Cours du 29 mai 2018

L’art du textile

Sophie Taeuber-Arp, Gunta Stölzl, Anni Albers, Sheila Hicks, Maria Lai, Joana Vasconcelos

Le tactile : de nombreuses expositions sont actuellement autour de ce thème. L’accent a également été mis à la dernière Biennale de Venise.

Que les femmes se soient emparées des pratiques de tissage, broderie, tricot, dans le domaine de l’art n’a rien de surprenant. Si on remonte aux sources mythologiques déjà les Parques tissaient la trame de la vie des hommes et coupaient le fil le moment venu.

Dans la peinture classique il y a énormément d’exemples de femmes à l’ouvrage, comme la Dentellière de Vermeer. De la à exposer cette production artisanale comme de l’art, il y avait un pas à franchir, et ce pas été franchi dans le contexte de dada à Zurich.

À cette époque en 1916 la volonté de ce groupe réfractaire à la guerre, était de ne pas de faire de l’art, mais un non-art, car il considérait que l’art était bourgeois. Pour eux le jeu était de pas utiliser les moyens des Beaux-Arts.

Dans ce groupe il y avait une femme Sophie Taeuber-Arp. Elle a eu l’idée de transposer en tissage les collages que réalisaient ses collègues masculins.

Sophie Taeuber-Arp (1889 – 1943)
Sophie Taeuber, est née le 19 janvier 1889 à Davos, en Suisse. Elle étudie les arts appliqués à Saint-Gall, Munich et Hambourg et, grâce à son amie Mary Wigman, elle découvre la danse d’expression. Elle prendra des cours sous la direction du chorégraphe Rudolf Laban.

Elle s’installe à Zurich en 1915, année où elle rencontre Jean Arp, et participe avec lui au mouvement dada. Son talent de danseuse lui ouvre les portes du Cabaret Voltaire.


Sophie Taeuber-Arp – Tapisserie Dada, (1916) Laine, tapisserie au petit point, 41 x 41 cm Centre Pompidou
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Esthétique des couleurs dadaïste.


Sophie Taeuber-Arp – Sans titre (composition avec carrés, rectangle, cercle et triangles), (1918) broderie en laine, 61 x 62,5 cm, New York, MoMA.
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Ce sont des travaux soit de canevas soit de tissage.


Sophie Taeuber-Arp – Composition Verticale-Horizontale, (1918) trame et chaîne en laine, 93 x 135 cm, Collection Arp, Museum Bahnof Rolandseck.
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À côté de l’abstraction de ces années il y a également un petit côté ethnique. Dès que l’on parle tissage on pense à des sources non occidentales.


Sophie Taeuber-Arp – Costumes inspirés des tenues des indiens Hopi (reconstitution)
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Elle réalise également des costumes dadaïste qui étaient portés par le groupe lors de leurs performances.

Voir d’autres tissages de Sophie Taeuber-Arp.

Lorsque le groupe Dada a quitté Zurich fin 1918, ils se sont retrouvés lors de la fondation du Bauhaus à Weimar. L’enseignement du textile était prévu dans l’organigramme des études, au même titre que le bois, le métal, la pierre, la terre, le verre.

Voir site sur Sophie Taubert-Arp.

L’atelier du Bauhaus était surtout suivi par des femmes. L’une des élèves les plus doués était Gunta Stölzl qui s’était fait remarquer par son inventivité en matière de tissage.

Gunta Stölzl (1897 – 1983)

Elle est née à Munich. Elle s’inscrit à la Kunstgewerbeschule (école des arts appliqués) en 1914, où elle étudie la peinture sur verre, les arts décoratifs et la céramique sous la direction du célèbre réalisateur Richard Riemerschmid. En 1917, ses études ont été interrompues par la guerre et elle s’est portée volontaire pour travailler comme infirmière pour la Croix-Rouge. En 1918, elle s’est replongée dans ses études à la Kunstgewerbeschule de Munich, où elle a participé à la réforme des programmes scolaires. C’est à cette époque qu’elle connu le manifeste du Bauhaus, et fut acceptée dans le cours préparatoire de Johannes Itten.


Gunta Stölzl – Tapis, (1923) Laine sur la trame de chanvre (Longueur du motif 195 cm)
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Au départ cet atelier de tissage était au service de la création de meubles.

Chaise réalisé par Marcel Breuer en 1920, tissus de Gunta Stölzl.


Gunta Stölzl – Tapisserie murale (1928) Laine sur la trame de chanvre (Longueur du motif 195 cm)
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Elle est également remarquable pour son goût d’association de matières (laine viscose, coton, soie etc.).

Voir d’autres œuvres de Gunta Stölzl.

L’atelier de tissage du Bauhaus c’est transporté comme toute l’école de Weimar à Dessau. Elle est devenue alors la responsable de l’atelier. Voir l’histoire de l’atelier de tissage du Bauhaus, partie 1, et partie 2.

