Cours du 27 mai 2013

Hans Bellmer

Sommaire : Hans Bellmer première poupée, les photos, les dessins, seconde poupée.

Hans Bellmer (1902 1975)

Son parcours artistique débute en 1933.

Il est né à Katowice en Silésie, d’une famille bourgeoise cultivée de tradition protestante. Son père ingénieur en électronique, était puritain, et austère. Il s’oppose à l’autorité de son père. Enfance solitaire à Carlsruhe. Il gardera le souvenir des jeux avec des fillettes de son voisinage (déguisements, sucreries…).
Il aime l’art, la philosophie, il est passionné de littérature et il a des goûts pour le dessin.
Après son bac, il travaille à Kassel dans une usine sidérurgique et dans une mine de charbon. Il est intéressé par le mouvement dadaïste de Berlin. Son père l’incite à poursuivre une école d’ingénieur. Il interrompt ses études en 1925, et se rapproche des dadaïstes et travaille comme typographe.
Il fréquente le département des gravures et des dessins de la Renaissance au Kaiser-Friedrich Museum de Berlin. Il apprécie particulièrement les dessins maniéristes.
A Berlin, entre 1926 et 1932, iI rencontre Georges Grosz qui l’initie au dessin, et Walter Serner, artiste dadaïste, tout en vivant comme dessinateur publicitaire.
En 1928, il rencontre Margarete Schnell de santé fragile qu’il épouse. Elle mourra en 1938.
Les parents de Bellmer déménagent à Berlin à proximité chez lui. A cette occasion il retrouve une vieille caisse de jouets.

En 1932 à Berlin, il assiste à une représentation des contes d’Hoffmann qui le marqua beaucoup. Freud s’appuyait sur l’analyse de ce conte pour analyser des pulsions sexuelles. A cette époque, il lit beaucoup Baudelaire.

En 1933, arrivée au pouvoir de Hitler. Son père adhère au parti hitlérien. Il décide alors de cesser toute activité « socialement utile» (en refus du fascisme allemand). A cette époque de nombreux artistes quittent l’Allemagne (G. Grosz, Kandinski, Bretch…). Bellmer se lance dans la fabrication d’une poupée, qu’il crée par rejet de toute son éducation, il se replie du côté de l’enfance, et refuse de s’engager en tant qu’adulte. Il entraîne son frère, sa femme et sa cousine dans cette construction. Il explicitera plus tard : « je voulais construire une fille artificielle, aux possibilités anatomiques capables de « rephysiologiser » les vertiges de la passion, jusqu’à inventer des désirs« .


Hans Bellmer – La poupée (1935) 140 cm
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L’autre objectif est de « surprendre les spirales de l’intimité des jeunes filles » (ventre ouvert renfermant divers objets, provenant du coffre à jouets de l’enfance, éclairés par six lampes colorées). Avec son frère ils ont mis au point un système d’articulations pour faire bouger les éléments à l’intérieur. Il appel ce système « panorama rotatif« .
Tête, dessin du panorama rotatif. Recherche d’une élégance, d’un raffinement.
Montage et démontage de la poupée durant l’année 1934, en faisant des clichés photographiques.
Voir quelques clichés :
Photo 1, Photo 2, Photo 3, Photo 4, Photo 5.
C’est au départ un travail intimiste et secret. Il connaît la revue Le Minotaure, il est enthousiasmé par le n°5 qui trouve un écho avec son œuvre. (Textes de A. Crevel « le grand mannequin cherche et trouve sa peau…  » Dali « les nouvelles couleurs du sexapil spectral sera la femme démontable …« ). Il se dit qu’il est complètement en phase avec les surréalistes.
Il confie les photos de la poupée à sa cousine qui les remet à Breton. Celui-ci contacte Bellmer pour lui demander d’autres clichés. Il publie alors, à ses frais, un petit ouvrage Die Puppe en 1934, dans lequel il présente 10 clichés sélectionnés en noir et blanc. Le texte joint à cet ouvrage évoque le jardin enchanté de l’amour infantile. Cet ouvrage n’est pas au départ destiné à un large public..


Hans Bellmer – Die puppe (1934)
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18 photos de la poupée, sans texte, sont publiées dans le n°6 du Minotaure sous le titre : « Poupée variation sur le montage d’une mineure articulée« .
Début 1935, il vient à Paris il a le soutien des surréalistes. De retour à Berlin, il demande à ses amis parisiens de lui envoyer des livres interdits en Allemagne (Sade, Roussel etc.).
Dessins 1932 – 1935
Il est plus libre dans les dessins que dans l’objet.


Hans Bellmer – La poupée (1935)
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Une tête en guise de phare guide les bateaux égarés vers ses côtes aux rondeurs sensuelles.
Dessiné au crayon, rehaussé de gouache blanche. Technique rétro empruntée à Durer.


Hans Bellmer – La poupée (1935)
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Dessin automatique avec la poupée


Hans Bellmer – Pays sage (1934)

Visage de la poupée qui surmonte un îlot, sucre d’orge. Gros vers à tête de canard qui s’échappe de la bouche.
Poupée travaillée en briques.


Hans Bellmer
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Avant guerre Bellmer réalise réalise de nombreux dessins où il représente des briques (personnages, intérieur etc.). Quelques années plus tard, il sera enfermé dans un camp d’internement situé dans une ancienne briqueterie (au camp des Milles).


Hans Bellmer
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Dessin très précis. Enfermement, briques


Hans Bellmer – Sans titre, étude préparatoire pour Tour Menthe poivrée (1934)
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Poupée en briques avec porte, un dessin avec rehauts de gouache sur papier ocre.


Hans Bellmer – Tour menthe poivrée
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Tour menthe poivrée. À la louange des jeunes filles goulues. Voir un commentaire.


Hans Bellmer – Rose ouverte la nuit (1936)
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Rose ouverte la nuit
La fillette examine ses propres organes.


Hans Bellmer – Rose ouverte la nuit (1946)
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10 ans plus tard rose ou verte la nuit. Corps en briques.


Hans Bellmer
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Environnement claustrophobe, poupée qui expulse ses viscères. Évocation du poème « une charogne » de Baudelaire.


Hans Bellmer – Évocation des fleurs du mal de Baudelaire
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Évocation des fleurs du mal de Baudelaire.

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1 comment to Cours du 27 mai 2013

  • Marie Christine Meyer

    Ce n’est pas un commentaire, mais un témoignage! pour exprimer toute ma gratitude à Madame Ghenassia qui m’a appris à comprendre et à apprécier l’art contemporain et m’a définitivement guérie de jugements péremptoires et de rejets aussi définitifs qu’idiots.
    Je la remercie pour ses grandes compétences, son sens de la pédagogie, son autorité subtile et son humour qui ont fait merveille : je n’ai plus peur de Joseph Beuys !
    Un grand merci à l’auteur de ce blog qui met avec talent et assiduité nos notes en couleur.
    A l’année prochaine

    Marie Christine Meyer