Cours du 16 avril 2018

Claire Tabouret, Guillaume Bresson

Sommaire : Claire Tabouret : Les migrants, les maisons inondées, …

Claire Tabouret est née à Pertuis en 1981. Elle travaille aujourd’hui entre Los Angeles et Paris. Elle a fait l’école des Beaux-Arts de Paris en 2006, puis une année dans une école d’art de New York avec une bourse à la Cooper Union school of art.
Elle dit avoir eu la vocation de la peinture à l’âge de 4 ans lorsque avec ses parents elle a vu les Nymphéas de Monet.

Les bateaux

Après avoir pas mal tâtonné du côté de l’abstraction elle se tourne vers une figuration un peu fantasmatique dans laquelle la quasi monochromie grisâtre laisse percevoir d’abord des bateaux.


Claire Tabouret – Vaisseau fantôme (2008) Acrylique sur toile 46 x 55 cm
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Vaisseau fantôme en 2008. Voir un commentaire.


Claire Tabouret – Saratoga (2008) Acrylique sur toile 195 x 160 cm
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Le Saratoga 2008. C’est un porte-avion américain qui surveillait la révolution des œillets, au Portugal avec sa silhouette menaçante.

Puis, il y a eu une série de barques, de radeaux échoués sur la plage. Ce sont des objets sans leurs occupants.


Claire Tabouret – Le radeau blanc (2011) Acrylique sur toile 195 x 130 cm
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Sur le radeau blanc (2011) les formes blanchâtres sont des sortes de chambre à air évoquant un vieux matelas.
La voile un peu affaissée… c’est une sorte d’allégorie de monument aux victimes de la traversée en mer. Ce sont des images photos de radeaux cubains qui l’ont inspiré. Les radeaux de ces “balseros” (Balsa signifie barque) qui se voient offrir la nationalité américaine s’ils arrivent à faire la traversée.


Claire Tabouret – Cabane (2009) Structure mixte
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Juste avant les radeaux elle a fabriqué de vraies cabanes avec des tissus délavés usagés… mais solides, cousus à gros points. Elle a trempé les toiles imprégnées de peinture dans de l’eau salée. Elles sont structurées par des baguettes de bois… et toujours ces gris-bleus qui lui sont chers.


Claire Tabouret – Radeau (2011) Acrylique sur toile 180 x 250 cm
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Il s’agit de radeaux échoués sur le bord de mer, sur la plage. Voir un commentaire


Claire Tabouret – The peace commission tent (2011) Acrylique sur toile 98 x 120 cm
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Elle a peint aussi des tentes : the peace commission tent, (La tente de la commission de la paix) nourris d’histoire politique.

Sa matière picturale est mate et profonde. Elle commence ses tableaux par un jus d’une couleur très vive, parfois fluo rouge, jaune violet que l’on peut voir sur le bord de la toile. Elle le recouvre ensuite de nuances de gris en acrylique mat, par fines couches successives.
Le regard du spectateur se trouve comme englouti dans cette profondeur.

En 2011 elle a bénéficié d’une résidence d’artiste avec l’association Astrid à Marseille. Elle a grimpé un jour dans un cargo qui faisait la navette avec Alger.
Elle n’a jamais mis les pieds à Alger mais avec l’autorisation de la SNCM elle a pendant 15 jours fait des va-et-vients sur l’eau. C’est là que sont nées les peintures sur les barques de réfugiés navigant dans un espace nocturne.

Les migrants

L’exposition qu’elle présente chez chez Isabelle Gounod en 2012, s’intitule île, elle présente notamment :


Claire Tabouret – Le passeur (2011) Acrylique sur toile 200 x 250 cm
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Pour la première fois apparaît la figure humaine. Alors que le visiteur plonge son regard dans l’obscurité de la toile, il est lui-même observé, renvoyé à sa position de regardeur des drames et des catastrophes qui secouent le monde.
Voir également :
Les solitaires, Acrylique sur toile 180 x 250 cm
Le départ, Acrylique sur toile 180 x 250 cm.
Les forces contraires, Acrylique sur toile 170 x 230 cm.

Voir l’exposition la condition humaine en 2013 à l’espace des Roches.

Les maisons inondées

Elle réalise en 2011 une série sur les maisons inondées.


Claire Tabouret – Maison inondée12 (2011), acrylique, pointe feutre sur papier, 28 x 40 cm
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Ces maisons inondées sont de grands dessins à l’acrylique très dilué sur papier avec beaucoup de superpositions.
Voir également :
Maison inondée13 (2011), acrylique, pointe feutre sur papier, 28 x 40 cm
Maison inondée14 (2011), acrylique, pointe feutre sur papier, 28 x 40 cm

La place de l’eau dans son oeuvre (interview)

Les portraits


Claire Tabouret – Isabelle Eberhardt (2011) Acrylique sur toile 200 x 250 cm
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Une série de portraits qui évoque Isabelle Eberhardt (1877-1904), une écrivaine russe anarchiste qui est née en Suisse, qui avait appris l’arabe et était partie en Algérie ou peu à peu elle s’était transformée en homme. Le général Lyautey disait d’elle “Elle était ce qui m’attire au plus haut point, une réfractaire. Trouver quelqu’un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout, que l’oiseau dans l’espace, quel régal !

