Cours du 26 mars 2018

Giulia Andreani est née à Venise en 1985, et vit aujourd’hui à Paris.
Elle a fait des études aux Beaux arts de Venise où elle a été consciente d’être coupée du monde de l’art contemporain.
Elle a ensuite poursuivi sa formation à la Sorbonne à Paris où elle a obtenu un master 2 après un mémoire sur l’école de Leipzig.
Elle déclare : »Je voulais comprendre le phénomène de la Nouvelle École qui a permis un retour de la peinture figurative. Comment, dans les années 2000, dans une petite ville allemande, un groupe de jeunes peintres a pu, par un coup de tonnerre médiatique, redonner vie à la peinture et attirer les médias, des galeristes et les grands collectionneurs européens et même américains.
Travailler sur un phénomène d’avant la chute du Mur, né au cœur du bloc soviétique et d’une dictature a été très intéressant particulièrement en raison des contraintes qu’il pouvait y avoir au niveau de l’expression artistique… et politique. Des artistes comme Richter ou Baselitz, qui ont été formés à l’Est et ont ensuite été reconnus à l’Ouest du Rideau de fer, ont dans leur peinture une forme de tension qui témoigne de leur condition de peintre, cela avant qu’ils ne passent à l’Ouest. Leur situation m’a permis de comprendre l’incidence des politiques culturelles qui peuvent peser sur la peinture, en France comme en Europe ».

Elle vit à Paris depuis 2008.
Voir un un entretient avec Giulia Andreani (Point Contemporain, mars 2016)

Elle se définit comme une peintre chercheuse. Elle a fait le choix de la peinture figurative, ses oeuvre sont le fruit de nombreuses recherches d’images d’archives depuis la montée des dictatures jusque dans les années 60.
Elle travaille avec une couleur unique en acrylique le gris de Payne, qui est un mélange de noir, rouge
et bleu, créant une teinte très particulière, entre le chaud et le froid ; une teinte un peu magnétique qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer le côté miroité des anciens daguerréotypes et des vieilles photos.
Elles exploite des documents photographiques très divers (documents historiques ou archives personnelles).
Elle s’intéresse souvent à des groupes humains qui fuient la misère ou la guerre.


Giulia Andreani – Babochka (2011) Acrylique sur toile 194 × 145 cm
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Babochka (2011) Groupe de gens des pays de l’est (?), peinture acrylique très diluée, qu’elle applique presque comme de l’aquarelle sur une toile de coton, recherchant à la fois les effets de matières, d’ombres, de coulures et un effacement permanent.

Elle utilise également de vieux albums de famille.


Giulia Andreani – Tout va bien (2011) aquarelle sur papier, 48 x 36 cm
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Tout va bien 2011.

Série : Histoire des pouvoirs


Giulia Andreani – Les histoires d’amour finissent mal en général (2011) acrylique sur toile, 146 x 114 cm
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Les histoires d’amour finissent mal en général (2011). Rencontre Gorbatchev Honecker pour le dernier anniversaire de la RDA, à partir d’une photographie de 1989.


Giulia Andreani – Love me tender (West side) 2012, acrylique sur toile, 100 x 80 cm
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Rencontre Kissinger Pinochet à partir d’une photographie de 1976.

Voir également :
Love me tenter (East side) (2012) acrylique sur toile, 100 x 80 cm rencontre Nixon et Mao.

Elle utilise des images d’archives dont elle fait des allégories.


Giulia Andreani – If I fail he dies (2011) acrylique sur toile 146 x 114 cm
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If I fail he died (2011) Si j’échoue, il meure. A partir d’une photo de la croix rouge prise durant l’épidémie de grippe espagnole de 1918. Mais les infirmières manipulent des billets de banque, elles sauvent ainsi les guerres financières et les crises économiques.


Giulia Andreani – Les sept sœurs (2011) acrylique sur toile, 100 x 80 cm
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Les sept sœurs 2011. Un groupe de femmes avance joyeusement, tandis qu’en arrière plan fume la cheminée d’une raffinerie
Allégorie du cartel des sept sœurs créé en 1928 entre sept compagnies de pétrole internationales, qui se sont partagées le marché.

Série : Follow the white rabbit
En 2011 – 2013 elle réalise une série sur Follow the white rabbit (suivre le lapin blanc).


