Cours du 16 janvier

Robert Combas

Sommaire : Scènes de genre « sétoises » 1981-1986, Les bagarres, les batailles et les guerres 1978- 2016…

Robert Combas (né en 1957)
Il a surgit sur la scène de l’art au début des années 80, avec quelques copains de sa génération, et pour eux, on forgé l’appellation de « figuration libre » (le mot avait été inventé par Ben). Libre de quoi ? De capter toutes les influences, de faire une peinture « rigolote et décontractée », et surtout de s’affranchir des dictas de l’institution et des écoles d’art (ils sont fascinés à l’époque par les démarches d’art conceptuelles). Dans ce contexte, en France, on admet la fin de la peinture figurative, et l’art connait une inflation du « discours » sans précédent.
Cependant, rien dans les premiers travaux de ces jeunes gens, ne laissait présager une carrière longue ! Combas est l’un de ceux qui a fait ses preuves car, la suite de son parcours est assez impressionnante en quantité mais aussi en qualité.

Robert Combas est né et a grandi à Sète, dans une famille modeste de six enfants. Son père était ouvrier et sa mère faisait des ménages. Le père militait au parti communiste et avait un immense respect pour la culture. Robert, après le lycée a été pendant un an aux beaux arts de Sète, puis pendant cinq ans aux beaux arts de Montpellier, jusqu’à l’obtention de son diplôme. Lorsqu’il a passé son diplôme de peinture, Bernard Ceysson (directeur du musée de St Etienne) était à son jury et lui a proposé de participer à une exposition intitulée « après le classicisme« . C’est à cette exposition qu’il a été remarque par Bischofberger, Daniel Templon … Il est alors « monté à Paris », c’était en 1981…

Voir une affiche Les démodés, son groupe de rock punk qui se produisait à Sète et dans tous le Languedoc.


Robert Combas – Rencontre entre Mickey et Tintin (1977)
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Rencontre entre Mickey et Tintin (1977)

Membre du fan club Mickey (1978)

Mickey appartient à tout le monde (1978)

Malgré les grands formats, ces travaux qui datent des années des beaux arts montrent le rattachement à l’enfance et l’intégration de l’écrit dans l’image. Une écriture volontairement gauche, avec des pseudo-fautes d’orthographe. Bref, la volonté de tourner le dos à la culture.


Robert Combas – Tintaine et Nickey ont volé la pipe du capitaine Hard Rock (2009)! C’est dégueulasse !
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En 2009, Tintaine et Nickey ont volé la pipe du capitaine Hard Rock, montre que la pratique a mûri, mais que le goût de l’écrit et les jeux de mots sont toujours là.


Robert Combas – Nickey (2002)
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En 2002, Mickey est devenu Nickey et il incarne la violence, et l’argent tout puissant.

De même Tom et Jerry (1981), montre des personnages triangulaires, qu’il utilisera fréquemment par la suite.


Robert Combas – Sur la route de Mèze (1983)
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Robert Combas – Sur la route de Mèze (1983) acrylique sur toile de 246 cm appartient à la collection Lambert, on retrouve les caricatures triangulaires, ainsi que l’inscription d’un petit récit en bas à droite :
« Sur la route de Mèze, y avait un canonier qui se ramait les fesses, les fesses et les boulets.« 

Une narration de type BD, un humour de type potache, et la volonté de s’affirmer comme un enfant du Languedoc : »Quand je suis arrivé à Paris, je me suis senti plus sétois que de coutume. Peut-être parce que je viens d’une ville où l’on parle beaucoup et qu’ici, je n’ai jamais réussi à me lier avec les gens. Et le seul endroit où j’allais me balader au début, c’était à Barbès. Je me retrouvais un peu chez moi avec cette ambiance méditerranéenne. »


Robert Combas – Triangle en chemise avec voiture à roulettes qui fait la course contre des oiseaux missiles, une ombre et un indigène à grande gueule, 1984
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Autre personnage triangulaire : Triangle en chemise (1984). Là le texte n’est pas inscrit dans l’image, mais fait parti du cartel. Il affirme que l’image raconte une histoire, et une histoire infantile, immature, « pour se faire rire et faire rire les copains«  dit-il.

« Dans l’art, on pensait qu’il était impossible de faire quelque chose qu’on ne puisse pas analyser. Aux beaux arts c’était comme ça et j’ai voulu prouver le contraire.. »

Il expose à New York chez Léo Castelli en 1984.

Présentation du travail par thèmes, sachant qu’ainsi on peut repérer les évolutions stylistiques, et parce que Combas est sans doute le peintre qui a traité le plus de thèmes différents. « Ma différence, dit-il, c’est que je peux tout peindre ! »

Scènes de genre « sétoises » 1981-1986

S’affirmer comme un enfant du sud de la France prolétaire, c’est aussi une façon de provoquer le bon goût.