Anni Albers (1899 – 1994)

entre au Bauhaus en 1920, elle voulait intégrer la classe d’architecture ou l’atelier verre (dirigé par son futur mari Joseph Albers), cependant les femmes ne pouvaient qu’intégrer l’atelier tissage.
Anni Albers a été une des élèves de Sophie Taeuber-Arp. Elle va devenir célèbre par son inventivité. Elle va devenir aussi célèbre que son mari grâce à l’art textile.

Lorsque le Bauhaus a été fermé par Hitler dans les années 30, une nouvelle aventure commence à aux États-Unis au Black Mountain College, qui est devenu la pépinière de nombreuses artistes.

Dans son travail, Anni Albers s’intéressait principalement à l’abstraction, une idée qu’elle a ensuite promue en tant qu’enseignante au Black Mountain College, avec son mari Joseph Albers.


Anni Albers – Tenture murale (1926)
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Anni Albers – Dessin pour nappe (1930)
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Dans son atelier en 1937 au black mountain college..


Anni Albers – With Verticals (1946), coton et lin, 154,9 x 118,1 cm
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EIle a commencé à tisser des rubans en même temps que du coton.

Et puis avec son mari à la fin des années 30, elle a profité de ces instants libres pour aller visiter le Mexique. L’artisanat traditionnel et la civilisation précolombienne les fascinaient. Ils ont fait de nombreuses photos ils ont séjourné longtemps au Mexique.

Josef Albers disait que le Mexique était la terre promise de l’art abstrait.

Voir également City (1949).

Ces motifs vont avoir une influence sur les tissages d’Anni Albers.


Anni Albers – Under Way (1963), coton, toile de lin, laine, 73,8 x 61,3 cm
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Dans ces années-là l’art textile prend son autonomie et s’affirme à travers la recherche de textures. Il s’agit aussi de réchauffer les architectures modernes qui sont plutôt froides, tout en restant dans l’abstraction.

Voir la fondation Josef et Anni Albers.

Les productions de cette période restent des productions murales et planes. C’est ce qui va changer à partir des années 50 où le textile devient une sculpture, et notamment avec Sheila Hicks qui a été exposée au Centre Pompidou.

Sheila Hicks (née en 1934). Elle est américaine et au cours de sa formation elle avait côtoyé Anni et Josef Albers. Mais elle se destinait surtout à la peinture. Elle a découvert le Pérou et a parcouru également le Mexique où elle a découvert l’artisanat traditionnel. Elle s’est orientée ensuite vers le textile. Elle s’est initiée aux techniques indigènes de tissage.
À l’université de Yale, elle a rédigé une thèse sur les techniques artisanales traditionnelles d’Amérique du Sud.

Elle a choisi de s’installer à Paris dès 1964. Elle a été surtout découverte lors de la dernière Biennale de Venise.


Biennale Arte 2017 – Sheila Hicks

Gigantesque installation de laine avec beaucoup de couleurs.


Sheila Hicks – White letter (1962)
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Ses recherches sur le tissage ont commencé dès 1956 avec ce qu’elle appelle ses Minimes. Ils sont comme des petits tableaux et qui ont été réalisés sur un métier à tisser rudimentaire.


Sheila Hicks – Minimes
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Elle utilise des titres qui renvoient des émotions sur le paysage. Et puis au fil du temps elle a associé des choses assez inattendue des plumes, les boules de papier ligaturées avec du fil. Au début des années 60 elle a vécu au Mexique où elle a travaillé dans un atelier de tissage. Mais ses réalisations à cette époque évoquaient la peinture moderne abstraite.


Sheila Hicks – Mexico (1956-57) 220 x 130 x 3 mm Tate
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Elle cherchait une équivalence avec ce qui se faisait en peinture à cette époque.

Dans les années 70-76 elle a répondu à une commande d’une société américaine, la Fondation Ford, pour décorer la salle de réunion.


Sheila Hicks – Fondation Ford (1966 – 1967) Lin, médaillons en soie et aluminium anodisé 65 x 81 cm
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Elle a conjugué le motif répété du cercle avec de la soie qui apporte de la lumière, des reflets, et aussi un aspect changement suivant l’éclairage.

En 1969 pour Air France elle a réalisé 18 bas-reliefs de soie pour la décoration des avions.


Sheila Hicks – Panneau d’intérieur d’un Boeing 747 d’Air France (1969-1977)
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Conçue pour s’adapter aux contours incurvés du Boeing 747, chaque paroi en fibre a été brodée à la main à l’aide de soie chinoise sauvage, créant ainsi un motif subtilement surélevé et texturé. La série a été exécutée dans le studio de Hicks à Paris pendant huit ans.

Même si ces commandes sont importantes elle ne veut pas être contenue dans le registre de la décoration murale.

À la même époque elle expose au MoMA de New York dans l’exposition Suspensions murales.


Sheila Hicks – Les couteaux (1972)
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Voir d’autres minimes.

Elle veut se confronter aux installations minimalistes de ses collègues masculins, qui réfléchissaient à l’anti-forme. Elle veut créer des formes molles et déstructurées.

En 1971 elle a commencé à présenter son travail en colonnes souples comme des lianes.

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