corporatiste aujourd’hui transférée au Palazzo dell’informazione
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Mario Sironi procède par assemblage d’éléments indépendants. Il reste attaché au « néo-formalisme classicisant et archaïque». Il reprend le style plébéien particulièrement en vogue à l’époque impériale. Le style plébéien renonce en effet à la perspective et à l’organisation narrative des scènes sculptées. Je vois dans cet anti-idéalisme un refus de l’art grec et une manière d’affirmer l’originalité de l’art italien.
Avec le cycle de peinture, le triomphe de Rome, Corrado Cagli, tend à se rapprocher d’un expressionisme européen. Il regroupe différents monuments de Rome et des habitations ordinaires, dans un espace onirique. L’envolée des panoplies évoque plus la vanité des prétentions fascistes que la solidité des réalisations impériales. Cette œuvre suscite des critiques de la part des hiérarques, preuve que les artistes, même commandités par le régime, disposent d’une grande liberté de création. Galeazzo Ciano en demande la destruction, car l’œuvre est jugée irrespectueuse des gloires de la Rome. Elle est en partie censurée.

Corrado Gagli peinture à l’encaustique pour le pavillon italien de l’exposition universelle de 1937
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Il en reste 3 toiles à l’encaustique de 240*400 cm. Une exposition tenue à Rome au palais Cipolla en 2020 les a à nouveau réunies.
Afro Basaldella (Udine, 1912 – Zurich, 1976)
A la suite de Corrado Cagli, de jeunes artistes se lancent dans un style monumental, expressionniste, sans référence directe à l’art romain, en relâchant les références aux vertus civiques et en refusant de célébrer le fascisme.
Parmi eux, Afro Basaldella, qui a travaillé pour l’exposition universelle de Paris, se rend à Rhodes, alors possession italienne. Il reçoit une commande pour décorer la Villa del Profeta et la Grande Albergo delle Rose. Il peint les quatre saisons des toiles de grandes dimensions 2,35 x 2,25 cm.

Afro Basaldella Exposition à la galerie municipale d’art moderne et contemporains d’Arezzo
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L’été

Afro Basaldella L’été 1938 Collections de la municipalité de Rhodes
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L’automne. Le peintre évolue après la guerre vers une peinture non figurative.


































