Art et nature (saison 1)


Claude Lorrain – Port de mer le matin (1638) huile sur toile 73 x 98 cm Musée de l’hermitage Saint Pétersbourg
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Claude Lorrain adore les effets de lumière lui aussi fait de nombreuses études sur le motif.
Voir également :
un artiste étudiant la nature.
Port de mer le matin avec embarquement de Sainte-Ursule (1641),
le jugement de Pâris.

Mais lui aussi comme Poussin, intègre des sujets bibliques ou mythologiques. Pourquoi ? Parce que, en France, l’Académie des Beaux-Arts a établi au XVIIè siècle un classement hiérarchique des genres, au sommet duquel seules les peintures d’histoire (religieuse au mythologique) sont considérées comme de la grande peinture. Viennent ensuite, le portrait, le paysage, la nature morte et les scènes de genre. Poussin, comme le Lorrain, veulent appartenir à l’élite des peintres.
… ce que Louis Ferdinand Céline a formulé ainsi : « il faut croire Claude Lorrain, les premiers plans d’un tableau sont toujours répugnants, et l’art exige qu’on situe l’intérêt de l’oeuvre dans le lointain, dans l’insaisissable, là où se réfugie le mensonge, ce rêve pris sur le fait, et seul amour des hommes. »

Voir le paysage à Rome vers 1600 – 1650. (Exposition au grand palais en 2011).

Au XVIIè siècle les paysages les plus nouveaux sont les Vedute en Italie, véritables photos en couleur de lieux qu’affectionnent les aristocrates venu faire le Grand Tour en Italie.


Canaletto – Le grand canal et la Salute (1730)
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Canaletto Le Grand Canal de la Salute en 1730 et on sait quel est l’avenir de la peinture de paysage pour touriste !

Entre la Renaissance humaniste, pour qui la nature n’est que le décor des hommes, et les XVIIéme / XVIIIème siècle pour qui, l’homme est inscrit au sein d’une nature qui le dépasse, on perçoit le déplacement philosophique, le changement de point de vue, et de conception du monde.

Le XIXème siècle est aussi riche en rebondissements. Les paysages romantiques mettent l’accent sur les émotions individuelles. En réaction contre le rationalisme du siècle des Lumières, c’est le sentiment qui l’emporte sur l’objectivité.


Caspar David Friedrich – Voyageur au-dessus de la mer de brume (1818) huile sur toile 95 x 75 cm Hambourg Kunsthalle
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Caspar David Friedrich, voyageur au-dessus de la mer de brume, (1818) voir un commentaire.
Voir également :
– Caspar David Friedrich : Femme au soleil couchant (1818)


William Turner, – L’incendie de la Chambre des Lords (1834) huile sur toile, 92,5 x 123 cm Philadelphie, Philadelphia Museum of Art
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Voir un commentaire (ciné club de Caen).

Voir également :
Tempête de neige en mer (1842),
Pluie vapeur vitesse (1844-1842).
Turner introduit un geste nouveau, celui de l’immersion physique dans le paysage, qu’il veut traduire émotionnellement. On sait qu’il s’est en effet, attaché au mât d’un bateau en pleine tempête, qu’il avait fait le trajet Londres / Bristol, la tête hors de la fenêtre du train.

En France, l’école de Barbizon en forêt de Fontainebleau se concentre sur le paysage, mais ne révolutionne pas la tradition.

Par contre Gustave Courbet, connu du grand public pour l’enterrement à Ornans et l’origine du monde, est un paysagiste remarquable qui continue aujourd’hui à inspirer des jeunes peintres.. Cézanne l’admirait, et disait que l’on pouvait sentir l’humidité de la terre dans ses peintures.


Gustave Courbet – Source dans le Jura, (1860)
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Voir également :
Le Ruisseau noir, (1865) Huile sur toile 94 x 135 Musée d’Orsay.
La Roche pourrie, (1864) huile sur toile 60 x 73 cm Salins-les-Bains musée Max Claudet, déposé au Musée de Dole.
La vague, (1869) huile sur toile 71,5 x 116,8 cm Musée des Beaux arts de Lyon.
Paysage de neige dans le Jura avec chevreuil (1866) huile sur toile 60 x 76 cm Troyes, musée d’Art moderne
Indifférent à l’appréciation du salon, Courbet montre à Paris la France rurale, les lieux qu’il aime, les paysages de la Franche-Comté.
C’est lui qui annonce le divorce officiel des jeunes peintres impressionnistes, avec le jury du salon.
Voir les paysages de Franche-Comté de Courbet.

Les paysages impressionnistes mettent l’accent sur des moments lumineux, fugaces, sur la mobilité du paysage.


Pierre-Auguste Renoir – La Grenouillère (1859) huile sur toile 66 × 81 cm national museum de Stockholm
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Pierre-Auguste Renoir, la Grenouillère (1859), voir un commentaire.


Camille Pissarro – Printemps prunier en fleurs (1877) huile sur toile 65,5 × 81 cm Musée d’Orsay
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– Pissarro : printemps prunier en fleurs.

Comme pour Turner, il est important d’insister sur la modernité de la posture de Monet, pour s’immerger dans la nature. Son bateau atelier flottant sur la Seine par exemple, et l’élaboration du jardin de Giverny entièrement conçu pour la peinture, avec ce pont japonisant, qui lui permettait d’abolir la perspective en voyant des Nymphéas du dessus.


Claude Monet – La Seine près de Giverny (1897) huile sur toile 81 x 92 cm Musée des beaux-arts de Boston
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Monet la Seine près de Giverny jusqu’aux grands formats de l’Orangerie qui transforment à la peinture en un véritable environnement.

