Cours du 26 mars 2012

Le prolongement de l’œuvre de Cézanne chez Matisse et Picasso

L’œuvre de Cézanne est tiraillée entre l’idée de construction et le lyrisme, Matisse va lui emprunter le lyrisme et Picasso sa construction.

Sommaire : La relation Cézanne / Matisse : Les nus, les natures mortes, les rêveries arcadiennes, les portraits comme prétexte à la réflexion. Les relations Cézanne / Picasso, le cubisme cézannien.

La relation Cézanne / Matisse

Henri Matisse

Il avait acheté les 3 Baigneuses. Dans le lettre au conservateur il écrit « Si Cézanne a raison, j’ai raison« . Il a travaillé dans l’atelier de G. Moreau où les discussions étaient vives sur ces sujets..

Avant 1905

Les nus


Il peint des nus solides, énergiques et bourrus.

H. Matisse – Homme nu 99.3 x 72.7 cm The Museum of Modern Art, New York (1900)

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Les Natures mortes

Il a perçu que l’équilibre d’une toile de Cézanne est un équilibre dynamique, avec une construction par la couleur. Il va faire du bleu un symbole visuel de l’espace tri dimensionnel. Il va abandonner la perspective, mais avec du bleu il donne de la profondeur.

H. Matisse – Statuette rose et pichet sur un coffre rouge de tiroirs (1910) Musée de l’Ermitage

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Les rêveries arcadiennes

H. Matisse – La joie de vivre 174 x 238 cm (1905) – Fondation Barnes

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La joie de vivre a été achetée par Léo Stein, cette toile a marqué Picasso. C’est un paysage arcadien, paradis païen de l’antiquité. Les personnages sont au repos d’autres ont des positions amoureuses. Ils sont étroitement intégrés au paysage, comme si l’ensemble paysage et personnages était pris dans un même jeu d’arabesques. Il fait circuler les rouges et les tons froids, recherche de fluidité. Dans la clairière, petite ronde avec 6 personnages en train de danser. Évocation de l’idée d’un âge d’or ou de quelque chose de sacré.

Détail des personnages de la petite ronde traités avec des courbes couleur rouge.

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H. Matisse – La danse (1909) 260 x 391 – Saint-Petersbourg, Musée de l’Ermitage

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La danse de Chtchoukine est un zoom sur le groupe de la joie de vivre. Ce tableau est une commande du collectionneur russe Serguei Chtchoukine, grand amateur de l’art français du début du xxe siècle et qui permettra à la Russie de découvrir très tôt les avant-gardes françaises. C’est un des tableaux les plus célèbres de Matisse.

Il a commandé à Matisse de grandes peintures décoratives pour les trois étages de sa maison. Il voulait symboliser : l’action, la passion, et la contemplation. Les personnages sont disposés près des bords du tableau, c’est un fragment instrumentalisé qui évoque une danse proche des ballets russes (Diaghilev), c’est une célébration du corps d’un genre neuf. Sauvagerie, étrangeté de ces corps, masculinisés. Il n’y a plus que cinq personnages, (tension dans le geste du personnage du premier plan avec une sorte d’invitation au spectateur à entrer dans la danse). Les moyens sont très simplifiés, corps rouge, sol vert, fond bleu. L’association de ces couleurs crée une lumière. Nietzsche dans « La naissance du sacré » parle des danses.

Voir une esquisse préparatoire, et sa première version, il procède par tâtonnement.

H. Matisse – La musique (1909) 260 x 389 – Saint-Petersbourg, Musée de l’Ermitage

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Le panneau ne repose plus sur un irrésistible mouvement mais sur un subtil équilibre des corps immobiles, ramassés sur eux-mêmes et disposés comme des notes sur une portée. Il intériorise la passion en proposant des personnages qui sont des archétypes d’homme, immobiles qui nous regardent, un vide au premier plan par où rentre le spectateur.
Couleurs pures utilisées en aplat. (Couleurs qui remuent le fond sensuel des hommes).
Détail des personnages.

Chtchoukine a renvoyé ces peintures à Matisse. La danse restera longtemps dans l’atelier de Matisse, on la retrouvera dans des natures mortes.