Giulia Andreani – Follow the White Rabbit (2011) acrylique sur toile, 60 x 81 cm
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Follow the white rabbit. Elle est partie de photos de dignitaires nazis qu’elle a affublées de masques en cartons faits de pliages.

Une de ses héroïnes personnelles est Hannah Höch (qui avait été, à son époque, une victime de la domination des hommes) affublait ses personnages de masques dans ses collages.


Giulia Andreani – Forever Young (2012) Acrylique sur toile 27 × 35 cm chacun
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Forever young portraits de dictateurs réalisés à partir de photographies de jeunesse. Derrière l’apparente candeur et fierté de jeunes hommes, se cachent les visages des futurs dictateurs du monde contemporain (Staline, Mao, Franco, Salazar, Mussolini, Hitler, Pol Pot).

Je vous ordonne de m’aimer est le pendant féminin, les femmes de dictateurs.


Giulia Andreani – Daddy #1 (2012) acrylique sur toile, 130 x 97 cm,
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Daddy #1 (2012), elle représente les généraux d’Hitler en bons pères de famille. Elle introduit dans ses images ce trouble qu’en digne germanophile, elle appelle ‘Unhelmlich’. Cette inquiétante étrangeté, banalité du mal qu’elle souligne de son pinceau bleu délavé, qui révèle autant qu’il efface. » (Emmanuelle Lequeux)

Richter avait eu une démarche analogue. Elle se sent un peu la petite fille de Gerhard Richter et de Hannah Höch. Elle a fait ce travail car elle avait vu Hannah Arendt qui s’était beaucoup interrogée sur la question de la banalité du mal.


Giulia Andreani – Groupe de partisans yougoslaves (2012) Acrylique sur toile — 200 × 146 cm
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Groupe de partisans yougoslaves 2012 personnage plus sombre au centre, l’arbre lui fait une couronne.

Série : Femmes résistantes sous l’occupation


Giulia Andreani – Résistantes grecques (2012) aquarelle sur papier 36 x 48 cm
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Voir également d’autres aquarelles sur papier :
Maquisarde (2012)
MRN017 (Femme au fusil) (2013)
I shot him down (2012)

Série : Les momies de la crypte des capucins
« L’Italie, qu’elle a quittée depuis trois ans, est pour elle un pays tragi-comique, où tout le monde porte un masque, comme dans le théâtre pirandellien. C’est dans cette perspective qu’elle consacre une série aux momies des catacombes capucines de Palerme, parfaitement conservées, habillées comme pour sortir, dans des attitudes très théâtrales. » (Léa Bismuth 2012)


Giulia Andreani – La cripta dei Cappuccini (2011) aquarelle sur papier 12,5 x 18 cm
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Momies de la crypte des capucins à Palerme.

Voir également :

Momies de Palerme IX (l’engueulade) (2012)

«Les femmes, souvent restées dans l’ombre du pouvoir, réapparaissent dans ses peintures aussi discrètes et séduisantes que dangereuses».


Giulia Andreani – L.E.F. (2012) acrylique sur toile, 130 x 97 cm CP Montrouge
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La toile intitulée L.E.F Liberté Egalité Fraternité (2012) présente trois femmes paradant, jambes et bras en l’air. Elles portent des chapeaux sur lesquels sont inscrites les devises Liberté, Egalité, Fraternité (avec derrière écrit « No exit »). Elles incarnent la structure de la République française, qui aux yeux de l’artiste s’effondre du fait de la montée de mouvements xénophobes. La Liberté est amputée de son pied, l’Egalité est privée d’un œil et le bras droit de la Fraternité est coupé.
C’est la structure même de la république française qui est fragilisée par les peurs et le repli sur soi et le nationalisme. (Guilia Andreani)

Elle a été invitée au 57e Salon d’art contemporain de Montrouge, une exposition collective, qui a donné un coup d’accélérateur pour sa carrière.


Giulia Andreani – The first day (2013) aquarelle sur papier, 22 x 30 cm
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The first day (2013) à partir de photos familiales ou d’images de film.

Un beau jour (2013) à partir d’images de film.
The end of the fun (2013).

