Cours du 12 janvier 2015

Les nouveaux réalistes

Sommaire :
Raymond Hains, Jacques Mahé de la Villeglé, François Dufrêne, Arman, Daniel Spoerri

Le nouveau réalisme

C’est un regroupement d’artistes autour du critique Pierre Restany. Le mouvement s’est annoncé par un manifeste publié en avril 1960 à Milan à l’occasion d’une exposition à la galerie Apollinaire.
Dans ce manifeste, Restany évoque la recherche d’une « aventure du réel perçue en soi« . Les nouveaux réalistes considèrent le monde « comme un tableau dont ils s’approprient des fragments dotés d’universelle signifiance. »
Le groupe a bénéficié au départ de la clébrité d’Yves Klein. Les premiers décollagistes étaient : Hains, Villegé, Dufrêne, Arman, Spoerri, Raysee, Tinguely et César. Niki de Saint Phalle, Christo et Deschamps se joignent ensuite au groupe.
Les décollagistes, estiment que leur geste est duchampien (cf. le ready made).

Raymond Hains (1926 – 2005)

C’est un breton formé à l’école des beaux arts de Rennes. Il s’est d’abord intéressé à la photographie, en imaginant de capter le réel à travers des verres cannelés (qu’il appelait procédé hypnagogique).


Raymond Hains – Photographie hypnagogique, (1947)
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En 1952 il réalise avec son ami Jacques Villegé Hépérile éclaté. Ils éclatent la typographie d’un livre publié trois ans auparavant par Camille Bryen. Le texte est passé au travers d’un hypnagogoscope, qui le déforme.
Bryen dira : « Voici le premier poème à dé-lire. »
Lire interview de Hains.

En 1949, il réalise Ach Alma Manetro avec Villegé. C’est le premier dé-collage.
Le titre provient des lettres illisibles qui forment un poème involontaire. Ce n’est pas vraiment un décollage, les morceaux ont été ramassés séparément et recollés ensemble, jusqu’à l’obtention d’une sorte de « tapisserie de Bayeux des temps modernes. »

En 1949 M a été réalisé de la même façon.


Raymond Hains – M, (1949) 52 x 115 cm
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Hains va ensuite poursuivre son œuvre avec une vingtaine de posters regroupés sous le titre de « La France déchirée » (série d’affiches politiques collectées entre 1949 et 1961). Le conflit en Algérie est très présent dans cette série. C’est un véritable geste d’appropriation du réel, l’artiste intervient très peu, sinon dans le choix, la sélection et du recadrage.

Voir d’autres oeuvres de R. Hains.


Raymond Hains

Jacques Mahé de la Villeglé (né en 1926)
Jacques Villeglé étudie la peinture et le dessin à l’école des beaux-arts de Rennes où il fait la connaissance de Raymond Hains (1945), avec qui il liera une complicité définitive. Il travaille quelque temps chez un architecte, où il se familiarise avec les questions d’urbanisme et d’espace public, avant d’étudier l’architecture aux beaux-arts de Nantes (janvier 1947-décembre 1949). Dès 1947, il se met à récolter à Saint-Malo des débris du Mur de l’Atlantique, qu’il regarde comme des sculptures, il réalise l' »Archéologie de la rue« , en « prenant l’affiche, je prends l’histoire« .


Jacques de La Villeglé – ABC (1959) 150,4 x 188,7 cm Centre Pompidou
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ABC 1959. Voir un commentaire.

Les images forment des séries : les politiques, les mots, les personnages, les abstractions …


Jacques de La Villeglé – La présidentielle (1981)
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Voir l‘exposition au centre Pompidou en 2008.


Jacques de La Villeglé – Rues Desprez et Vercingétorix, La Femme, 1966. Museum Ludwig, Cologne, Allemagne
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Voir le site de Jacques Villeglé.


Jacques Villéglé parlant de son ami Raymond Hains

Voir un commentaire sur l’oeuvre de Jacques Villéglé.

François Dufrêne (1930 – 1982)
Il a découvert en 1957, les affiches lacérées par les passants, il les gratte, les humidifie pour exalter la matérialité du papier et parfois pour laisser apparaître l’envers des mots. Il expose dès 1959 dans le cadre de la première biennale de Paris.


François Dufrêne – Vive Aldi (1971)
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François Dufrêne – A Raymond Hains (1960), 92 x 73 cm Collection G. Dufrêne
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Exposition François Dufrêne sur les dessous (2010).
Dossier François Dufrêne au Centre Pompidou.

Arman (1928 – 2005)
Compagnon de la première heure d’Yves Klein, Armand Fernandez était le fils d’un marchand de meubles et d’antiquités d’origine espagnole. Il est doué pour la peinture et après le bac, fait les arts déco de Nice, puis l’école du Louvre à Paris.
En 1957, il signe ses toiles de son seul prénom (pour faire comme Van Gogh) et abandonne le d en 1958.
Globalement son œuvre porte sur les objets (surconsommation, sacralisation, déchets, destructions).

En 1956, il réalise les « cachets ».
Il pratique une peinture abstraite inspirée par Poliakoff et de Staël. Alors qu’il travaille dans la boutique de meubles de son père, le jeune artiste a l’idée d’employer les divers tampons encreurs à sa disposition pour appliquer des empreintes sur des feuilles de papier. Tantôt composé comme des typographies dada, tantôt all over, saturant la surface. Il a commencé à les montrer, et Restany lui conseille de les réaliser en grandes dimensions.


Arman – Cachets (1954)
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Arman – Cachets (1957)
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Voir d’autres cachets.

Arman s’est intéressé aux travaux de Pierre Schaeffer, fondateur du GRM (groupe de recherches musicales), qui vient d’inventer au début des années 1950, des appareils permettant d’étirer les sons ; il enregistre des sons obtenus à partir de divers objets, les transforme et nomme ces objets musicaux des « objets sonores » ou « allures d’objets ». Arman imagine à son tour, des « allures d’objets » en peinture, en utilisant toutes sortes d’objets pouvant laisser des traces intéressantes: oeufs, bouteilles, chaussures, ressorts, colliers, etc…
A partir de 1958, il réalise donc des Allures d’objets qui reprennent l’idée de traces introduisant du mouvement. Il enduit les objets de peinture et les fait rouler sur la toile.


Arman – Allures d’objets (1958)
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A partir de 1959 – 60, il réalise les poubelles. Saturation, profusion d’éléments rassemblés dans des caissons de plexiglas qui soulignent le caractère périssable des produits de notre société d’abondance .
« Dans les inutilisés, un moyen d’expression attire tout particulièrement mon attention et mes soins ; il s’agit des accumulations, c’est-à-dire la multiplication et le blocage dans un volume correspondant à la forme, au nombre et à la dimension des objets manufacturés. »


Arman – Poubelle (1960)
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