Cours du 4 mars 2013

Joan Miro

Sommaire : Joan Miro, André Masson

Joan Miro(1893-1983)

Juan Miro est l’antithèse de Dali, il n’aime pas parler de lui, il préfère l’écrit. Il est d’origine modeste, ses étaient parents artisans, et ses grands parents paysans.

C’était un écolier médiocre il n’avait pas une grande habileté manuelle. Il fit des études de commerce, puis pris un emploi de comptable. À dix-sept ans, Miró travaille durant deux ans comme commis dans un magasin de denrées coloniales, jusqu’à ce qu’en 1911 il contracte le typhus et soit obligé de se retirer dans une ferme de famille, à Mont-roig del Camp, dans les environs de Tarragone. Il y prend conscience de son attachement à la terre catalane, ce fut un épisode décisif. Une fois rétabli il va à l’école de peinture à Barcelone, il y lie des amitiés notamment avec Artigas, céramiste.

En 1912 il découvre une exposition cubiste, il est influencé par Cézanne et Van Gogh.

Joan Miro – Portrait de E.C. Ricart, (1917) 81.6x 65.7 cm. The Museum of Modern Art, New York

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Ricart était un ami de l’école Galí avec qui il partageait un atelier. Dans ce portrait, l’estampe japonaise est d’une telle finesse qu’elle disparaît presque sous les couleurs et les formes violentes de la figure de son ami. La rudesse abstraite des rayures du vêtement de Ricard écrase les lignes fines et fluides du tableau à l’arrière plan. Miró met alors en contraste l’art asiatique, très prisé à cet époque, et l’impressionnisme. L’artiste, qui cherche son style véritable, apparaît cependant déjà comme un passionné des couleurs. Parti pris proche de Van Gogh (voir le portrait du père Tanguy).

Joan Miro – Portrait de Nubiola, (1917) 113 × 104 cm Museum Folkwang, Essen

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

1917 portrait de Nubiola.

Personnage représenté avec la même attitude que ceux de Cézanne. Le portrait est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de ses premières périodes, alors qu’il expérimentait un mélange de cubisme et de fauvisme. Certains critiques d’art y relèvent également l’influence de Van Gogh pour qui Miro eut toujours de l’admiration. La toile fut acquise un temps par Picasso. Voir un commentaire.

Première exposition à Barcelone, Création du groupe Courbet. Son inspiration est dans le réel dit-il.

Il séjourne à Montroig.

Joan Miro – Vignes et oliviers, (1919) 72.4 x 90.5 cm Metropolitan Museum of Art New York

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Vignes et oliviers 1917

Très grande minutie des plans de vigne (presque naïf), géométrisation. Période détailliste de sa carrière.

Il explique sa démarche dans une lettre du 16 juillet 1918 à son ami Ricart :

« Pas de simplifications ni d’abstractions. En ce moment je ne m’intéresse qu’à la calligraphie d’un arbre ou d’un toit, feuille par feuille, branche par branche, herbe par herbe, tuile par tuile. Ceci ne veut pas dire que ces paysages deviendront cubistes ou rageusement synthétiques. Après, on verra. Ce que je me propose de faire est de travailler longtemps sur les toiles et de les achever autant que possible. À la fin de la saison et après avoir tant travaillé, peu importe si j’ai peu de toiles. L’hiver prochain, messieurs les critiques continueront à dire que je persiste dans ma désorientation.« 

Joan Miro – La table ou nature morte au lapin (1920) 130 x 110 cm Collection privée

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Sur une table au dessin cubiste sont disposés des animaux et des objets d’une peinture naturaliste. Si la table et l’espace qui l’entoure sont représentés par des formes triangulaires très stylisées, le lapin, le poisson, les légumes, les feuilles de vigne sont représentées avec beaucoup de réalisme.

Il est à la fois détailliste et cubiste. Le coq, et le lapin, sont presque vivants, ces détails réalistes tranchent avec la stylisation de certains éléments.

Miró a également très tôt le souci de la composition. Il écrit en 1915, dans une lettre à Bartomeu Ferra : « Tous mes efforts tendent à bien construire. Mon œuvre aura plus de force si elle est non seulement belle de coloris, mais bien construite« . La Ferme de 1921/1922 (ci-dessous), se caractérise en effet par un luxe de détails, et illustrent le souci de l’artiste.

Joan Miro – La ferme (1920) 132 x 147 cm National Gallery of Art, Washingon, DC

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

1921 la ferme.

Point culminant de la période. Commencé à Mont-roig et achevé à Paris. Travail de 9 mois sur cette toile.

Journal et arrosoir au premier plan sept empreintes de pied nu. 2 corps de ferme, un arbre, travaillé feuille par feuille.

Le tableau est tout d’abord exposé dans un café de Monparnasse, où il a attiré l’attention de Ernest Hemingway, il représente pour lui l’incarnation de l’Espagne. Il a acheté le tableau.

Cette toile, ainsi que les autres paysages réalisés à l’époque aux alentours de la ferme de Mont-roig, se caractérisent par une attention naïve apportée aux détails et associe l’iconographie hiératique des retables gothiques à de délicates fantaisies ornementales. Les couleurs ont changé, elles sont maintenant plus naturelles et terreuses.

En 1920 premier voyage à Paris, il rencontre de Picasso, qui lui achète une toile (portrait de danseuse espagnole).