«Son travail aime à croiser le ‘‘néoréalisme tragi-comique de Pietro Germi, l’hypermaniérisme politisé de Pier Paolo Pasolini, les lumières décadentes de Luchino Visconti’’, tout en puisant dans l’univers des figures déformées et clownesques des collages d’Hannah Höch et des peintures de Gerhard Richter. Chacune de ses toiles laisse transparaître une véritable recherche sur la graphie de la lumière, l’inachevé, le vide, le blanc, le transparent, le fantasme autour de la photographie» (Christine Ithurbide)


Giulia Andreani – Margaret Thatcher (2013) aquarelle sur papier 12,5 x 18 cm
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Elle réalise en 2013 le portrait de Margaret Thatcher tenant sous ses bras deux nouveaux nés emmaillotés. Son visage est crispé, son sourire est forcé. La dame de fer n’est apparemment pas sensible à la venue au monde des futurs citoyens britanniques.

Après le salon de Montrouge, elle a été sollicitée pour participer en 2014 à une exposition en commémoration de la guerre de 1914. Exposition qui s’intitulait « Ligne de front » organisée par es communes de l’Artois (très affectées par la première guerre mondiale).

« J’ai voulu me concentrer sur le changement que cette guerre a apporté au niveau de la prise de conscience des femmes de leur manque de place dans la société. Ces femmes ont initié, sans le savoir, une mutation au sein de la société française. »

Voir interview complète.


Giulia Andreani – Cheminotes (2014) acrylique sur toile, 240 x 200 cm
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Voir également :
Maire (2014)
Uniforme français (2014). Elle a déguisé des femmes avec des uniformes de soldats

« Ces visages de femmes parfois couverts de masques à gaz, sous le bandeau de la croix rouge, un casque de pompier ou un chapeau de cheminotes réveillent pour moi cette mémoire oubliée et fonctionnent comme les germes de l’émancipation des femmes.» (Giulia Andreani)

Voir Giulia Andreani la peinture post historique


Giulia Andreani – La concierge (2014) acrylique sur toile, 240 x 200 cm
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La concierge (2014) réalisée à partir des archives de la ville de Montrouge.
Voir un commentaire.

Exposition (non) si passa la frontiera
« Elle poursuit les parcours d’anonymes qui pendant ou après la seconde guerre mondiale, ont traversé leurs pays pour en rejoindre d’autres. Peintures et aquarelles retracent la vie d’Eduardo Cosimo Cammilleri qui s’est installé en France après avoir fui l’Italie de Mussolini »


Giulia Andreani – Eduardo Cosimo Cammilleri (enterrement de vie de garçon), 2013, acrylique sur toile, 200 x 145 cm
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Enterrement de vie de garçon
Eduardo Cosimo Cammilleri, engagé dans la Légion étrangère, est allé en Indochine.
Eduardo Cosimo Cammilleri (Déguisement avec Rose), 2012. Il est déguisé en femme enceinte avec son épouse Rose en costume d’homme.


Giulia Andreani – Miss Europa (2014) acrylique sur toile, 200 x 145 cm
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Miss Europa 2014. Autre allégorie. la représentante de la Grèce est à terre dans l’indifférence des autres. En creux, l’artiste réalise le portrait d’une Europe affaiblie par un manque de cohérence politique et par la crise économique. Elle retourne ainsi les images de propagande pour en faire de véritables instruments critiques envers des sociétés qui ne semblent pas avoir retenu les leçons de leur propre Histoire.


Giulia Andreani – 2’24’ Le chemin (2014) acrylique sur toile 150 x 200 cm
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2’24 le chemin montage avec des archives différentes de migrants


Entretien avec Giulia Andreani

Série : FOM (2014-2015)
SÉRIE FOM (2014-2015)
F.O.M. Family of Man titre d’une exposition au MoMA en 1955, sous la direction de Edward Steichen qui avait rassemblé 503 photos de famille de 273 auteurs originaires de 69 pays, montrant la sérénité après la guerre.

Guilia Andreoni a remarqué les grandes différences l’origine des pays.
Elle a repris les photos de l’exposition du MoMA, et elle a inventé des proximités improbables en introduisant des liens fictifs. Les intrus sont encadrés.


Giulia Andreani – F.O.M. (2015) acrylique sur toile 150 x 200 cm
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