La danse du docteur Barnes

H. Matisse – La danse (troisième version) (1931-1932) – Fondation Barnes

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salle avec les peintures) et ne pas concurrencer les toiles exposées sur les murs.

Après des centaines d’esquisses et une trentaine de projets d’ensemble, (voir la première version) Matisse reporte le dessin définitif sur la toile. Comme le report au carreau ne convient pas, il invente autre chose. Avec un fusain à l’extrémité d’un bambou, il dessine huit danseuses, directement. Nouveau problème: les essais de couleurs. Pour éviter de gâcher son dessin, Matisse peint à la gouache des papiers qu’il découpe et épingle sur la toile. Il peut ainsi modifier ses plages de couleur à volonté.

Le sujet est proche de la lutte d’amour de Cézanne. Idées de corps qui s’affrontent. Effet de dire le tout par un fragment monumentalisé de silhouettes. Se sont les fonds très géométriques qui créent un rythme.

Voir Matisse en train de peindre avec un bambou.
Il est allé à Mérion livrer ses peintures deuxième version 1933. Mais catastrophe, les dimensions du mur sont fausses! Les pendentifs sont deux fois plus larges que prévus. Il faut donc repartir à zéro. un an plus tard, Matisse a fini la troisième et dernière version.

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Les portraits comme prétexte à la réflexion

Modèle des portraits comme prétexte à la réflexion, comme chez Cézanne, il crée un dialogue entre le modèle et son environnement, sur le modèle de la femme cafetière.
Peinture des odalisques
Il veut son modèle très près sans distance.

H. Matisse – Odalisque en pantalon rouge (1923) Musée d’art moderne de la ville de Paris

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Le pantalon rouge fait le lien avec le décors.

H. Matisse – Odalisque avec des magnolias (1923-24) Collection privée

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Odalisque 1924, rayures obliques et horizontales deviennent verticales.

H. Matisse – Odalisque à la culotte grise (1927) Musée de l’orangerie

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Le décor est la raison d’être de la toile, le bouquet de fleurs s’écrase dans le décors, la femme apporte un contre point horizontal.
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H. Matisse – Grande odalisque (1925) Bibliothèque nationale

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Grande Odalisque à la culotte bayadère est sa lithographie la plus importante et la plus monumentale dans laquelle il montre son modèle favori Henriette Darricarrère, qui a travaillé pour Matisse de 1920 à 1927. Ce travail extraordinaire montre Henriette assise avec une jambe levée et repliée, une pose qui a fasciné Matisse et apparaît dans plusieurs de ses peintures et lithographies de l’époque. Le spectateur est appelé à observer le jeu de lumière et d’ombre et le contraste entre les riches textures: les rayures audacieuses de la culotte, le motif floral de la draperie qui couvre la chaise et la peau soyeuse du modèle. Pendant ce temps, Henriette nous regarde calmement, complètement à l’aise dans son rôle.

H. Matisse – Odalisque au pantalon rouge (1923-24) Musée de l’orangerie

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Les motifs orientalisant sont réalisés avec le manche du pinceau. Les rayures sont partout.

Le modèle est Henriette Darricarrère, ballerine. Elle pose pour Matisse de 1920 à1927. Elle a une capacité théâtrale à s’adapter à toutes sortes de rôles (voluptueuse, rêveuse ou jeune fille sage). L’espace ici est entièrement rempli par la densité de l’ornementation et de la couleur. Pas de fenêtre, pas d’illusion d’une lumière venant de l’extérieur. C’est le bariolage des couleurs qui produit la lumière, une lumière sans air. Le rouge uni du tapis met en valeur la chair nacrée de l’odalisque.

Voir d’autres odalisques.

H. Matisse – Robe violette et anémones, (1937), huile sur toile, 73,1 x 60,3 cm – The Cone Collection of The Baltimore Museum of Art

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Robe violette aux anémones. Son modèle est Lydia Delectorskaya qui travailla avec lui plusieurs années.

H. Matisse – Grand nu rose, couché (1935) Baltimore Museum of Art

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Le grand nu couché nu rose 1935, le nu est monumentalisé par son cadrage, la tête est plus petite. Ces courbes forment un contre point à ce qu’il y a autour.

Les natures mortes

Rideau à fleur 1906 de Cézanne.