Voir d’autres portraits :
Portrait de Isabelle Eberhardt (2)
Portrait de Isabelle Eberhardt (3)

Autoportraits encre de Chine sur papier de riz


Claire Tabouret – Autoportrait du 20 novembre 2012. encre de Chine sur papier de riz – 49 x 33 cm
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La série des autoportraits quasi-quotidiens à l’encre de Chine sur papier de riz a été réalisée en 2012-2013, alors qu’elle était en résidence à Pékin. “Chaque jour j’essaie de trouver un fragment de moi avec cette technique qui déborde constamment les intentions”.
Voir d’autres autoportraits :
Autoportrait (2012) Autoportrait du 2 décembre 2012. encre de Chine sur papier de riz – 49 x 33 cm
Autoportrait (2012) Autoportrait du 7 mars 2013. encre de Chine sur papier de riz – 49 x 33 cm
Voir encore d’autres autoportraits.

Les groupes d’enfants

À partir de 2013 elle se consacre essentiellement au monde de l’enfance. Ils sont apparus à partir de la découverte des boîtes de photos de sa grand-mère. “Dans mes tableaux les enfants viennent soit du monde des morts soit du monde des fantômes soit du monde des enfants.”

Elle les donne à voir totalement uniformisés par la couleur dans une ambiance crépusculaire d’où seuls émergent des visages, tous différents qui nous fixent immobiles.


Claire Tabouret – La classe (2013) Acrylique
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Dans la classe en bas des petits assis en tailleur derrière les autres debout. Souvenir universellement partagé


Claire Tabouret – L’affront (2013) Acrylique
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Dans l’affront, la couleur brun verdâtre renvoie plus encore à un espace-temps indéfinissable mais le titre attire notre attention sur les expressions des 7 garçons : tendus résolus, farouches, et là encore tous individualisés malgré l’uniforme identique.
Voir également : L’affront acrylique sur toile (2013) 145 x 200 cm.


Claire Tabouret – Les insoumis (2013) Acrylique 265 x
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Les insoumis montre des enfants de tout âge filles et garçons tous costumées rassemblés dans une photo de groupe. Le titre, là encore, met l’accent sur l’idée que les enfants, dont la personnalité est encore en formation, ne se réduisent pas au rôle qu’on leur fait jouer : élève, scout, déguisement … Rien n’entrave l’individu dans sa singularité dans ses potentialités d’opposition et aussi de refus. Claire dit avoir puisé dans ses souvenirs d’enfance ce sentiment d’une volonté farouche qu’elle ressentait très jeune en elle.


Claire Tabouret – Les sorcières (2013) Acrylique 265 x
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Les sorcières sont toutes les fillettes à cheveux longs sauf le petit à collerette de pierrot devant au centre. Peut-être est-ce sa perception à lui que les filles sont des sorcières ? Ici le traitement de la couleur accentue ce caractère un peu vénéneux.
Voir d’autres sorcières.


Claire Tabouret – Dans les bois (2013) Acrylique 170 x 230 cm
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Dans les bois : d’autres sorcières, thème animalier cette fois et si la mise en scène se déroule à l’intérieur il s’agit bien de bois de cerf.


Claire Tabouret – Les yeux bandés (2013) Acrylique sur toile – 35 x 27 cm.
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Des portraits individuels d’enfants les yeux bandés jouant à colin-maillard complètent cette série.
Voir d’autres enfants :
Sans voir 1 (2013) acrylique sur toile – 24 x 19 cm.
Sans voir 2 (2013) acrylique sur toile – 24 x 19 cm.

Exposition «Prosôpon», galerie Isabelle Gounod, 2013

Tout ceci a été exposé à la fin de l’année 2013 sous le titre Prosôpon chez Isabelle Gounod. Toute l’exposition raconte la tension entre singularité et emprise du groupe. Prosôpon en grec signifie à la fois visage masque présence apparence.

En exergue dans l’exposition un texte de Pierre Guyotat dans lequel il évoque son enfance et son adolescence, son désir de poésie et d’écriture à une époque où c’était incongru : « La poésie on la faisait en cachette on peignait en cachette on faisait de la musique en cachette… C’était une activité qui se gagnait pour laquelle il fallait trouver des ruses, pour laquelle toute ma vie de collège a trouvé des ruses. Il fallait du reste pratiquement tout cacher et dans l’ensemble c’est un très mauvais souvenir. Ça laisse une vision désordonnée, délétère presque, de cet âge de toute façon terrible qu’est l’adolescence où ce désir de poésie est tellement attaqué par les autorités du moment alors que dans l’enfance vous ressentez comme moi un don du réel ».
« Il est absolument impossible d’obtenir d’un enfant qui rentre dans ses désirs de poésie, d’art, qu’il se soumette déjà. C’est une activité qui apprend l’insoumission. J’ai besoin de la communauté mais je n’ai jamais voulu me soumettre à quoi que ce soit à qui que ce soit ni surtout soumettre qui que ce soit« .

Et pendant cette exposition chez Isabelle Gounod un jour la galeriste est avertie que François Pinault et sa conseillère en collection Caroline Bourgeois annoncent leur visite. Lors de sa visite F. Pinault est convaincu, il achète plusieurs toiles et le fait savoir. Il dit à Claire Tabouret de réaliser une toile inédite qui sera exposée l’année suivante au Palazzo Grassi. Une aventure pareille c’est comme une médaille d’or pour un sportif. La cote de l’artiste qui a été celle d’une débutante grimpe brutalement et atteint des sommets inespérés. L’effet Pinault est immédiat. La toile qu’elle réalise en 2014 pour le Palazzo Grassi c’est les veilleurs.


Claire Tabouret – Les veilleurs (2014) Acrylique sur toile – 35 x 27 cm.
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Le groupe est rythmé par des bâtons blanc comme s’il était prêt à se mettre en ordre de bataille, comme chez Paolo Uccello.

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