Cours du 3 juin 2013


Les frères Chapman (1911-2010)
Jake et Dinos Chapman sont deux frères, artistes britanniques, nés en 1962 et 1966. Après leurs études au Royal College of Art , ils sont devenus les assistants du duo célèbre Gilbert & George.
Au début des années 90, ils ont marqué la scène artistique avec leurs mannequins (en fibre de verre et résine) représentant des enfants mutants nus avec de multiples sexes et orifices sur le corps. Alors que ces réalisations faisaient polémique (elles ont parfois été censurées), eux affirmaient pratiquer, tout comme les artistes conceptuels ou minimalistes, une « esthétique de l’indifférence« . Ils disent que leur propos est double : d’une part évoquer la possibilité de manipulations génétiques totalement libres, d’autres part affirmer que les enfants aussi ont une sexualité.

1996: » Zygotic acceleration, biogenetic  »


Les frères Chapman – Zygotic acceleration, biogenetic (1996) Fibre de verre, résine et peinture 150 x 180 x 140 cm
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On peut relier leur travail à celui de Bellmer par l’usage des mannequins d’enfants


Les frères Chapman – Les deux frères
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Les frères Chapman ont aussi réalisé en 3D une scène horrible de pendaison et de décapitation…dont on découvre assez vite qu’il s’agit de matérialiser l’une des gravures de Goya dans la série des « Désastres de la guerre« . Goya avait fait cette série de gravures à l’époque de la guerre entre Français et Espagnols pour dénoncer le fait que pendant des siècles les artistes avaient « héroïsé » la guerre , en lui conférant une certaine noblesse, alors que lui voulait témoigner concrètement des scènes d’horreur auxquelles il avait assisté.
Voir la série des  » Désastres de la guerre ».

A Venise, collection Pinault à la Pointe de la Douane, l’installation « Fucking Hell » (l’Enfer) qui se compose de 7 grandes vitrines disposées en forme de croix gammée et dont le sujet est l’holocauste.


Les frères Chapman – Fucking Hell (1999)
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A l’intérieur il y a des milliers de personnages de la taille de minuscules soldats de plomb, dont beaucoup portent des casques allemands. Il s’agit de la reconstitution en volume d’images terribles de la guerre et des camps, auxquelles se mêlent des détails anachroniques, voire surréalistes. Dans chacune des vitrines, au milieu de la foule, il y a un petit Hitler, chaque fois occupé à autre chose…

Voir le site des frères Chapman.

Louise Bourgeois (1911-2010)
Louise Bourgeois est une très grande dame de la sculpture. Née en France, elle a fait toute sa carrière aux Etats-Unis, où son travail n’a été reconnu qu’à partir des années 70.
Le plus fort point commun qui la relie à Hans Bellmer c’est qu’elle a bâti toute son œuvre sur la nostalgie et les traumatismes de son enfance.
A Choisy le Roi, ses parents étaient restaurateurs de tapisseries anciennes, elle a grandi entre la maison et l’atelier de tissage.
Enfant, dès l’âge de dix ans, elle remarque que sa nounou anglaise est la maîtresse de son père et que sa mère ferme les yeux. Elle dira plus tard s’être sentie pendant des années rabaissée et humiliée par la façon dont son père exhibait en famille sa virilité toute puissante.
Après son bac au lycée Fénelon, elle fait des études de mathématiques supérieures à la Sorbonne, puis s’oriente vers les Beaux-Arts et vers l’Ecole du Louvre; (parmi ses profs, entre autres, Fernand Léger).
En 1937, elle rencontre un historien d’art américain Robert Goldwater (1907-1973) qu’elle épouse et qui l’emmène vivre à New-York. Là elle fréquente les surréalistes en exil et pratique la sculpture.
Son œuvre est pleine de tendresse, de malice et de colère, car elle dit s’exprimer à partir des émotions d’une enfance faite de magie, de mystère et de drame.
Il y deux formes récurrentes dans son travail : le phallus (qu’elle appelle « fillette ») et l’araignée (qu’elle appelle  » maman »).

Essai d’interprétation : Louise Bourgeois et l’œuvre « Fillette ».


Louise Bourgeois – Maman Musée Guggenheim Bilbao (1999)
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Sur la photo prise par Robert Mapplethorpe, on la voit portant sous son bras « fillette ». Elle ne sculpte pas le sexe masculin avec des fantasmes castrateurs, c’est plus ambigu que ça ! elle qui a vécu entourée d’hommes (elle a eu 3 fils) dit avec humour que, même si elle a développé une immense rancune envers son père, le sexe est fragile et mérite des attentions. Quant à l’araignée (maman), c’est, dit-elle, « ma meilleure amie, intelligente, propre, utile, raisonnable, indispensable comme une araignée« …et elle renvoie aussi bien sûr au métier: celle qui tisse.
C’est la force de certains artistes de pouvoir retourner le sens commun symboliquement attaché à une forme, comme ici l’araignée traditionnellement répulsive qui devient protectrice.

« Precious Liquids » 1992, est l’une des installations qui renvoie le plus clairement aux traumatismes de l’enfance. C’est un réservoir d’eau en bois de cèdre, comme il y en a sur les toits de certaines maisons à New-York. Il est cerclé de métal, avec une inscription:  » l’art est une garantie de santé mentale« .
Le spectateur est invité à pénétrer à l’intérieur, où il y a du métal, du verre, des tissus, de l’albâtre, de l’eau et des boules de caoutchouc.
A l’intérieur en effet, un lit métallique, sans sommier ni matelas, mais avec une d’eau reliée à un grand dispositif de formes en verre, métaphores des larmes, de la sueur… bref des émotions de la petite fille dans sa chambre, entendant les bruits de la chambre voisine sans doute.
En face du lit, un grand manteau d’homme, noir, accroché à un cintre, avec à l’intérieur un vêtement de fillette, et à ses pieds… 2 grosses boules de caoutchouc.
Ecouter une conférence audio sur l’oeuvre Précious liquid (1992) au Centre Pompidou.


Louise Bourgeois – Femme maison
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Louise Bourgeois femme maison est le titre d’un ouvrage de Jean Frémon consacré aux dessins si particuliers de Louise Bourgeois.
« À la fin de sa vie, Louise Bourgeois fait l’inventaire des maisons qu’elle a connues » explique Jacques-Louis Binet. Mais avec une particularité : elles sont représentées à chaque fois comme encadrant partiellement ou totalement des têtes de femmes.


Louise Bourgeois – Femme maison
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Louise Bourgeois – L’enfant tissé (2002)
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L’artiste a créé une mère qui est décapitée et démembrée, un torse fait de patchwork de morceaux cousus grossièrement. La mère n’embrasse ni ne contemple son petit enfant posé sur sa poitrine. Une vitrine de verre et d’acier protège et emprisonne cette relation fragile.


Louise Bourgeois – Temper Tantrum, (2000) Tissu. 172,7 x 63,5 x 60,9 cm
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Des « poupées » de chiffon, réalisées dans les dernières années, souvent présentées suspendues dans des positions évoquant la souffrance,


Louise Bourgeois – Temper Tantrum, (2000) Tissu. 172,7 x 63,5 x 60,9 cm
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Voir d’autres oeuvres de L. Bourgeois


Présentation d’un documentaire sur Louise Bourgeois

Exposition Louise Bourgeois au centre Pompidou.

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