H. Matisse – Nature morte avec géranium, (1910) Neue Pinakothek Munich

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Nature morte au géranium. En 1910 il installe des rideaux fleuris, concilie rigueur construction et fluidité du rideau. Tout est aplati.

H. Matisse – Nature morte à la nappe bleue (1909)

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Matisse avait constitué, au cours de ses voyages, une grande collection de tissus qu’il utilisait beaucoup dans ses tableaux : toile de Jouy, ikats d’Asie, batiks, damas. Le tissu remplit toute la toile et la cafetière, le compotier et la carafe semblent flotter sur le textile, complètement intégrés à son atmosphère. Il peint (à la hollandaise) avec des reflets pour que les objets réagissent sur le tissu.

H. Matisse – Nature morte espagnole (1911) Musée de l’Ermitage

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Nature morte espagnole 1911.

H. Matisse – L’intérieur aux aubergines (1911) Musée des beaux arts de Grenoble

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1911 l’intérieur aux aubergines (Grenoble). Au début on voit un patchwork. Les trois aubergines sont les seuls éléments « peints à la hollandaise ». Matisse multiplie le principe du tableau dans le tableau (fenêtre, miroir, paravent, table ..) variation des échelles des motifs. Très construit et saturé. Voir le détail de la table.

H. Matisse – Cyclamen pourpre (1911) Musée d’art moderne de New York

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1911 Cyclamen pourpre New York. Les formes de l’objet influent sur le reste de la composition.

H. Matisse – Nature morte aux oranges (1913) Musée du Louvre

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Nature morte aux oranges (1913) achetée par Picasso. Même jeu de déséquilibre que chez Cézanne.

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H. Matisse – Les pommes sur la table (1916) The Chrysler Museum Norfolk

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Les pommes 1916 on a l’impression que le plat est frontalisé, sorte de mandorle (les personnages sacrés étaient dans des mandorles).

H. Matisse – Les coloquintes (1916) Museum of Modern Arts, New York

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Tous les objets sont devenus des signes décoratifs. Ils sont à plat. Utilisation du noir pur comme une couleur de lumière.

H. Matisse – Nature morte aux magnolias (1941) centre Pompidou

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Nature morte aux magnolias 1941, le récipent forme une sorte d’auréole autour du magniolia. Le coquillage est écrasé, sur fond rouge.

H. Matisse – Citrons et saxifrages (1943)

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Les courbes des citrons rapellent celles de la danse, le cadrillage et les rayures font tenir l’ensemble.

Photo Cartier Bresson Vence 1944, Matisse dessine d’un pigeon, on voit bien la proximité de l’artiste et du modèle.

H. Matisse – Intérieur jaune et bleu, (1946)

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Intérieur jaune et bleu, 1946, deux aplats bleu et un jaune qui circule. Opération de simplification, décoration faite par Matisse. Comme Cézanne il a besoin de la présence du réel et il peut ensuite s’en abstraite. L’objectif des peintures est de restituer l’émotion du besoin de peindre. Voir Matisse dans son atelier en 1946.

La relation Cézanne / Picasso

Pablo Picasso (1881 – 1973)

Il a vu des Cézanne chez Ambroise Vollard, ainsi que des expositions de 1906 et 1907.
Voir l’exposition Cézanne / Picasso de 2009

Le cubisme cézannien

P. Picasso – Autoportrait (1907) 50 x 46 cm Prague – Narodni Galerie

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Autoportrait 1907. Il se tourne vers une forme de primitivisme géométrique. Cet autoportrait a été peint à la même époque que Les Demoiselles d’Avignon. Le portrait est un masque, influencé par l’art africain, qui fascinait l’artiste.

P. Picasso – Femme se coiffant (1907) Museum of Modern Art (MoMA) New York

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Femme se coiffant : Portrait de Fernande Olivier sa première compagne. Il teste le visage sculptural et primitivisme, côté inexpressif du visage, le bas est traité comme un croquis (non peint).