On revient sur terre avec Félix Vallotton : le ballon est l’une des images de l’enfance parmi les plus émouvante, elle permet d’évoquer le fait qu’on a tous presque, un paysage de la petite enfance qui nous a marqué.

Pour Cézanne ce sont les paysages aixois auxquels il est si attaché, au point que nous voyons avec ses yeux, les pins, la carrière de Bibémus et Sainte-Victoire. Avec lui, c’est une une nouvelle approche du paysage, il travaille sur le motif, imprégné de sensations, mais en construisant touche après touche l’espace de son tableau, il déplace tel ou tel arbre, il avance la Sainte-Victoire : c’est l’espace pictural qui importe, mais qui ne serait rien sans l’immersion sur le motif.
La barque et les baigneurs (1890) au musée de l’Orangerie est une merveilleuse image de l’Eden.

Dans les dernières années de Cézanne, et les années qui ont suivi sa mort (1906), les paysages cézanniens, deviennent lieu de pèlerinage pour des artistes plus jeunes. Le paysage devient le lieu des expérimentations, pour les fauves et les cubistes.

Voir un commentaire Cézanne et le paysage.


André Derain – L’Estaque route tournante (1906) huile sur toile 129,5 x 195 cm Museum of Fine Arts, Houston
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Derain, l’Estaque route tournante, voir un commentaire.
L’émotion recule au profit de l’invention et de nouvelles expériences. Georges Braque le viaduc à L’Estaque (1908).

Pour les avant-gardes, le paysage est un point de départ, dont il va falloir s’affranchir. C’est à partir des paysages de Murnau que Kandinsky élabore peu à peu son abstraction lyrique entre 1909 et 1911.


Vassily Kandinsky – Eglise à Murnau, (1910) 64.7 x 50.2 cm Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich
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Voir également :
Paysage à la tour (1910) Huile sur carton. 75 x 99 cm Centre Georges Pompidou
Improvisation avec formes froides (1914), huile sur toile, Moscou, Galerie d’Etât Tretiakov.

En Hollande, Piet Mondrian a d’abord peint des paysages très figuratifs puis, à partir de deux motifs, un pommier et une église, il arrive progressivement à une abstraction géométrique.


Piet Mondrian – L’arbre rouge, (1909) Huile sur toile 70 x 99 cm Gemeentemuseum La Haye Pays-Bas
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Voir l’évolution :
L’arbre gris, (1911) huile sur toile, 78,5 x 109 cm Musée municipal de La Haye
Pommier en fleurs, (1912) huile sur toile 78 x 106 cm Haags Gementemuseum, La Haye
Composition n°II (1913) huile sur toile 88 x 115 cm Musée Kröller-Müller Pays-Bas

Vasarely ramasse des galets à Belle-Île en 1943 (série Belle-Île, voir image1, image2, image3).

Les surréalistes mettent l’accent sur les mondes inconscients, et sur l’exploration de pratiques mettant en jeu le hasard.
Max Ernst en 1926 découvre le frottage en appliquant une feuille de papier sur les lattes de vieux plancher.


Max Ernst – La forêt (1927) Huile sur toile 70 x 99 cm National Museum Cardiff
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Il fait surgir des arbres et les feuilles, des forêts qui ont sans doute à voir avec les paysages son enfance allemande. Et très vite, il transpose cette idée du frottage en peinture, et réalise une grande série de forêts frontales qui se dressent comme une barrière infranchissable et dans lesquelles souvent il niche des oiseaux.


Max Ernst, Forêt et soleil (Paysage de nuit), 1928

Mais en 1936-37 quand éclate la guerre d’Espagne et que le fascisme menace partout, les forêts de Max Ernst deviennent menaçantes, angoissantes, même si elles s’intitulent comme celle-ci la joie de vivre.


Max Ernst – La joie de vivre (1936) huile sur toile 73.5 x 93 cm Scottish National Gallery of Modern Art Édimbourg
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Et elle n’est plus peuplée d’oiseaux mais elle sert de refuge à un personnage androgyne qui s’y camoufle et tente d’un geste d’attraper un fruit sur un arbre (détail).

La conversion du feu de 1937 intègre un personnage menaçant, inquiétant, et des plantes elles-même ont souffert.

Le paysage devient l’expression métaphorique de la guerre


Max Ernst – L’Europe après la pluie (1940-42) huile sur toile 148,2 x 54,9 cm
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L’Europe après la pluie (1940-42) est un monde en ruines, pétrifié, désolé, asséché, dans lequel hommes et bêtes semblent errer, tout est glauque (voir un détail). Voir un commentaire.

Pour Salvador Dali le paysage de sa vie est celui de port Lligat avec sa plage, ses rochers, la maison de pêcheur qu’il a occupé avec Galla. Et c’est ce paysage qui sert de toile de fond à la plupart de ses œuvres autobiographiques, même lorsqu’il est aux États-Unis ou ailleurs.


La maison de Dali à Port Lligat

Savador Dali – Le spectre du sex-appeal (1934) huile sur panneaux 17,9 x 13,9 cm Musée Salvador Dali de Figueras
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Le spectre du sex-appeal 1934, voir un commentaire.

Voir également :
Dali à 6 ans soulevant avec précaution la peau de l’eau pour observer un chien endormi à l’ombre de la mer (1950) huile sur toile 27 x 34 cm Collection privée.
Dali nu en contemplation devant cinq corps réguliers métamorphosés en corpuscules dans lequel apparaissent soudain la Léda de Léonard chrommostomatisée par le visage de Galla en 1954.

Un artiste indifférent aux modes, aux écoles et aux groupes c’est Pierre Bonnard, qui prolonge l’esthétique impressionniste avec des audaces très personnelles. De sa maison au Cannet où il vit avec Marthe, Bonnard observe le jardin de la fenêtre de son atelier, il peint le grand mimosa.

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