Joan Miro – Portrait de danseuse espagnole (1921) 53 x 66 cm Musée Picasso Paris

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Portrait très précis et suffisamment stylisé, on peut y repérer son style futur, Miro abstrait. Voir un commentaire.

Il a l’impression que les peintres parisiens peignent pour vendre, contrairement aux peintres espagnols.

Influence de Picabia, qui lui montre la voie de la géométrisation et des machines.

Joan Miro – La fermière (1922) 81 x 65 cm Centre Pompidou Paris

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

La fermière : Il associe des éléments géométriques au réel.

Le second séjour de Miró à Paris, très fertile du point de vue artistique, marqua véritablement un tournant dans son travail. La plupart des historiens qualifient ces années de phase héroïque et déterminante dans sa carrière. Miró assiste en effet aux manifestations dadaïstes, rencontre les surréalistes et cesse peu à peu d’emprunter aux fauves et aux cubistes pour entrer progressivement dans un univers fantastique d’êtres et de symboles.

Joan Miro – Terre labourée (1924) 81 x 65 cm Centre Pompidou Paris

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Terre Labourée, peint entre 1923 et 1924, reprend le thème de La Ferme de 1922, mais cette fois, la réalité a complètement disparu. La comparaison entre les deux styles est significative. Miró a mûri en l’espace de quelques années, et s’est trouvé un style personnel. On y reconnaît la ferme en arrière plan, les arbres et les divers animaux ; mais tous ces éléments sont déformés et refaçonnés selon une forme de fantastique souriant. Le langage pictural de Miró évolue en un système de signes et de couleurs qui traduisent chaque élément de la nature et chargent la moindre chose d’une résonance magique. Stylisation très fantaisiste, très gaie, incohérence au niveau de l’échelle (escargot en bas à droite). Il s’engage dans la voie qui va devenir la sienne, il essaye de transposer le réel en signes.

Que s’est-il passé ? Au contact des écrivains et peintres surréalistes de Paris, Miró a simplement suivi son penchant naturel pour le rêve et l’imagination sans contrainte. Ses toiles sont remplies d’êtres et d’objets qui n’appartiennent qu’à lui.

Miró réalise alors ce qu’il cherchait en 1920: « Je travaille très dur, m’approche d’un art de concept prenant la réalité comme point de départ, jamais comme aboutissement. »

Joan Miro – Le carnaval d’arlequin (1924) 66 x 90,5 cm Albright-Knox Art Gallery, Buffalo

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Le carnaval d’arlequin 1924

Guitariste mécanisé avec tête jaune. On trouve le vocabulaire qu’il va garder : l’échelle, les flammes, les cercles. Il est un des seuls parmi les surréalistes à refuser des drogues ou de l’alcool. Voir un commentaire.

Au delà de toute compréhension anecdotique, ce qui importe, c’est l’évolution formelle de Miró. Le fond des toiles de l’artiste est devenu soit mince et transparent, soit lisse et opaque. Il a renoncé à essayer de montrer un espace réel, ou des choses réelles, et s’inspire directement de la nature et de son imagination.

Le Carnaval d’Arlequin, dont nous possédons l’étude , est considéré comme l’oeuvre majeure de cette période. Cette étude est d’ailleurs la preuve que les peintures de Miró, bien qu’agrémentées d’éléments associatifs ou fortuits, ne sont en général pas le fruit d’un geste automatique ou totalement spontanée. Il continue d’ordonner sur tout un espace clos, des poids et des contrepoids qui prennent ici l’apparence de petites créatures drôles et fantastiques célébrant un carnaval. Certaines figures commencent à être reconnues car récurrentes dans l’oeuvre de l’artiste: un diable, qui jaillit d’un tronc, un poisson, posé sur une table, une échelle, une flamme, des étoiles, des feuilles, des cônes, des cercles, des disques et des lignes.

Rencontre avec Ernst.

Il produisit plus de 100 toiles entre 1922 et 27.

Sa peinture devient une sorte d’écriture automatique

Joan Miro – Tête de fumeur (1925) 100 x 81 cm Collection privée

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Tête de fumeur

Joan Miro – Tête de paysan catalan (1925) 146 x 114,2 cm National Gallery of Art , Washington, DC

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Tête de paysan catalan 1925

Joan Miró est l’exemple même de l’artiste attaché à sa terre natale, génératrice d’émotions créatrices à portée universelle : c’est pourquoi il se revendiqua lui-même comme « Catalan universel ». La ferme familiale de Montroig fut le lieu par excellence où il fit provision de sensations, de formes, de couleurs et de matières consubstantielles à son œuvre. Non seulement les paysages catalans, marqués par l’immensité des ciels et la luxuriance de la végétation, mais aussi les hommes du pays stimulèrent l’inspiration du peintre. Il a créé cette série en réponse à l’interdiction du catalan par Miguel Primo de Rivera.

Joan Miro – Main attrapant un oiseau (1925) 200 x 200 cm Fondation Miro Barcelone

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Main attrapant un oiseau.

Joan Miro – Chien aboyant à la lune (1927) 73 x 92 cm Museum of Art, Philadelphie

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Chien aboyant à la lune

Il réalise des tableaux qui ont la simplicité d’un Haïku.

Joan Miro – Paysage (le lièvre) (1925) 129.6 x 194.6 cm. Solomon R. Guggenheim Museum, New York

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Paysage (le lièvre) 1925 Fond épuré, avec des pointillés.

Pages: 1 2 3

Comments are closed.