P. Picasso – Les demoiselles d’Avignon (1906) Museum of Modern Art (MoMA) New York

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Concernant le contenu, il s’agit en réalité de la représentation d’une scène de maison close …espagnole. En réalité, ce tableau, à part son lieu de réalisation n’a aucun rapport avec la France. Celui-ci a été peint en souvenir de la Calle Avinyo, rue « chaude » de Barcelone. Ce n’est qu’en 1916 à l’occasion du Salon d’Antin qu’il prend le nom de « Demoiselles d’Avignon ».
Une centaine de travaux préparatoires ont été nécessaires. Le tableau n’a pas été compris à l’époque. Il a songé au regroupement de nus dans le bain turc (Ingres), il pense aux grandes baigneuses de Cézanne, il teste une vision primitiviste du corps féminin. Recherche de fusion du corps et du décors, création de zones d’inter pénétration. Les drapés sont lus comme un espace fractionné qui vient traverser le corps des femmes. Certaines femmes ont un visage de masques africains, (art nègre) d’autres non. Réinvention des formules pour représenter un visage, nature morte en bas. Détail des visages primitivistes. Lors des travaux préparatoires un marin au était centre.

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Film du MoMA de présentation des demoiselles d’Avignon (en anglais)

Braque est revenu le voir après sa présentation, il accepta de collaborer avec Picasso pour inventer le cubisme.

Commentaire sur la période cubiste de Picasso.

G. Braque – Le viaduc à l’Estaque (1908) Centre Georges Pompidou

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1907 G. Braque viaduc à l’Estaque. Voir un commentaire.

G. Braque – Maisons à l’Estaque (1908) Kunstmuseum Bern

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Voir Braque à l’Estaque.

G. Braque – Grand nu (1908) Centre G. Pompidou

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Braque grand nu 1908, il explore la leçon des demoiselles. Voir un commentaire.

P. Picasso – Homme nu assis (1909) ProLitteris, Zurich

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Picasso homme nu assis emboitement de volumes simples pour présenter un corps économie de la couleur.

Période du cubisme cézannien, jusqu’à la fin de 1909. Tous les deux s’appuient sur Cézanne pour réinverter leur langage.

P. Picasso – Trois femmes (1909) Musée de l’Ermitage

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P. Picasso – Buste de la fermière (1908) Musée de l’Ermitage

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Le monumental et primitif Buste de la fermière, bâti en formes géométriques simples et à coups de brosse autoritaires garde quelque chose des effigies sculpturales que Cézanne laissa de sa femme.. Emboitement des facettes.

P. Picasso – Pain et compotier aux fruits sur une table (1908) Kunstmuseum, Bâle

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Nature morte Pain et compotier aux fruits sur une table. Jeu de rabattement brutal de la table. Réinterprétation du drapé.

P. Picasso – Carafe et trois bols (1908) Musée de l’Ermitage

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Les bols sont plats en bas et vu du dessus pour la partie supérieure.

P. Picasso – Femme à l’éventail (1909) Musée de l’Ermitage

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P. Picasso – Femme aux poires (1909) Musée de l’Ermitage

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Il rend compte de l’architecture du visage. Il ne se contente pas de transcrire ce que l’on verrait, mais aussi ce que l’on pourrait sentir avec les mains. Il reflète aussi les enseignements tirés des sculptures africaines. Un jeu de facettes successives qui reconstruisent un visage, un buste qui ressemble à une montagne. Relier les Cézanne de St Victoire et les natures mortes de Picasso. La tête de femme est en forme de sculpture.

P. Picasso – Portrait de Clovis Sagot (1909) Musée de l’Ermitage

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C’est, une des premières versions du cubisme cézannien, il s’inspire de de clichés photographiques du marchand, pris dans l’atelier de Picasso. C’est aussi la première d’une série de portraits de marchands « potentiels » pour l’artiste, réalisés entre 1909 et 1911.

P. Picasso – Portrait de Manuel Pallarès (1909) The Detroit Institute of Fine Arts

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1909 portrait de Manuel Pallarès.

P. Picasso – Portrait d’Ambroise Vollard (1909) – Musée des beaux-arts Pouchkine Moscou

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1910 Portrait d’A. Vollard, voir le portrait photo de Vollard en 1930. Picasso et Braque s’éloignent de Cézanne et vont vers une désintégration, se sera le cubisme analytique.
Voir du cubisme cézannien au cubisme analytique. (1907-1909)

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