Robert Combas – Hamed, travailleur immigré entreprend son patron sérieusement (1984)
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Hamed, travailleur immigré entreprend son patron sérieusement (1984), crayons de couleur, et peinture sur papier (50 x 65 cm)

… et puis dans le sud, quand on s’engueule c’est avec un vocabulaire choisi ! « Con de sa mère, con de sa race, (peinture bordel) »


Robert Combas – Le jeu du bouffe pédé (1984)
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Le jeu du bouffe pédé (1984) dont le texte est inscrit en blanc sur noir. « Le jeu consiste à bouffer, j’ai bien dit bouffer, pas manger. S’il y arrive, il gagne un gros argent, s’il perd, il se fait trancher la tête. Vu l’évolution des mœurs, ce jeu sera peut-être célèbre à l’an 2000. »


Robert Combas – Streap Poker (1984)
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par contre pour Streap Poker, le texte est fourni avec le cartel.
« Je jeu consiste à changer l’argent du jeu par des enlèvements de vêtements. Chaque fois que l’on perd, on enlève une chaussure, puis l’autre, puis sa chemise etc. Sur la peinture, c’est la grosse Rosa qui a perdu le plus, mais tout le monde est à poil. La différence, c’est que Rosa, elle a perdu même les poils de sa couaille. Les autres, ils continuent. Jusqu’où iront-ils ? Rosa, c’est en haut à gauche, (le tronc uniquement) je vous ai évité la tête, parce que vous comprendriez pourquoi personne ne l’a baisée. Note : En général quand une personne a tout perdu ses vêtements, elle part en se faisant enfiler par qui veut. Mais Rosa pas. »


Robert Combas – Mon oncle Louison (1984)
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Mon oncle Louison (1984)
« Mon oncle Louison se prend une mecque avec deux copains qui lui font raquer sa paye d’ouvrier travailleur chez Vetter et fils, coopérative de bois, troncs et planches en tout genre etc. Un mecque c’est une cuite. »


Robert Combas – Les compagnons de la buvette (1986)
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Les compagnons de la buvette (1986)
« Jojo et Mattéo sont en pleine beuverie de samedi après midi. Pas de fille avant ce soir, tous les bars d’en ville, 3 ou 4 rues en tout, 15 bars. Jojo est au ballon, Mattéo à la Heincken. ils ont déjà bu 10 verres chacun, ils commencent à être joyeux. Ils se remémorent des chansons du bon vieux temps. Vl’an passe moi l’éponge, Sur le plancher des vache, Tiens voilà du boudin, la chanson de la Légion où Mattéo a passé quatre ans. Jojo lui est allé en Indochine pendant les événements que l’on sait. A la fin de la journée, il faudra qu’ils boivent autant de kawas salés pour dessaouler, pour recommencer le soir en boite à Palavas les Muges, si ils ne se tuent pas en route, ils reviendront se coucher à six heures bien amarrés à leur lit… et demain dimanche banco jusqu’à huit heures pas plus, parce que lundi y a travail à l’atelier de peinture sur chatte frisée. »

Remarquer la place de la signature et de la date et les différents registres de figuration, en strates horizontales.

Les spaghettis à l’ayoli (1986)


Robert Combas – Jojo et Maman font de l’aviron (1986)
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Jojo et Maman font de l’aviron (1986).
« Ils ont décidé de traverser le canal du midi en large et en travers. Comme ils ont averti les journaux, il y a du monde au portillon pour les regarder partir. Et comme ils sont exhibitionnistes maman est coiffée avec un chapeau en forme de château car il est patronné par CTDCT, la compagnie touristique des châteaux Toscars. Jojo lui, porte les couleurs d’une marque de bateau grec genre Onassis et compagnie. S’ils arrivent à traverser le canal en large et en travers, ils auront réussi un record, ils seront adulés par les foules, et ils auront gagné la gloire d’avoir fait quelque chose que personne encore avait déjà fait. Y a de quoi être content, y a plein de filles qui leur offriront des fleurs. Le président leur enverra un télégramme de félicitation. Le pape dira une messe en chinois et une chorale de suisses leur sifflera la Marseillaise en levant un pied en l’air et en se caressant le ventre en même temps. »


Robert Combas – Greatest hit’s (1986)
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En 1986 Greatest hit’s du monde de Combas évoque le petit monde des critiques d’art et des galeristes.
« Bègue en entrelard à gauche de la toile entre Jean Louis Lamarche Lepen (pour J.L. Lamarche Vadet critique d’art) et Fragonard. En même temps qu’ils se roulent les pètes, Jean Louis pratique une césarienne à Paulette avec une lance ayant servi à Delacroix pour peindre une bataille. Le tueur de Folon (petit fils de l’homme au masque de fer) raconte à qui veut bien l’écouter qu’il a pêché un congre gros « com’aquo » (patois du Sud de la France). Yvon Lambert fait le cheval à poil et porte sur son dos son futur gendre qui se prend pour un soldat avec une lance. Otto Hahn est content, il vient d’être transformé en sculpture vivante avec casquette par le magicien d’Oz. »

Avec ses personnages grotesques, excessifs, caricaturaux et ses inscriptions en style argotique, il tient une chronique mi-sociale, mi-autobiographique en revendiquant ses origines populaires. C’est brutal, obscène parfois : il fait un pied de nez au bon goût, à cette obsession de la pureté que revendiquaient les minimalistes, et remplace les discours subtils des conceptuels par des récits idiots. Et ce n’est pas par manque de formation, c’est par rejet des codes qu’on lui a enseigné.

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